Être parent, Maternité, Parentalité
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Montée de lait familiale

photo famille lifestyle

Avez-vous vu la vidéo du segment « Montée de lait » de l’émission Format familial de cette semaine?

Elle met en vedette l’animateur Sébastien Benoit qui dénonce la pression que subissent plusieurs femmes qui décident (ou qui n’ont pas le choix) de ne pas allaiter leur bébé. Et, son regard, son expression, ses paroles m’ont ramenée d’un coup quatre ans en arrière.

Avril 2011

Henri avait trois mois. J’étais blessée au dos et j’avais de la difficulté à l’avoir longtemps dans les bras. Ma belle-mère venait souvent m’aider à m’occuper de lui pendant que Jean-Philippe travaillait.

Je prenais une douche aux deux-trois jours. Mais je me brossais les dents, c’était le top de mon hygiène corporelle. Je traversais la pire période de ma vie. Trois semaines plus tôt, un médecin m’avait prescrit des antidouleurs très forts. Des médicaments qui m’empêchaient depuis d’allaiter mon bébé. Je ne le savais pas encore, mais j’étais au plus creux d’une dépression post-partum.

Breast is best

Un soir dont je me souviendrai toujours, Jean-Philippe revient d’une longue journée de tournage, et comme d’habitude, me demande s’il peut faire quelque chose pour moi, s’il peut m’aider, si j’ai mangé, etc. Mais ce soir-là, quelque chose le tracassait, je le voyais. J’ai dû le convaincre de me parler de ce qui n’allait pas, mais je ne me serais jamais attendu à ce qu’il allait me confier.

Entre deux prises, alors qu’il racontait une histoire comique de boire de nuit à ses collègues, l’un d’eux lui avait fait la morale devant tout le monde : Ben là! Tu lui diras à ta blonde que le seul bon aliment pour votre enfant c’est le lait maternel, pas le lait maternisé!  Oui, oui, mon chum, un gars, c’était fait shamer sur son lieu de travail par quelqu’un qui ne connaissait rien de sa vie (encore moins de la mienne) et qui se permettait de juger une situation et même de donner des « conseils ». En me le racontant, Jean-Philippe était hors de lui. Il venait de découvrir c’était quoi se faire traîter de manière paternaliste. Et il a fini en me disant : T’sé il ne sait pas que tu feeles pas, il ne sait pas que tu prends des médicaments, de quel droit il se permet de dire des affaires de même? J’aurais tellement aimé ça lui répondre que, oui, on savait tout ça que breast is best, mais que j’aimais mieux t’avoir vivante avec des biberons, que morte.

Prendre la parole

La vidéo de Sébastien Benoit a donc beaucoup touché mon chum, peut-être même plus qu’elle ne m’a touchée. Pour lui, c’était la preuve que certains hommes vivent aussi des sentiments négatifs devant la pression par rapport à l’alimentation de leur enfant. Et ils ont le droit de le dire. Et ils devraient le dire. C’est pour ça que c’est utile qu’une personnalité publique masculine parle de ce sujet.

Par contre, des prises de parole comme celle-ci, il en faut plus. Et il faut que des femmes s’expriment et qu’elles soient écoutées, entendues. Nous devons clamer haut et fort que la pression qu’on tente de nous mettre ne donne rien. La pression, elle fragilise les femmes. Les nouvelles mères les plus vulnérables, ça peut carrément les casser de se faire sentir coupable de ne pas allaiter, car elles font leur entrée dans la maternité en ayant honte et en se faisant dire qu’elles sont des pas bonnes.

Alors, en attendant la prochaine prise de parole publique, je vais vous le dire ici, juste au cas : Que vous allaitiez ou non, que ce soit par choix ou non, vous êtes bonnes, okay?

Plein de love xx

1 commentaire

  1. annaigpilpre dit

    Très très bien dit ! À chacun ses choix et à chacun le « on fait ce qu’on peut/veut » sans jugements, juste avec de l’écoute et de l’ouverture d’esprit ! Je me rappelle d’une amie qui ne souhaitait pas allaiter (c’est son choix), et qui avait vraiment été obligée d’insister lourdement pour que son bébé naissant soit nourri à St-Luc…
    Merci de cet article encore une fois déculpabilisant !

