Été 2016, Réflexions
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Un été à poils

Sur les jambes, les aines, sur et sous les bras, le poil est là, toujours prêt à nous embêter. Ce poil que je me suis fait un plaisir devoir d’enlever méticuleusement de sur ma peau depuis plus de quinze ans.

Quand j’avais du temps, j’allais me le faire soigneusement épiler, tous les mois. Combien j’ai pu dépenser pour ces soins? J’aime mieux ne pas y penser.

Mais bon, depuis que je suis mère, je n’ai plus le temps de me rendre chez l’esthéticienne et c’est à la maison que je tente de faire la guerre à la pilosité, le plus souvent avec un bon vieux rasoir.

Le malaise.

Un jour de juin, mon fils est entré dans la salle de bain pendant que je me rasais les mollets sous la douche. Il m’a regardé avec de grands yeux et m’a dit : « Mais, maman, pourquoi tu enlèves tes poils? Papa fait pas ça, lui! » J’ai été si surprise de sa question que tout ce que j’ai trouvé de simili-intelligent à lui répondre (j’insiste sur le « simili », parce que je suis pas si fière à postériori) ç’a été : « Ben, c’est parce que je trouve ça plus beau quand mes jambes n’ont pas de poils. »

J’ai fini ce que j’avais à faire, je suis sortie de la douche, puis je me suis demandé pourquoi cette interrogation, somme toute, anodine de mon garçon me confrontait autant. Dans les faits, je sais que je me rase pour une question de beauté et d’esthétisme. Mais je sais aussi que cette notion m’a été inculqué (je ne suis pas « née » avec une aversion pour le poil quand même). J’ai donc décidé de la mettre à l’épreuve, cette notion…

Mon objectif.

Environ un mois et demi de non-rasage de jambes, d’aisselles et d’aines en plein été. Hippie, vous dites-vous? Honnêtement, pas vraiment. Expérience personnelle-socio-machin? Oui!

J’ai réalisé qu’après une semaine à tenter par toutes les contorsions possibles de dissimuler mes poils de la vue des gens que je rencontrais, je ne les voyais tout simplement plus. J’ai remarqué que si, moi, je « défocussais » (dans le sens que, moi, je ne me regardais pas le mollet avec attention), j’oubliais, ma repousse poilue. Même chose pour les poils aux aisselles : les premiers temps, je les REGARDAIS et je me causais un auto-dédain. Ensuite, j’en suis venue à ne plus les remarquer. Puis, un jour où je portais une blouse sans manches, je suis allée m’attacher les cheveux devant le miroir de la salle de bain. Et là, une fois les bras bien au-dessus de la tête, je les ai vus… et j’ai ri! Ça m’a fait rigoler parce que j’ai senti quelque chose d’hyper libérateur : un espèce de « Quin, dans ta face, la norme ».

Mais les autres?

Le plus phénoménal constat de mon « expérience », c’est que tout le monde se contrefout du poil d’autrui. Complètement. Je n’ai eu aucun regard de désaprobation-dégoût de quiconque aurait appartenu à une mystérieuse « poil patrol » : pas à la piscine, pas au parc, pas à la pataugeoire, pas même lors de rencontres avec des collègues ou des clients. Rien. C’est assez simple, tout le monde est ben trop concentré à vivre sa vie pour remarquer la pilosité quasi sauvage qui s’emparait de mon d’ssous d’bras. Et on s’entend que je ne me tenais pas les mollets à un centimètre du visage de gens (ce serait juste bizarre) et je ne promenais pas non plus tout le temps les deux bras dans les airs en criant : « WOUHOU? AVEZ-VOUS VU MON POIL? FUCK LE PATRIARCAT! » Non.

Le grand retour.

J’ai réussi le défi d’environ 45 jours que je m’étais lancé et, cette semaine, j’ai ressorti mon vieil ami le rasoir. Pourquoi? Parce que je m’en vais aux noces de ma sœur ce samedi (hiiiiiiiiiiiiiii) et que par « convention sociale » totalement assumée de ma part, j’ai le goût de rentrer dans le moule pour l’occasion.

