Être parent, Parentalité, Réflexions
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Nos virages inattendus

Février battait son plein. Je regardais la neige dehors, je ne savais plus s’il fallait que je trouve ça beau. Cela faisait deux mois que nous avions quitté Montréal pour la banlieue. Deux longs mois où, chaque jour, je me demandais si nous avions pris la bonne décision.

Je me sentais loin, de tout et de tous. L’hiver, le vent, un bébé-de-pas-un-an qui marche pas : je n’avais rien pour me convaincre de sortir de ma nouvelle maison et d’aller découvrir mon quartier. Vraiment rien.

Je berçais souvent Martha dans le salon devant la grande fenêtre. Henri avait encore peur de jouer seul dans le sous-sol. On en a passé des journées, juste les trois, dans le salon.

Puis, lors d’une matinée particulièrement ensoleillée, j’ai vu Martha se rendre à quatre pattes jusqu’à la fenêtre et se rouler en boule sur le plancher dans le faisceau que la lumière extérieure nous envoyait. J’ai trouvé ça trop beau, et c’est à cet instant que j’en ai eu marre. Pas de ma nouvelle ville ou de ma nouvelle vie, non. J’en ai eu marre de moi et du jugement sur moi-même que je me faisais subir. Ç’a été comme un déclic, un rayon de soleil.

 

Je me suis mise à observer mes propres pensées. J’avais l’impression que les gens jugeaient notre décision de devenir des banlieusards, alors que la majorité ne s’en souciait probablement guère. Au lieu de vivre ma vie et de les assumer, mes choix, je me répétais en boucle dans ma tête que je n’étais plus cool et que j’étais tranquillement en train de devenir une matante bourgeoise. En fait, paradoxalement, je me disais ce que j’aurais détesté entendre.

Tout ce que je voyais de positif dans notre nouveau style de vie, je me donnais un gros 30 secondes pour l’apprécier… avant de me dénigrer.

J’aime ça ne pas avoir à chercher un parking après une tempête de neige : Odile, t’es paresseuse.
J’aime ça avoir un sous-sol, de l’espace : Odile, t’as pas « besoin » de ça.
J’aime ça avoir une cour : Odile, tes enfants sont pas des sauvages, franchement.
J’aime ça vivre dans un vieux quartier bien aménagé, avec pas de voiture partout : snob.

Il fallait que ça arrête, il n’y avait que moi qui étais malheureuse là-dedans.

***

Quand le printemps est arrivé, j’avais déjà fait un méchant bout de chemin dans ma tête et dans mon cœur. J’avais arrêté de me juger pour rien, j’accueillais le positif pour ce qu’il était, et je me suis mis à découvrir mon quartier. Il était vert. Les arbres, les fleurs et les parcs étaient partout.

Je suis allée, timidement, à la rencontre de quelques voisins. Certains, aujourd’hui, sont devenus des amis. Mon réseau de proximité, je me le rebâtis petit à petit. Et, au grand étonnement de la fille de la ville que j’étais, mes voisins ne sont pas des bourgeois. Ce sont, comme moi, comme nous, des gens simples qui ont fait le choix de vivre en banlieue, souvent à cause des prix exorbitants de la ville. Mais, en majorité, c’est surtout parce qu’un jour, comme moi, comme nous, ils sont devenus parents. Et que le choix rationnel, logique pour leur situation (des situations semblables en apparences, mais pleines de nuances et de subtilités, on peut appeler ça « la Vie ») les a conduits sur des chemins qu’ils ne prévoyaient pas prendre.

Je pense à Julie qui n’avait jamais même envisagé de quitter la ville et qui a découvert avec joie la tranquillité de la vie de famille en banlieue après son déménagement.

À Geneviève qui n’avait pas en tête un endroit précis où elle voulait vivre avec sa marmaille. Tout ce qu’elle savait, c’est que cet endroit devait être sécuritaire et adapté aux besoins de sa famille… et que celui qu’elle a trouvé lui a fait quitter Montréal, tout simplement.

