Être parent, Défis, Parentalité
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L’origine du plan

Quelle joie je ressens quand je pense à ma toute première année dans la blogosphère! Surtout, quelle magnifique confiance vous me montrez en revenant ici pour lire mes billets, merci!

Cette année, vous êtes plusieurs à m’avoir demandé pourquoi mon blogue s’appelait Maman a un plan. Était-ce parce que j’étais SI organisée que ça? Bien sûr, la réponse est non, ha!

L’idée du plan s’est vraiment mise en place dans ma tête quelques mois après l’arrivée d’Henri dans ma vie en janvier 2011. Laissez-moi vous raconter.

Au fond de moi.

Henri n’avait que quelques heures, que je pleurais et pleurais, et pleurais. Ma vie entière est sortie en pleurs. Des peurs, des angoisses, des cauchemars, des colères se sont installés.

Je pensais vivre le « baby blues » et je m’accrochais à mon Mieux Vivre qui disait que cet état pouvait durer de quelques heures à trois semaines chez certaines femmes. Je me rattachais à cela en me disant : « Trois semaines, je vais y survivre! » Mais au fond de moi, je savais…

Les fameuses « trois premières semaines » sont passées. J’ai alors ressenti une petite accalmie… mais rien d’incroyable. En fait, je crois que je venais de m’habituer à mon nouvel état : j’étais nulle, dépassée, laide, mon chum allait m’abandonner et mes amies ne se repointeraient jamais chez nous.

Je pleurais. J’aurais tant voulu que mon fils adoré soit tombé sur une autre mère, il méritait mieux que moi.

La goutte de trop.

Henri venait d’avoir deux mois quand, après l’avoir allaité, je me suis fait mal au dos. J’ai paniqué. Complètement.

Cela ne s’arrangeait pas, alors, après quelques jours, je suis allée voir un médecin.

Je lui ai raconté tout cela en pleurant. Il m’a donné des anti-douleurs et m’a demandé de revenir le voir deux semaines plus tard.

Quatorze jours ont passé, et j’avais plus mal au dos que jamais. En fait, je n’étais plus capable de soulever mon bébé. Le doc m’a alors prescrit un nouveau médicament et m’a lancé : « C’pas normal que ça parte pas ton mal de dos, j’te donne un autre médicament, c’est beaucoup plus fort : tu peux pas allaiter en l’prenant. »

Mon monde s’est écroulé.

Je suis revenue à la maison, et j’ai allaité Henri pour la dernière fois. Ça reste, à ce jour, le pire moment de ma vie : j’ai ressenti un énorme sentiment d’incompétence, de ratage, de défaite et de culpabilité, tout à la fois. C’est que je m’étais mis tant de pression, celle d’être une mère parfaite… et clairement, j’échouais à atteindre cet idéal.

Je dépérissais de jour en jour. Et, tout au fond, je savais…

Allez chercher de l’aide.

Quand j’ai vu que rien ne se réglait et que ma douleur était en train de devenir de la douleur chronique, je me suis dit que d’aller consulter un psychologue pourrait m’aider.

Évidemment, un psychologue ne peut pas poser un diagnostic de dépression. Alors quand, après plusieurs sessions, je lui ai candidement demandé si je faisais une dépression post-partum, il m’a dit d’aller voir un médecin. Ce que j’ai fait. À quatre reprises, avec quatre médecins différents. Tous ont eu devant eux une femme-nouvelle-maman en perte de contrôle (et en pleurs) et tous m’ont prescrit un nouvel anti-douleur.

Je me raccrochais à ça : « Si aucun médecin ne me dit que je fais une dépression, c’est parce que je ne suis pas en dépression! » Mais…

Jusqu’à ce qu’un jour, je rencontre un médecin ayant, disons, hum, un peu plus de clairvoyance. Il m’a écouté, m’a posé des questions pour ensuite me faire répondre  à un questionnaire : Auto-évaluation du niveau de dépression.

Sur une échelle de un à quatre.

Chaque question avait un choix de réponse valant de 1 à 4 points. À toutes les questions, ma réponse correspondait au chiffre 4.

Toutes, sauf la dernière, où je n’ai scoré que 2 sur 4: je n’avais pas fait de tentative de suicide (4), je n’avais pas de plan de suicide (3), mais, oui, j’imaginais vraiment ma mort comme quelque chose qui me soulagerait et surtout qui rendrait un grand coup de main aux gens autour de moi, mon fils y compris (2).

Le diagnostic.

Enfin, quelqu’un mettait un mot sur mon mal : la dépression post-partum, une maladie mentale. Dans mon cas, elle a dû être traitée avec des antidépresseurs. Après des mois et des mois dans la noirceur, ça a pris quelques jours à peine et j’ai revu la couleur de la vie.

C’est là que j’ai décidé que j’aurais un plan.

Un plan A, toujours, mais au cas où il ne marcherait pas, j’aurais aussi un plan B, et même un plan C, pour me sécuriser. De cette manière, je sais que je serai correcte même si tout ne se passe pas exactement comme je l’ai prévu/pensé/idéalisé.

Et, surtout, j’ai fait le choix conscient que plus jamais, jamais je ne me mettrais de la pression. Ne vous méprenez pas : je me remets toujours en question, je réfléchis, j’hésite, mais quand c’est fini, c’est fini : j’assume ce que je suis, ce que je pense et ce que je fais, complètement. Le beau et le moins beau.

En gros, j’ai décidé d’être libre. Et de ne plus jamais avoir honte.

Odile.Famille-3506

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28 commentaires

  1. Merci Odile pour ce beau texte généreux qui met des mots sur des maux… Tu le fais si bien, je te souhaite de toujours garder ton plan en tête et d’accepter parfois les option « b », « c » et « d ».