Mais je ne sais pas trop ce que je ferai après par contre. Peut-être que je n’aurai pas envie de me redonner un objectif de X nombre de semaines et que j’irai plus selon le moment. J’ai l’impression qu’avec cette mini-expérience, j’ai compris ce que moi j’avais à comprendre par rapport à ma relation aux poils et, par le fait même, avec mon corps en général. En bref, j’ai réalisé que si je ne porte pas attention à ce qui me dérange, esthétiquement parlant, ça disparaît de mes préoccupations.

Donc.

Si j’ai envie de porter un crop top et que ça laisse paraître mon petit bourrelet, je peux décider de ne regarder que ledit bourrelet. Ou bien je peux regarder mon look dans son ensemble et m’avouer que l’agencement est beau.

Si j’ai envie de porter un bikini-pas-taille-haute, je peux décider de ne regarder que mes vergetures à découvert. Ou bien, je peux décider d’apprécier la sensation du vent et de l’eau sur ce bout de ma peau autrefois camouflé.

Je peux regarder les yeux des autres et essayer d’y cerner un jugement sur ma personne. Ou bien je peux regarder dans les miens, pis me dire : « Fais donc c’que tu veux, fille. »

1 commentaire

  1. Cynthia dit

    C’est avec ce genre de texte, avec ce partage de pensée et de réflexion que les femmes apprendront enfin à s’accepter telles qu’elles sont. Je crois. Avec toutes leurs couleurs et les différences qui les rendent si belles, si uniques.
    C’est chouette d’envoyer paître les conventions et les jugements, un brique à la fois, un billet de « Maman a un plan » à la fois.

  2. Clara dit

    Moi aussi, je suis maman de deux enfants et hier, au parc Jarry, je ne peux pas dire que j’étais aussi zen… mais j’y travaille! Parce que je sais que la vraie moi n’a pas envie de se regarder les poils, les p’tits bourrelets, etc. Parce que je perds beaucoup trop de temps à le faire et que ça me préoccupe trop… Enfin, on va y arriver! Nos petits s’en foutent tellement à part de ça!

  3. J’adore et j’adhère ! Super texte, super défi ! On ne devrait jamais se prendre autant la tête sur notre apparence ;-)

  4. studioroseflash dit

    J’aime beaucoup ton billet Odile, et j’y vois plus qu’un pied de nez au patriarcat, j’y vois une prise de conscience empreinte de maturité. J’aurais aimé l’avoir eu à 20 ans, elle m’aurait évité une tonne de soucis! Love du Nord! xox

  5. oh, quel billet qui tombe à point pour moi! J’ai une fixation sur mon « mou de ventre » et j’ai bien du mal à cesser de m’en faire avec le jugement des autres… Dans le fond, tu me fais réaliser que les autres ne me jugent probablement pas autant que je le pense (peut-être pas du tout, dans le fond!) et que mon regard sur moi-même est beaucoup trop exigeant… C’est donc ben dur de s’accepter telle qu’on est!
    Je vais continuer de travailler là-dessus très fort. En partie pour moi, pour me sentir mieux dans ma peau. En grande partie aussi pour envoyer le bon message à ma fille de 12 ans qui est de plus en plus consciente de son corps de jeune femme et à qui je veux transmettre le bon modèle.

    • C’est touchant ce que tu dis. Oui, on veut transmettre le bon modèle à nos filles. Sans leur faire croire que les contradictions ne nous arrivent pas de temps à autre… On a toute une job, hein?
      xox

  6. Dominic dit

    Peu d’homme semble avoir lu ce billet et/ou n’ont pas le courage de commenter. J’ai 40 ans et je peux vous dire que lors de mes dernières expériences à la piscine municipale, si mon regard aurait croisé les 3 femmes velues qui était près de moi, elles auraient vu sur mon visage un léger dégoût. On retire les mauvaises herbes de nos jardins et de nos plates bandes car ce n’est pas jolie! Même chose pour les poils. Je suis un homme je me rase au clipper pour réduire ma toison, pour moi c’est normal de faire attention a soi! Personne ne se soucis plus de rien de toute façon, trop occupé a jouer sur leur tablettes ou cellulaire sans se regarder!!!