À Léa qui après la naissance de son premier fils était un peu moins encline à pardonner au locataire vivant en bas de son appartement son amour pour la musique heavy metal à toute heure du jour.

À Mélanie qui, tant bien que mal, a cherché un condo au rez-de-chaussée dans son quartier montréalais, car elle ne trouvait pas très pratique de vivre au 4e étage avec un bébé… mais qui n’a pas trouvé, c’est tout. Et qui a fini par déménager ses pénates de l’autre côté du fleuve.

Il y a aussi ces voisins amateurs de plein air qui voulaient un garage pour ranger leur stock…mais que la seule « maison avec garage » qu’ils ont trouvée respectant leur budget était sur la Rive-Sud.

Ou ces autres nouveaux voisins qui n’en pouvaient juste plus de se faire défoncer leur voiture sur la rue passante qu’ils habitaient sur le Plateau-Mont-Royal et qui ont vu comme un signe le courriel d’une amie habitant à Saint-Lambert leur disant : « Mes voisins vendent leur maison. »

Tant de raisons, tant de familles, tant d’histoires.

 ***

Lors de notre mariage en décembre dernier, mon chum a commencé ses vœux de cette façon : « Si on m’avait dit, il y a sept ans, qu’on se marierait dans notre maison sur la Rive-Sud de Montréal, je ne l’aurais pas cru. »

Moi non plus, j’aurais pas cru. J’aurais ri. Parce que, avant d’avoir des enfants, mon Dieu que je savais exactement le genre de mère que je serais, le genre de vie que je mènerais et comment je les éduquerais, ces chers petits.

Désolée, Odile-pré-2010, mais tu n’en savais rien. Tu ne savais pas que le processus de nidification te rendrait un peu barjo. Tu ne savais pas à quel point tu serais (over) protectrice avec tes enfants. Tu pensais enseigner toute ta vie dans un collège privé huppé. Tu pensais que tes enfants n’écouteraient jamais la télévision. Tu pensais, surtout, continuer ta vie d’hipster qui se tient dans les cafés et les restos où tu demandes d’être assis au bar. Tu ne savais pas que tu ferais une dépression post-partum. Tu ne savais pas que la maternité ferait ressortir en toi de vieux rêves et de vieilles colères. Mais, c’est correct, t’étais pas nounoune, tu ne pouvais juste pas le savoir. Tu n’étais pas la mère d’Henri et Martha, pas encore.

 

Être parent, pour plusieurs, c’est un choc, une remise en question. En même temps, c’est une joie, un bonheur quasi indécent. On jongle avec tout ça, on essaye des affaires, on se trompe, on se déçoit, on change et on se surprend même, parfois.

Si j’ai changé en devenant mère, ce n’est pas du tout au tout, et pas tout d’un coup. Mais j’ai (enfin, me direz-vous) réalisé qu’en tant que femme, je ne contrôle pas tout et qu’en tant que mère, encore moins. Il n’y a plus que ma vie qui bouge et qui dévie parfois du cadre rêvé, il y a celles des autres membres de ma famille. Je ne peux donc plus vivre en serrant mon idéal très fort sur mon cœur comme pour essayer d’empêcher les virages inattendus. Je préfère maintenant suivre la vague et me donner le droit à l’émerveillement. Des fois. Juste un peu.

***

Un an après ce déclic, la neige et le froid sont peut-être revenus, mais je ne reste plus assise dans mon salon pendant des heures à me demander s’il faut que j’aime ma vie, si j’ai le droit de l’aimer même si elle n’est pas ce que j’avais imaginé. Je suis libre, je bouge, je vis, je grandis, pis je change des couches, ha, ça oui!