    Juliexx

  2. Tout ceci me touche vraiment. Dans la vie on a bien souvent un plan, une manière de voir les choses et sa propre vie en particulier.
    Moi, mon  »plan A » s’est écroulé en octobre dernier: celui d’être une famille de 4 pour longtemps (pour toujours en fait…), d’élever mes 2 enfants avec l’homme de ma vie, le père de mes cocos.
    Je suis en pleine séparation (le choc…) et je dois voir ma vie sous un autre angle. Moi qui était une maman toujours présente, je vivrai bientôt la garde partagée. Un jour à la fois…
    Ce plan B que je n’avais presque jamais envisagé est difficile à accepter mais il est impossible de faire autrement. J’y arriverai. Je le sais. Pour mes cocos adorés. Pour moi aussi….
    Merci pour tes mots…

    • Comme cela doit être difficile, mais tu as raison, un jour à la fois. Je te souhaite tant de trouver l’équilibre dans cette nouvelle situation.
      Toutes mes pensées xxx

      • Merci encore. Te lire est toujours agréable pour moi….

  3. justine dit

    Quel beau témoignage touchant. Merci de parler de ce tabou, une réalité qui touche tant de jeunes mères qui aspirent à la perfection…

  4. Awwww! J’ai juste envie de te serrer dans mes bras. C’est gentil de partager ton expérience comme ça. On met beaucoup de pression sur les nouvelles mamans et on se met beaucoup de pression en tant que nouvelle maman aussi. La dépression c’est tabou que ce soit post partum ou non! Bref, bravo.

    Ma question; quand tu as eu Martha, avais-tu peur de retomber ou non?

    • Josiane! C’est tellement une bonne question, j’avais pas pensé l’aborder…
      La réponse : oui ET non.
      Oui, parce que j’ai compris que je n’étais pas invincible et que je n’étais à l’abri de rien…en plus, après avoir vécu ce cauchemar, la dernière chose que je voulais c’était le revivre.
      Mais non, parce que 1) je savais que si ça revenait, je saurais comment réagir, 2) je me sentais entourée. Le filet de sureté est SI important! Et comme, j’avais fait une dépression post-partum après ma 1re grossesse, j’étais suivie de près après la 2e. Et, alléluia, j’ai été top shape. (Merci Sainte-Justine!)

  5. Bravo, tu es courageuse de parler de ça de façon aussi candide! Une amie aussi a eu beaucoup de mal à faire reconnaître par les médecins qu’elle était en DPP. Tous disaient que si elle ne pensait pas au suicide, c’est qu’elle n’était pas en dépression! Pourtant elle pleurait sans arrêt et son chum ne la reconnaissait plus. C’est bien beau qu’ils sensibilisent les nouvelles mères à ça, mais pourquoi les médecins ne sont pas plus vigilants et compréhensifs? Ça me dépasse…

  6. Je découvre votre blog par cet article qui me renvoie deux ans en arrière, face aux médecins sans écoute et avec cette impression que n’importe quelle mère aurait été mille fois mieux que moi pour mon bébé… C’est la première fois que je lis des mots qui retranscrivent aussi fidèlement ce que j’ai ressenti, alors merci, sincèrement. Je m’en vais découvrir le reste de votre blog !

  7. Mireille dit

    Bonjour Odile, je viens de découvrir ton blogue. J’ai moi aussi vécu un post-partum à ma première grossesse. Je me suis juré que je ne revivrais pas ça au deuxième enfant car je me suis fait un plan ;) et ça marche ! Je vais prendre le temps de survoler ton blogue dans les prochains jours . Merci !

  8. Très touchant. C’est dingue toute cette pression qu’on se met sur les épaules. On fait tellement toutes du mieux qu’on peut. Nous sommes trop dures envers nous-mêmes. Merci de partager un moment si personnel de ta vie Odile!

  9. Catherine Audet dit

    Bonjour Odile, Bravo pour cette mise à nu qui n’a pas dû être facile à écrire…quel paradoxe de ressentir cette douleur alors qu’on nous dit que ce doit être le plus beau jour de ta vie!
    De mon côté, depuis que j’ai des enfants, mon plan est de « lâcher prise ». Je me le répète souvent. Pour le reste, je trouve que tu donnes de bons conseils! Je continue à te lire :)

  10. « Je pensais vivre le « baby blues » et je m’accrochais à mon Mieux Vivre qui disait que cet état pouvait durer de quelques heures à trois semaines chez certaines femmes. Je me rattachais à cela en me disant : « Trois semaines, je vais y survivre! » Mais au fond de moi, je savais… »

    J’aurais pas pu dire mieux, j’aurais envie de brailler comme un bébé. Ici aussi, il y avait beaucoup de déni dans mon entourage. Merci pour ce texte.

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  13. Merci beaucoup d’en parler! Je l’apprécie tellement! Je me suis reconnue dans ce billet, surtout dans la phrase qui dit comment vous pensiez que votre fils adoré méritait mieux… C’était très douloureux! Je suis désolée que vous ayez dû passer par 4 médecins avant d’en trouver un 5e… C’est vraiment triste et poche! Il n’y aurait pas un problème d’incompétence de la part des médecins qui n’ont pas « investigué » du côté de la dépression? Enfin, je suis contente de savoir que vous en avez trouvé un qui vous a fait remplir une auto-évaluation et qui s’est occupé de votre santé mentale autant que de votre santé physique…

    • Disons qu’un an plus tard, je suis encore plus consciente de toute l’importance que ça avait pour moi d’en parler, enfin. C’est un moment tough, plus que tough même, mais vécu par trop de femmes en silence. Maintenant, je n’ai plus peur de le dire et ça fait toute la différence du monde :)

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