    • Parfois, faire attention à soi, ça signifie se réapproprier son corps. Ça veut dire arrêter de s’en faire avec des normes sociales qui nous heurtent, inconsciemment (et nous appauvrissent, réellement).

      Pourquoi le poil, c’est laid? Qui a décidé que certaines plantes seraient des « mauvaises » herbes? C’est culturel, tout ça.

    • Permettez-moi, en tant que mâle quarantenaire, de vous dire à quel point votre commentaire est phallocrate, étroit d’esprit et ridicule. Va te raser, femme, pis profites-en donc pour me faire une sandwich. Ce qu’une femme fait ou ne fait pas selon votre goût n’a aucune importance. De comparer vos habitudes de rasage à celles des femmes, habitudes qui leur sont de surcroît dictées par des normes sociales basées sur absolument rien, normes visiblement épaulées par une faction macho qui n’a jamais cru en l’égalité des sexes, je trouve ça désolant.
      Continuez à vous raser si vous en avez besoin, mais n’allez pas croire qu’on vous doit le retour d’ascenseur.
      Wow.

    • Poils au vent! dit

      Tout dépend du genre de jardin que l’on veut avoir! Mon conjoint et sa toison, j’aime ça! Mon poils ne le gêne pas, il est fier de voir que je suis en paix avec mon corps et non en constante croisade contre mon poils de gambette ;) Si les femmes ne commençaient jamais à se raser, la pilosité ne serait pas aussi forte et foncée, cela passerait inaperçu, mais ce n’est pas ce qu’on nous donne comme exemple dans notre jeunesse. Ce n’est pas une question de je-m’en-foutisme, c’est une acceptation de soi, une compréhension de son corps.

    • lellasonia dit

      Ah! Ben personne vous oblige à regarder t’sais. Prendre soin de soi veut pas dire faire ce que la norme / société nous oblige à faire. Tant mieux si cle clipper est votre meilleur ami, mais des fois je préfère dormir un peu plus que de me raser. Ça c’est prendre soin de moi. #chacunsescombats

    • Savez-vous pourquoi peu d’hommes commentent un billet sur une réflexion féminine sur le poil féminin? Parce qu’ils sont « out of their league » sur ce sujet.
      Premièrement, ils ne sont pas tous conscients de la pression sociale que les femmes vivent dès la puberté pour atteindre des standards d’esthétisme influencés par la pornographie et le machisme. Et, s’ils la connaissent, cette pression, jamais au grand jamais ils n’oseraient venir nous dire comment nous comporter ou nous raser. Car ils savent justement que le mansplaining, y’en a marre. Vous devriez prendre exemple sur eux.

    • Cher Dominic,
      Wow, c’est beau la propagation du mépris. Bravo.

      Si vous avez une relation d’amour avec votre clipper, grand bien vous fasse, mais ne vous attendez pas à ce que tout le monde soit comme vous. Vive la diversité. Fuck le mépris.

      Ce sera tout.

  7. Poils au vent! dit

    J’adore! J’en suis à mon troisième RePeAt de cette expérience (environ deux mois sans aller chez l’esthéticienne avant de me faire les jambes, je les surprend tout le temps quand j’arrive!… woohoo!) et sincèrement, liberté est le mot approprié! J’en suis arrivée là parce que j’ai réalisé que je me rasais en cachettes de mes enfants! Oui oui, je me cachais de ma fille de 5 ans parce que ce n’est pas un modèle que je veux reproduire, je veux qu’elle s’aime comme elle est, j’aurais aimé que la société m’envoie assez de force pour rabattre le caquet du premier garçon au secondaire qui m’a dit : «T’as du poil? Beurk!». Je prends ma revanche aujourd’hui en me promenant poils au vent et si quelqu’un à l’audace de me faire une remarque sur ma pilosité, je me ferais un plaisir de lui apprendre qu’il/elle en a aussi et que c’est normal, tout se passera bien ;) Bref, un article plein de fraîcheur qui tombe à poil dans ma vie! Merci!