J’entends Henri jouer dans le sous-sol, je l’entends courir d’une cour à l’autre avec son amie qui habite en arrière, je vois mon mari pelleter l’entrée (go, go, go!), je berce toujours mon p’tit chat Martha, mais je le fais en étant heureuse. Parce que je sais maintenant où est mon nid.

1 commentaire

  1. Ah comme ce billet résonne bon à mes oreilles. Moi aussi je me juge (parfois) d’habiter en banlieue, c’est encore tout frais dans ma vie – pas encore un an. On est comme l’amie que tu décris, celle qui a tant cherché le condo au rez-de-chaussée de sa ville. Et on est tombé sous le charme d’une maison, en banlieue, à Sainte-Foy, un quartier que je trouvais «pathétique» avant d’avoir mon Laurent et d’y emménager. En y mettant les pieds, je me sentais déjà à la maison. J’ai imaginé l’enfance de mon fils, j’ai vu une famille heureuse et un endroit confortable. J’étais la première à dire que ce n’était pas nécessaire d’avoir tant d’espace pour une famille (avant d’avoir un enfant). HA! On est bien naïve avant de connaître la réalité… Maintenant, je l’adore mon garage, ma cour, mon sous-sol! On s’adapte à notre nouvelle vie, c’est tout. Pis il n’y a rien d’honteux là-dedans… Et on va se le dire, les gens qui jugent sont généralement ceux qui n’ont pas encore d’enfant!

  2. Marie Noelle dit

    Je trouve ça beau à lire, c’est intime, c’est vrai. Bravo pour le changement de vision et pour voir le positif!

  3. Valérie dit

    Merci. Juste merci. Il arrive tellement mais tellement à point ce texte. Je me sens pousser des ailes. Merci.

  4. catherine dit

    janvier 2015: notre condo montréalais au rdc avec cour est vendu.
    Avec bébé #2 arrivée il y a 5 mois, on se sentait trop à l’étroit.
    On n’aura pas le choix de faire le move vers la banlieue. Nos racines sont à Montréal. Les racines de nos enfants ne le seront pas. C’est déchirant.
    Chaque jour, on se remet cette décision en question. Pour l’instant, on imagine mal une vie pour le mieux l’autre bord du fleuve. On cherche, sans chercher vraiment à se commettre, cette maison, ce nid qui nous fera oublier notre ancienne vie.
    Un texte qui arrive à point, qui me réconforte un moment et puis qui me m’insécurise l’instant d’après; et si cela se passait mal pour nous…

    • Courage Catherine. Faites-vous confiance, suis ton instinct, ton feeeeeeling.
      Et, tu sais quoi? Je pense qu’on n’est pas obligé de l’oublier, notre ancienne vie. Peut-être qu’embrasser la nouvelle en essayant d’y incorporer un peu de ce qu’on aimait tant de l’ancienne est plus « réalisable »? Je sais pas, je pense « à voix haute ».
      xx

  5. Mon chez-moi, c’est ou mes amours sont :) Quand nous sommes déménagés dans le nord, à plus d’une heure de MTL, ce lieux ou je n’avais jamais vraiment vécu, petit mais 100% inconnu, j’ai eu un moment de panique. Puis j’ai regardé autour de moi, respiré l’air pur, respiré mes montagnes et je me suis dis: why not esti!

    Puis 3 ans plus tard, je fais découvrir la Ville à mon fils qui trouve ça ben ben intéressant et exotique. Surtout les ruelles! :D

    • Oui, notre nid, c’est où est notre famille, c’est tellement important de se le rappeler, de le choisir, en bref.
      (Et ç’a l’air en effet assez paradisiaque votre coin de pays ;) )

  6. Oh non Odile, je suis dans la salle d’attente chez le médecin et j’ai les yeux plein d’eau. Car oui ça me revoit en miroir mes propres réflexions et ma propre histoire. Oui il faut savoir faire preuve de bienveillance à son propre égard, et c’est souvent difficile pour une maman. Oui on a plein de principes avant que les enfants arrivent et ensuite on renoncent à certains. Oui devenir mère nous fait cheminer dans notre tête. Et je me demande si j’étais restée à Montréal si je serai moi aussi partie en banlieue…
    Merci pour tes beaux articles.

