Défis, Être parent
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Le bébé lion

Une amie m’a envoyé ce texte sur ce qu’elle a traversé en devenant maman.

En le lisant, j’ai su qu’il fallait que je le publie ici. Parce que je sais qu’un trop grand nombre de femmes souffrent de ce mal, l’anxiété, et que, souvent, elles le font en silence et dans la honte.

Mon amie désire conserver l’anonymat et je la respecte. Je comprends que prendre la parole publiquement est difficile, et que toutes les femmes n’ont pas envie de voir leur histoire devenir publique. Par contre, en tant que société, nous ne pouvons plus nous taire : la dépression, les troubles anxieux, les idées suicidaires, ça peut toucher tout le monde, même les mères. Non, les hormones ou le bonheur d’avoir enfanté ne nous « protègent » pas. Et, au bout du compte, plus nous en parlerons, plus nous donnerons du fil à retordre à la honte.

Mon lion

Il y a tout un processus qui précède la visite chez ton médecin quand tu lui annonces, à bout de souffle : « J’en peux plus, je suis au bout du rouleau.» On n’arrive pas à une telle conclusion en se réveillant un peu plus poquée un matin parce qu’on s’est couché plus tard qu’à l’habitude.

Ça m’aura pris cinq mois à me rendre à l’évidence. Cinq longs mois, à tenter de me convaincre que ça se placerait, que le p’tit feeling dans l’fond de mon estomac n’était pas fondé. Et un beau jour, ça m’a frappé assez fort dans les tripes : si rien ne changeait, j’allais casser en deux.

J’ai passé la soirée à brainstormer sur des nouvelles façons de changer ce que je croyais être le nerf de la guerre : ma job. J’ai mis tout ce qui me restait d’énergie pour trouver des idées, me motiver à chercher comment trouver un nouvel emploi.

J’ai vraiment dû donner tout ce que j’avais parce que, le lendemain, j’ai pleuré toute la journée dans mon bureau, la porte fermée, trop honteuse d’être incapable de me contenir et de regarder ma to do list qui ne voulait rien dire. J’ai passé en boucle des vidéos de ma progéniture qui rit aux éclats pour me faire oublier ma détresse et pour pouvoir passer au travers de cette journée infernale.

Ça n’allait plus. Ça n’allait plus du tout.

Dans le bureau du médecin, le « verdict » est tombé : épuisement professionnel. Arrêt de travail pour un mois, après on verra.

Prescription : ne rien faire. Prendre du temps pour moi, that’s it. 

Vous savez ce que j’ai dit? « Merci. »
Parce que je venais enfin de l’accepter. J’étais rendue là.

J’ai passé ce mois à regarder le soleil briller sur le bord de l’eau, à marcher dans le parc, à lire, à relaxer, à préparer mon enfant pour la garderie, et à angoisser. Stresser. Big time. Qu’allait-il se passer dans un mois ? Comment j’allais être capable de m’en sortir ? Et retourner à cet emploi? Est-ce que je faisais ce qu’il fallait? Est-ce que je relaxais comme il se doit?

J’ai tenté d’exorciser ce mal en faisant de l’activité physique. Faire des cours d’aérobie en groupe s’est révélé être une vraie torture. Des chorégraphies, que je connaissais pourtant par cœur, m’échappaient. J’oubliais mes pas, je n’écoutais plus les instructions, je n’arrivais pas à me concentrer… Soudain, j’avais l’impression que tout le monde me voyait pour ce que j’étais vraiment : une coquille vide, une petite flamme éteinte qui n’arrive plus à suivre le beat du monde. Comment j’ai réussi à ne pas m’effondrer en position fœtus et fondre en larmes au beau milieu du local, je n’en sais toujours rien.

Les semaines ont passé, et l’épuisement a fait place au vrai problème, celui qui drainait mon énergie par tous les pores de ma peau : l’anxiété. Je n’avais encore jamais réalisé à quel point c’était problématique, même si certains moments auraient pu me mettre la puce à l’oreille.

Je tricotais, j’étais stressée.
J’étais en camping, j’étais stressée.
Je m’adonnais à mes passe-temps favoris, j’étais stressée.
Du stress, tout l’temps, et surtout, de façon totalement démesurée pour aucune bonne raison.
Comme s’il y avait constamment un lion sur le pas de ma porte prêt à bondir sur moi. J’étais toujours en mode survie.

Un déclic.

Le matin où a retenti dans la maison un « MAMAAAAN! Ze veux de l’eau! » et que mon estomac s’est serré comme si j’étais dans un stationnement souterrain en pleine nuit et que j’entendais des pas derrière moi, j’ai réalisé la raison de cette soudaine explosion d’anxiété. Mon bébé. C’était mon lion.

Le problème avait toujours été là, latent et gérable, mais mon entrée dans le monde de la maternité a été le catalyseur de ce trouble. Depuis la naissance, de mon enfant, j’angoissais à l’idée de ne pas être à la hauteur, je lisais tout ce qui me tombait sous la main (en fait, j’étudiais pour essayer d’être une bonne maman!)

Ce bébé lion avait presque trois ans quand cette épreuve m’est tombée dessus. Trois ans, c’est long en mautadine quand tu doutes constamment. J’ai fait le ménage, jeté mes livres, arrêté de lire tous les détails du développement de l’enfant et je me suis fiée à la seule vraie référence : mon instinct.