  2. Élise dit

    Je voulais allaiter ma fille. Je n’y tenais pas mordicus, ce n’était pas une question de réussite ou d’échec, mais je voulais le faire. Faque je l’ai fait. Au bout de 10 jours, après un après-midi de marde, j’ai décidé que fuck, ce n’était pas pour moi. J’ai décidé. D’arrêter d’allaiter. Après dix jours. Et tout d’un coup, le nuage gris que j’avais au-dessus de la tête depuis l’accouchement est parti. Et tout d’un coup, j’ai pu enfin apprécier ma fille et la maternité. Je n’ai jamais eu affaire à du jugement, même de ma marraine d’allaitement. Peut-être à cause de mon non-verbal qui signifie assez clairement «Crisse-moi une p’tite patience». Je sais pas. Je ne l’ai jamais regretté. J’ai surtout réalisé que pendant ces dix jours, tout ce que j’attendais, c’est que quelqu’un me dise d’arrêter d’allaiter. Ce qui n’est pas arrivé, évidemment. Alors puisque la montagne ne venait pas à moi… Et ma fille a presque que 4 ans, jamais eu d’otites, de bronchites, de pneumonies, de gastros, etc. Breast is best? Maybe. Probably. Mais Mommy knows best en ostie par exemple! ;)

    • Evelyne dit

      J’aime ton histoire. Elle correspond à la mienne sauf que mon bébé a un mois. J’ai eu une si belle journée à donner un biberon dimanche passé et à la voir dormir dans mes bras. Fini l’allaitement…

  3. « J’aurais tellement aimé ça lui répondre que, oui, on savait tout ça que breast is best, mais que j’aimais mieux t’avoir vivante avec des biberons, que morte. » Tellement! Et je trouve que l’allaitement englobe beaucoup de situations personnelles et intimes, dont on n’a pas envie de parler avec le premier venu, et aussi que les situations d’allaitement sont souvent très complexes… Je trouve que d’essayer d’oversimplifier la patente en répétant sans cesse que Breast is best et que c’est si facile, l’allaitement, ça n’aide personne. Ni les mères pour qui ça va relativement bien (on tend à minimiser leurs efforts pour allaiter), ni les mères pour qui ça va mal (on leur répète sans cesse : ben là, t’as juste à essayer plus fort, c’est facile!), ni les mères qui choisissent de ne pas allaiter (elles ont bien le droit! libre choix FTW!). Et moi aussi j’ai trouvé ça rafraîchissant d’entendre parler un homme sur le sujet de l’allaitement, parce qu’il fait partie de l’équipe de parents. On veut que les pères s’impliquent davantage, ben faut leur donner le droit de s’exprimer! :) Merci pour ce texte

  4. Catherine dit

    Merci tellement d’avoir écris ceci !
    Merci de nous dire qu’on est bonne car c’est bien vrai qu’en nouvelle maman on est insécure et que si on décide de ne pas
    Allaiter pour des raisons personnelles on est vu comme égoïste , indigne , alors qu’on ne l’est pas , qu’on a juste fait un choix différent de ce que prône la société en ce moment . Qu’on s’est juste écouter ! Être bien avec ses choix c’est aussi Ca être une bonne mère … Cette décision de ne pas allaiter vu la plus dure de ma grossesse car je connaissais et j’anticipais les commentaires , la pression sociale . Normal ?

  5. Je vais répéter ce que j’ai répondu à quelqu’un d’autre suite au visionnement de ce vidéo:

    Je dois avouer que je ne tripe pas sur ses arguments « pour » la préparation commerciale parce que ça envois un message déjà trop publicisé comme quoi c’est difficile de s’impliquer comme père dans l’allaitement, ce qui est totalement faux. Mais sur le fond, il a raison. Une mère doit avoir le choix, doit être respectée et doit se sentir libre de prendre ses propres décisions sans se faire imposer celles des autres. Ceci dit, c’est un sujet sensible parce que l’inverse est aussi vrai: j’ai manqué de support, dans l’exacte même situation que sa blonde. On me poussait à donner de la préparation commercial à ma fille qui avait une jaunisse après ma césarienne (d’urgence) dû à ma montée de lait qui tardait et au lieu de m’expliquer POURQUOI (stress, césarienne, voir même juste mon corps qui est lent à produire au début) et m’aider en ce sens, on s’est empressé de me donner une bouteille. À peine deux jours après l’accouchement. J’ai dû exiger une alternative en braillant ma vie devant les infirmières pour qu’on daigne m’offrir un DAAL (dispositif d’aide à l’allaitement – seringue avec un tube qu’on colle au mamelon pour que le bébé tète au sein, mais boive aussi de la préparation…)
    BREF, ce que je veux dire, c’est qu’il n’y a rien de parfait parce que chaque femme, chaque infirmière et chaque médecin pense différemment, a une expérience/formation différente et a des valeurs différentes…