  7. Je suis en plein là-dedans, l’intégration dans ma nouvelle ville… Je trouve ça très difficile : j’ai l’impression d’être loin de tout, de mes amis, de ma famille, de mes goûts… Je ne sais pas encore si je vais rester ici. Je me suis donné un an d’essai, et ensuite je réévaluerai la situation. Ça fait six mois… Mais j’avoue que le point sur le jugement d’autrui vient me chercher tout particulièrement. Je me rends compte, trèèès lentement, que ça ne sert à rien de m’offusquer du snobisme de certains envers la banlieue. Je continue ma réflexion à ce sujet… Merci de l’avoir alimentée de si belle façon! :)

    • Oh! On a eu droit à des railleries, on y a encore droit. Mais je suis passée de ça m’affecte BEN trop à plus du tout, faut croire qu’on évolue tout le temps.
      Et, je pense sincèrement que si nous ne sommes pas heureux à un endroit, on a tout à fait le droit d’essayer ailleurs, le retour n’est pas un échec, pas pour moi en tout cas.
      Je te souhaite de le trouver, ton nid, peu importe il sera où ;)

      • Je reviens souvent à ce billet, parce qu’il a participé à mon déclic, cette période où j’ai commencé à voir les choses un peu différemment par rapport à mon déménagement en banlieue. Au lieu de voir juste le mauvais, je me suis mise à me permettre de voir le bon aussi. Tout n’est pas parfait bien sûr, je peste toujours autant l’hiver quand ça me prend 2 heures pour me rendre au bureau (faut que je trouve une solution à ça, d’ailleurs), mais maintenant je vois AUSSI les choses positives, comme le jardin, la luminosité de notre demeure, le fait qu’on peut faire ce qu’on veut de notre habitation maintenant qu’on est propriétaires (pour le meilleur et pour le pire, héhé), les parcs et activités pour enfants/familles, la tranquillité, les voisins charmants, etc. Et je me donne le droit de les apprécier. J’ai aussi un nouveau mantra: « L’endroit où j’habite ne me définit pas comme personne. » Bref, je voulais te remercier d’avoir contribué à me faire voir le positif. Longue vie à Maman a un plan! :)

  8. Toutes les banlieues ne sont pas égales. Il faut trouver celles qui nous convient et dans notre cas, c’est un échec flagrant. Même pour se rendre au dépanneur il faut prendre la voiture. Les artères commerciales ressemblent à des centres commerciaux à ciel ouvert (à peu près aucun petits commerces) et tous les cafés de la ville se nomment Tim Horton. Et les autres parents? Dans la rue comme au cours de natation, saluer et essayer de discuter est peine perdue. Je me souviens d’avoir salué un couple avec une poussette. moi, enceinte de 8 mois avec bébé 1 dans le porte-bébé. La mère pris le bras de se conjoint et pressa le pas après que celui-ci m’ai retourné mon bonjour. Mon mari, lui, a plus de chance avec les mères célibataires. Bref, on cherche encore l’endroit qui nous convient. Te lire rassurant, tu sembles avoir trouvé l’endroit parfait pour vous.

    Un peu hors sujet, à quelle âge Henri a commencé à jouer seul dans le sous-sol ou la cour? Ici, une pause pipi et c’est la catastrophe. Danser sur la cuisinière est un exemple bien réel tout comme se servir un café chaud. Je vois pas le jour où je pourrai les laisser jouer seuls.