Ça m’aura finalement pris presque trois mois « de maladie » pour recharger mes batteries et éplucher toutes les couches de protection et de déni que je revêtais pour me protéger.

Trois mois pour rallumer cette petite flamme qui brille de plus en plus fort maintenant et j’ai appris qu’il est plus facile de se relever quand on met un genou par terre, que lorsqu’on doit poser les deux.

J’ai fini par dire oui à la médication après avoir essayé, dans les meilleures conditions possible, de gérer ce problème seule. C’est une des meilleures décisions que j’ai prises. Dire que le problème est maintenant réglé serait loin de la vérité, mais c’est un outil qui m’aide énormément. Ça m’a aussi permis de connecter plus profondément avec mon enfant et ça, ça vaut tout l’or du monde.

Cette épreuve m’a permis de réaliser de quoi j’étais faite au fin fond de moi, et ce que j’ai découvert m’a plu, même si j’ai dû descendre beaucoup plus creux que je ne l’aurais jamais imaginé. Je continue à travailler sur moi-même, à rebâtir mon estime de moi une brique à la fois et à vivre avec cette anxiété en ne lui laissant plus avoir le contrôle sur ma vie.

 

Si vous aussi, vous avez un « lion », n’hésitez pas à demander de l’aide, d’ac? Y’a pas de honte à y avoir. #Amour #Solidarité

1 commentaire

  1. Amélie dit

    Bonjour! J’ai juste envie de vous dire que je comprends. Tous ces mots, toutes ces réalisations, je les ai faites aussi. Elles sont toutes un peu différentes pour chacunes d’entre nous mais l’inconfort est commun. Je ne peux pas dire que j’ai mis le doigt sur mon « bobo » mais la plus grosse partie de ma « maladie » a été d’accepter de me médicamenter. D’accepter que physiologiquement, il est possible que notre corps ait besoin de cette pillule. Que ce n’est pas une béquille mais un soin, comme l’insuline l’est au diabète. J’en aurais pour des heures à parler de ces moments et je suis convaincue que vous aussi. J’ai juste envie de vous dire, encore, que je vous comprends. Et je vous fais un énorme calin!

  2. Ce texte vient me chercher au plus profond de moi-même. Un coup de pelle en plein visage. Désolée pour l’image violente, mais c’est ce que l’anxiété fait vivre au quotidien. Merci pour le partage, de savoir comment d’autres vivent cela, ça nous fait sentir moins seule avec le problème.

  3. Stéphanie dit

    Oh je comprends aussi très bien cette situation. Je suis aussi « stressée » souvent, alors que je suis maman à la maison. Lorsqu’on me parle d’aller en week-end trois jours à l’extérieur je ressens d’abord l’anxiété de devoir tout préparer. Puis je me demande si j’aimerais mieux rester à la maison? Ben non. Je me calme et je reviens à mon naturel. Et je prends de magnifiques photos durant le week-end et j’adore ma vie. J’haÏs mon anxiété et j’essaie de la cacher parce que je sais que tout fini toujours par bien se passer. Contente de voir que je ne suis pas la seule!

  4. Je suis papa et je me reconnais à la lecture de ce texte. Je n’ai pas honte de prendre de la médication, après toutes les incantations moyen-âgeuses de pensée magique et de licorne qui ne m’ont que fait perdre du temps et de l’énergie (à mon entourage et à moi). Merci du partage courageux. Vous n’êtes pas seule !

  5. « Est-ce que je relaxais comme il se doit? » Je suis tellement pareille… J’ai constaté que j’avais un problème d’anxiété quand ma fille est entrée dans ma vie… Dès la grossesse, en fait! Quand on devient parent, les « raisons » d’être inquiet (réelles ou fabulées, dans mon cas) sont tellement décuplées! Ce que je trouve le plus dur à gérer, c’est le sentiment de honte qui vient avec le fait que je trouve la maternité particulièrement difficile. Et il faut aussi que je dissocie l’idée que mon problème, c’est la maternité. Mon problème c’est pas ça, c’est l’anxiété! J’avais déjà un problème d’anxiété avant de devenir mère, c’est juste que la maternité étant un défi, ça a mis en lumière mon problème d’anxiété. Je ne sais pas trop si je suis claire ni pertinente… Bref, merci beaucoup d’en parler, c’est un sujet très important qui touche plein de gens! Bonne continuation dans votre cheminement! Bravo à vous d’avoir réussi à en parler de façon aussi limpide!

  6. Chantal dit

    J’aurais pu avoir écrit ce texte mot pour mot. Sauf qu’il y a deux enfants dans ma vie. Ma première est le lion, le deuxième, un enfants normal, pas d’anxiété venant de lui. S’ajoute donc à tout ça la culpabilité de l’injustice de mes sentiments. J’ai consulté, je suis médicamentée, ça va mieux, mais le processus est long, trop long. Je l’aime tellement, mon lion, je voudrais être à la hauteur de son intelligence, sa vivacité d’esprit, mais il y a toujours cette petite voix qui me dis que ça n’arrivera pas.

  7. Magnifique texte, moi c’est la grossesse qui me fait vivre ça. Je me suis beaucoup reconnu dans plusieurs passage. Merci de ce partage.

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