    Et pourquoi beaucoup tentent d’aider celles qui semblent sur le point d’abandonner? Parce qu’on a passé par là aussi. Du sentiment du non-naturel (et pourtant! ;-)), du feeling de manquer de lait, de la pensé que ça nous gruge toute notre énergie, que ce serait plus simple avec la bouteille… Mais chez nous, j’ai eu un support du tonnerre de mon chum (qui est pourtant retourné travaillé le lendemain de mon retour à la maison!) et de ma mère. Je pense sincèrement que pour la plupart des commentaires des personnes envers les femmes qui n’allaitent pas/plus, ce n’est pas pour shamer les parents. C’est plus pour informer. Je n’ai jamais voulu faire sentir une maman coupable de ne pas allaiter. J’espère seulement qu’elle ne regrettera jamais sa décision. Parce que moi, très personnellement, ne pas avoir tenté le maximum pour allaiter et me rendre compte qu’un simple conseil aurait pu m’aider en ce sens m’ait fait abandonner m’aurait frustré.
    Mais j’ai été bien entourée. Et j’ai eu de la chance, quand même. Mais j’étais surtout très bien entourée.
    On n’a pas accès à ce qui se passe dans la tête des gens. Et personne n’est pareil! C’est ce qui est beau, dans notre société. Et c’est aussi ce qui cause de grands débats et des tensions avec des sujets comme celui-ci ;-)

    • J’essaie fort de comprendre ce que tu veux dire, mais j’ai l’impression que c’est difficile comme ton commentaire s’applique à la vidéo… Mais là où j’accroche vraiment c’est quand tu dis que ce n’est pas pour shamer mais pour informer. Mais qui est-on pour savoir si les gens autour de nous sont informés ou pas? L’exemple que je donne dans mon texte et dont tu fais fi est que quelqu’un a « informé » (remarque les guillemets ici) mon chum sur qqch qu’il savait déjà. Il n’avait pas besoin de cette information. Il vivait à ce moment-là avec une femme en dépression et un tout petit bébé de trois mois. Il avait surtout besoin que l’autre se la ferme avec son jugement déguisé en information.

      Bref, tldr, empathie, écoute, gros bon sens devraient primer sur tout.

      • Odile, je comprends ce que tu veux dire, et oui effectivement, je faisais surtout référence au vidéo. Et le commentaire du collègue de ton conjoint était tout à fait déplacé.
        C’est toujours sensible de s’adresser à une toute nouvelle maman. C’est sensible parce qu’elle a la fatigue, le manque de sommeil, les émotions et les hormones qui se bousculent dans son petit corps de nouvelle maman. Ça plus tout le monde de possible qui peut s’ajouter, ce n’est jamais évident d’aborder de tels sujet, comme l’allaitement!
        C’est difficile d’aborder ce sujet quand on n’est pas du milieu de la santé, même quand on est marraine d’allaitement. Le moindre commentaire est facilement vu comme un jugement (dans le cas de ton chum, c’était visiblement le cas, et c’est ce genre d’imbécile qui rend la moindre intervention encore plus délicate pour quiconque souhaite sincèrement aider ou simplement partager sa propre expérience si elle est positive.)
        Bref, j’invite quiconque s’intéresse à l’allaitement et a été touché par le vidéo de Sébastien Benoît à lire la réaction d’une marraine d’allaitement chez MAM (ce n’est pas moi, hihi)
        https://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=1067469939952632&id=184204154945886

        Ceci dit, je participais à ton encouragement à prendre parole, hihi! J’exposais ma propre expérience en allaitement. ;-)

  6. Amélie dit

    moi qui ai allaité j’ai subi la meme pression… incroyable pourrait-on penser? Et oui les mamans qui allaitent subissent le même genre de pression… Et celle là personne n’en parle, parce qu’après le beau discours « breast is best », il y a le 2eme: « t’es sure que ton lait il est bon? tu es sure qu’il y a ce qu’il faut dedans? Et tu vas arreter quand? Parce que bon là quand meme il est grand non? mais du coup t’es à sa mercie, tu peux rien faire, vraiment c’est ultra anti feministe l’allaitement c’est le retour au moyen age »
    Alors un grand oui à cet article parce que y en a marre des gens qui jugent, et un en plus pour les autres ;)

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