  8. veroniquem dit

    Mais, tu es sur cette photo ou bien? Je ne m’y retrouve plus devant tout ce POIL!

    /superbe billet Odile, ça fait travailler mon cerveau.

  9. Élise dit

    Ah! Les poils! Moi, l’été, c’est aux trois semaines chez l’esthéticienne. Je le fais pour moi, mon chum ne me passe jamais aucun commentaire là-dessus, mais je sais qu’il sait que je souffre de ma pilosité que je voudrais plus… éparse. Surtout ma lèvre supérieure (dans’face, on s’attend). Est-ce que je suis le résultat d’une pression sociale? Peut-être. Je ne sais pas et honnêtement, je m’en fous. J’ai croisé une femme cet été avec autant de poils aux jambes que mon chum. Te dire que j’ai pas eu de malaise serait mentir. Mais c’est pas de mes crisses d’affaires, comme qu’on dit. Elle, elle le garde. Moi, je l’épile. Pis c’est de même!

    • Voilà, pas de nos affaires! Si elle, elle est bien, tant mieux ;)
      Mais je me demande quand même « pourquoi » on ressent un malaise. C’est intéressant de se questionner là-dessus, je trouve!

  10. Marie-Claude dit

    Dpelletierasm est-ce que je viens vraiment de lire viens me faire un sandwich femme ?!? Faudrait peut-être que tu évolues un peu ! Sinon,tu risque de te retrouver a manger un sandwich au poil !! Ben franchement,me raser dès que je vois une petite repousse de poil est ben le dernier de mes soucis, je m’assume pleinementet je me trouve quand même belle et je suis bien dans ma peau !Faut savoir gérer ses priorités ! Bravo Odile pour ce beau texte ! Pis c’est ben vrai qu’on est toujours les plus belles pour nos enfants :)

  11. Marie-Lise dit

    Je trouve ça beau tout ça… Quand on a un p’tit poil fin et blond, ça passe facilement. Mais moi, je suis brunette, avec des poils noirs de compétition… Rien de féminin, croyez moi! J’ai tellement fais rire de moi dans mon enfance et au secondaire…. J’ai encore parfois des commentaires lorsque je n’ai pas eu le temps de m’épiler les bras. Je le fais par obligation et parce que je trouve humiliant le regard des autres. C’est une question d’estime de soi dans mon cas. Voilà!

  12. Il ne faudrait surtout pas croire que les hommes sont libres de toute pression sociale en ce qui concerne les poils. On a qu’à voir les « modèles » qui nous sont présentés depuis quelques décennies pour se rendre compte que les hommes poilus ne sont pas vraiment à la mode. Le look adolescent imberbe est assez dominant tant dans les films que les publicités. Tellement que ça rend parfois les films un peu difficiles à croire, par exemple quand le rôle masculin demande une certaine virilité et maturité, mais que l’acteur a l’air d’avoir à peine 15 ans.

    Depuis peu on a voit bien un regain d’intérêt pour la barbe, surtout si elle est de style « hipster », mais je crois que les femmes en général préfèrent un homme sans poil plutôt qu’un homme qui a du poil partout sur le corps (surtout dans le dos).

    Tant pour les hommes que pour les femmes, devoir se raser, ou encore s’épiler, peut être extrêmement désagréable, surtout si les conventions sociales nous y poussent. Par contre les choix de chacun doivent être respectés. Personnellement, je préfère qu’une femme se rase, mais j’ai connu des femmes qui ne le faisaient pas, et ce n’est pas à moi de leur faire des remontrances.

    Dans mon cas, j’ai longtemps voulu porter la barbe, mais ma conjointe ne voulait absolument pas en entendre parler. Après 15 ans de vie commune, j’ai finalement réussi à la convaincre de me laisser essayer, et maintenant elle ne veut plus que je me rase !! Il faut croire que ma barbe cache ma laideur ;-)

    Certaines lectrices ont indiqué le manque de commentaires de la part d’hommes, alors voilà, j’ai fait ma part.

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