Être parent, Parentalité, Réflexions
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Le bagage

On entre dans la parentalité avec un bagage. Notre passé comme une valise ou un gros sac à dos. Certaines ont des roulettes, d’autres ont des straps pour répartir le poids, et d’autres sont usés et encombrants.

Je suis arrivée en maternité avec ce genre de bagage, il était trop gros pour mes épaules pas si larges. Pour moi, être une maman, ça représentait un rêve : celui de fonder une famille avec mon merveilleux amoureux. Mais aussi un cauchemar : celui d’affronter des souvenirs, des manques et des rejets.

Je n’ai jamais connu mon père biologique.

Je ne connais pas l’histoire exacte, elle ne m’a jamais tant intéressée… ou plutôt, j’en étais effrayée. Pourquoi mon père n’est-il pas resté auprès de moi? Pourquoi ma mère a-t-elle dû s’occuper seule d’un poupon alors qu’elle était elle-même encore si jeune? Je ne le sais pas.

La peur.

Toute ma grossesse, j’ai eu peur que Jean-Philippe parte, m’abandonne. Une peur irrationnelle : j’avais le chum le plus « là » du monde. Mais le bagage, la grosse valise pleine de démons, elle était entre moi et la réalité.

Après la naissance d’Henri, ça m’a frappée. Comment pouvais-je aimer cet enfant-là à m’en tordre les boyaux, à avoir l’impression que mon cœur allait imploser d’amour, à ressentir que je donnerais tout, toute ma vie pour qu’il soit heureux… alors que mon père biologique à moi n’avait pas ressenti cela pour moi. Pourtant, ce n’était pas parce que j’étais une mère. Ce même amour pour Henri, je le voyais dans les yeux de Jean-Philippe.

Chapeau, papa.

Mon père adoptif est arrivé assez tôt dans ma vie et il m’a adoptée alors que j’avais sept ans et demi. Et il a fallu que je devienne mère pour comprendre toute l’ampleur de ce geste. Adopter.Un.Enfant. Prendre l’enfant de sa nouvelle amoureuse et lui dire, je m’occupe de toi, maintenant, comme si je t’avais fait. C’est quelque chose.

Mais il n’y a rien de parfait. Mon papa, il arrivait avec un sapré bagage. Je ne vous raconterai pas l’histoire, elle lui appartient, mais, lui aussi, il a été adopté.

Il m’a donné tout ce qu’il avait, tout ce qu’il pouvait. Il m’a assurément enlevé bien du poids dans ma valise qui serait phénoménalement grosse aujourd’hui s’il n’avait pas été là, pour moi.

Et moi justement?

J’ai longtemps eu l’envie, l’appel, très fort, de faire de même, d’adopter un enfant, moi aussi. Tellement que c’était dans mes conversations avec Jean-Philippe au début de notre relation.

Tu veux-tu des enfants, toi?
Oui. Toi?
Oui, et j’aimerais beaucoup adopter aussi.
Okay.

Aujourd’hui, je ne le sais plus. Autant mon père est un bon père, j’ai bien vu que certaines situations que je vivais le remuaient. Des souvenirs, des blessures? Peut-être.

Et c’est pour ça que je me demande si je serais vraiment prête à revivre ce genre d’émotions à travers les yeux de mon enfant. Est-ce que je serais une bonne mère adoptive pour un petit être qui se demandera peut-être toute sa vie, comme moi, s’il mérite d’être aimé? Je sais pas trop. En même temps, je suis si habituée de porter mon bagage, peut-être que je pourrais l’aider à porter le sien. Qui sait.

 

Novembre est le mois de l’adoption. N’hésitez pas à partager votre histoire et vos réflexions si le cœur vous en dit <3

 

1 commentaire

  1. Cynthia dit

    Ça réchauffe le coeur de lire ça. C’est vrai, c’est touchant, c’est rough et c’est ça la vie.

  2. Moi j’ai adopté pas parce que j’ai un bagage d’adopter (quoique j’ai un bagage de « dpj » parce que ma grand mere est morte avec encore de jeunes enfant sous sa charge…) mais parce que je suis infertilites depuis 2001. C’etait ma seule option pour fonder un famille… L’adoption « dans le temps » vs aujourd’hui c’est deux. En plus de ces questions existentielles il faut dealer avec des lois et des organismes (et ou la dpj) ce qui n’est vraiment plus pareil. Aujourd’hui adopté ce n’est plus une BA c’est un contrat avec une foule de devoir et aucun droit… pensez y bien avant de vous lancer dans l’aventure…
    http://www.mamanstandby. net

  3. Alexandra dit

    Tellement touchant, merci.
    De mon côté, à la suite d’un divorce plus que difficile alors que j’avais 13 ans, ma relation est devenue houleuse… Plusieurs années sans lui parler, quelques années où on entretient une certaine relation, et depuis maintenant 3 ans, il a fait le choix conscient de nous (ma soeur et moi) rayer de sa vie. Complètement. Il ne sait donc pas que j’ai obtenu mon bacc, que j’ai maintenant une petite puce de 2 ans et que je suis enceinte d’un garçon pour l’hiver, que nous avons acheté une maison… il ne sait rien de tout ça. Et même si je sais qu’il est le plus perdant dans l’histoire, et se coupant de nous, c’est faux de dire que je suis passée par-dessus. Je me surprends à pleurer ma vie en regardant des téléromans mettant en scène une relation père-fille saine et aimante.

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