    • Salut Nadia,
      Tu as raison, tous les quartiers ne sont pas égaux. Je me considère comme extrêmement chanceuse, qu’une fois que j’ai décidé de tenter de m’ouvrir, j’ai découvert quelque chose qui me plaisait. Le réseau, la proximité, c’est si important.
      Je te souhaite, sincèrement, de trouver cet endroit où tu te sentiras « chez toi », pour vrai.

      Pour répondre à ta question, Henri avait trois ans et demi quand il a commencé à jouer tout seul au sous-sol, par contre, dans la cour, ça lui plaisait un peu moins. Par contre, cet hiver (il a eu 4 ans) il joue allègrement dehors seul…ben jusqu’à ce que les voisins viennent le rejoindre ;)

      xox

  9. Je vis en région. À Matane, en Gaspésie. Je n’aurais jamais pensé y revenir, après mon détour par Montréal. J’avais dit que jamais je ne vivrais ici. En quelques années, mon mari et moi y avons ouvert une boulangerie artisanale, avons fait une petite Félicie, avons vendu la boulangerie, et fait un second bébé toujours dans mon bedon. Et malgré toutes nos conceptions, attentes et préjugés, nous sommes restés. Je recherche la simplicité, la lenteur, la douceur, le sens, la beauté, la rusticité, l’authenticité dans la vie. Il n’y a pas tout, à Matane. On va à Québec, à Montréal, pour nos bains d’inspiration, d’inconnus, de restos, de café, de petites boutiques et de culture. Je ne suis pas certaine qu’on restera ici pour toujours. Mais pour l’instant, j’y suis bien, principalement parce que la mer m’apaise, ainsi que la simplicité des décisions. Je sais que si j’étais encore en ville, j’aurais pu me sentir exactement comme toi. Il me semble que chez nous, il est beaucoup plus facile de choisir sa vie et de l’assumer. Peut-être parce qu’il y a moins de choix (une seule école secondaire, pas de banlieue, moins de tentations de consommation). L’air salin fouette les esprits et la grand route clarifie les idées. Merci pour tes mots. Ceux-ci, les précédents et ceux qui viendront. Bonne fin de février!

    • Allô Marie-Eve,
      J’ai pris beaucoup de temps à te répondre, car j’ai été secouée par ce message. C’est si beau, si rempli d’images qui me sont allées droit au coeur que je ne savais quoi te répondre.
      J’ai décidé de faire ça simple : Merci! Avec tout l’honnêteté du monde, je trouve ça magnifique ce que tu as écrit ici, sur mon petit blogue, et je veux te remercier, tout simplement. Voilà!
      (Et merci encore xox)

  10. M-Ève dit

    Je trouve ça drôle ce jugement sur les gens qui habitent en banlieue de Montréal… Perso, j’habite en « région » et c’est plutôt les familles qui habitent à Montréal que j’ai de la difficulté à comprendre. Pour moi, avoir une cour où les enfants peuvent jouer seuls pendant que je fais à souper, une terrasse avec table pour que toute la petite famille puisque manger dehors et relaxer ensemble dehors, tout ça ça n’a pas de prix. La tranquillité du quartier, les voisins sympathiques, le parc tout près de chez nous pour patiner, jouer dans les modules, glisser. Les 3 étages de la maison où chacun a sa chambre, un sous-sol pour jouer, 3 salles de bain : pas de chicane. Un cabanon pour y mettre nos trucs de plein air. Une cour pour stationner. Tout ça, avec une famille, pour moi, ça n’a pas de prix. Alors, les gens de banlieue, moi je vous juge, mais dans le bon sens! ;)

  11. Pingback: Une idée et de la nouveauté | Maman a un plan

  12. Odile! Quel baume au coeur de te lire! Cette écriture intimiste me rend complètement accro au blogue!! En congé de maternité en ce moment, j’ai réussi en l’espace de qq jours et ce, au travers une percée de dent, une roséole et l’apprentissage du ramper de ma puce à prendre du toi pour mon moi et dévorer tous les articles!! Je t’aime d’amour!!;)

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