Être parent, Parentalité, Réflexions
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Laisser son enfant seul dans l’auto et etc.

La semaine dernière, je suis tombée sur ce (très) long et (très, très) bon texte The day I left my son in the car de Kim Brooks, une écrivaine américaine qui, vous l’aurez deviné, a un jour laissé son enfant seul dans l’auto.

Âge de l’enfant : Quatre ans
Lieu : Stationnement de centre commercial
Chaleur : Modérée
Portes : Barrées
Fenêtres : Un peu ouvertes
Activité de l’enfant : Gosse sur un iPad
Durée de l’incartade : 10 minutes
État du fils au retour de la mère : Parfait

 

Résultat légal : Brooks a été dénoncée à la police par un passant, a subi un procès, a été reconnue coupable et condamnée à faire 100 heures de travaux communautaires et de consulter un travailleur social.

Vous avez le portrait d’la patente. Toutefois, son article ne parle pas que de « ça », mais bien de toute la réflexion que ç’a engendré chez elle.

Les zones grises y sont dominantes : elle ne crie pas à l’injustice, ne se confond pas en excuses, fait un retour sur l’histoire, s’appuie sur des propos d’experts concernant la peur parentale exacerbée dans notre société, tout en racontant les conséquences (émouvantes) que cette « aventure » a eu sur sa vie de famille. Et, il faut que je sois honnête, quand on fait appel à mon sens critique sans tenter de m’imposer une pensée, je capote!

Les responsabilités et la loi

Voilà quasiment une semaine que les questions soulevées par Brooks me trottent dans la tête et que je pense à mes responsabilités parentales réelles.

Pour me faire une tête, j’ai consulté le Code de la sécurité routière et, au Québec, on ne peut pas laisser un enfant seul dans une voiture s’il est âgé de moins de huit ans. Ok.

Perso, cette loi me laisse bien indifférente, car je ne crois pas que je laisserais mes enfants seuls dans la voiture. Pas parce que je trouve cette loi particulièrement sensée, non, mais bien parce que J’AI PEEEUUUR!

Malgré cette crainte personnelle, je suis quand même très capable de me questionner sur la pertinence de ce choix précis d’âge minimal. Vous me direz qu’on devait bien tracer la ligne en quelque part, et je ne pourrai que vous donner raison.

N’y a-t-il pas des dangers partout?

Donc, on en convient, pour l’instant, c’est pas avant huit ans. Ok…

MAIS. On a le droit de les laisser se rendre à l’école seuls avant huit ans, pas vrai? C’est pas « dangereux » ça aussi? Seul sur le trottoir, mon enfant pourrait se faire kidnapper, agresser, frapper par une voiture… ET. Si je laisse mon enfant jouer seul dans la cour, suis-je négligente? Je ne suis même pas de mauvaise foi, ai-je logiquement « le droit » de faire cela?

La peur

Elle nous vient d’où cette obsession de toujours avoir les deux yeux vissés sur nos enfants? Et je m’inclus TOTALEMENT dans cette obsession. Je suis une mère peureuse.

J’ai peur. Des gens. Des fous. Que mes enfants aient mal. Qu’on fasse du mal à mes enfants. On a beau me dire que le taux de criminalité est au plus bas depuis des décennies, j’ai de la difficulté à le rationnaliser. Et je ne suis clairement pas la seule.

Pourquoi on a aussi peur, gang? Exactement, je sais pas, ha! Ça pourrait bien être causé par l’omniprésence des médias et des réseaux sociaux « grâce » auxquels nous pouvons suivre en temps réel le moindre fait divers. On a donc le sentiment qu’il y a du danger partout.

Mais c’est peut-être aussi parce qu’on a peur du jugement que pourraient porter les autres sur nous (et le répandre sur les réseaux sociaux, tiens!) si un accident arrivait à notre enfant. On aimerait donc mieux prévenir que guérir? Peut-être.

La parentalité devenue sportive

Cette toute petite phrase prise dans The day I left my son in the car est vraiment éloquente :

« This is America and parenting is now a competitive sport, just like everything else. »

Vous en avez peut-être rencontrés vous aussi de ces parents (au parc, au cours de natation, sur les groupes Facebook, sur les forums de discussions, etc.) qui se donnent le droit de juger la parentalité des autres simplement parce qu’elle est différente de la leur. Ils veulent absolument nous donner leur avis, que ce soit sur le sommeil, la discipline, l’éducation, la sécurité, l’alimentation, l’allaitement…

Comment faire pour que tous ces jugements ne nous atteignent pas (trop)? Selon moi, avec une carapace bien épaisse (confiance en soi) et une bonne grosse dose de dérision!

Beben de l’espoir

J’espère un jour être capable de me dire : « Oui, je peux envoyer mes enfants seuls au dépanneur » sans avoir peur que quelqu’un de mon quartier me juge, ou pire, en avertisse la police, un peu comme dans le cas de Brooks.

J’espère de tout cœur qu’il n’arrivera JAMAIS de mal à mes enfants. Mais si ça arrivait, mon Dieu que je souhaite être capable de me dire que ce n’est pas parce que je suis une mauvaise mère!

Je l’espère.

Bon, pas trop besoin de m’en faire, car, pour l’instant, je m’imagine encore aller les reconduire MAIN DANS LA MAIN à leur première journée du secondaire.

Je déconne. Dérision, que j’disais? ;)

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Allô, je suis mère de deux jeunes enfants, diplômée en éducation, chroniqueuse sur la vie de famille depuis 2011 et auteure du guide "Maman a un plan pour que les enfants ne s'ennuient jamais".

11 commentaires

  1. Je profite donc de la plus minime-petite-ouverture dans ton article pour te ploguer la phrase qui m’aide le plus à lâcher prise quand j’ai le réflexe de vouloir surprotéger mon Laurent ou quand je me sens mal de ne pas être la mère parfaite qui réagit toujours parfaitement avec son enfant (parce que c’est un peu ça la réflexion autour de ce billet, non?)…

    «Don’t handicap your children by making their lives easy».

    Cette citation vient de Robert Heinlein, un écrivain américain. On s’entend là, l’idée n’est pas ici de leur faire du mal ou de les battre ou je ne sais pas trop quoi. Je la comprends plutôt comme si le plus beau cadeau qu’on pouvait leur faire, c’est de leur apprendre à être autonome. Et je trouve ça tough au maudit :)

    • Odile dit

      Haha! Je suis donc bien contente que tu la plogues cette phrase ;)
      Ça me parle beaucoup, beaucoup, beaucoup… Je me demande quelles seront les répercussions sur ces enfants sur-protégés, et cette phrase illustre bien une conséquence possible.
      Merci, genre, vraiment!
      Et, oui, c’est tough en maudit parfois de leur apprendre l’autonomie!

  2. Valérie dit

    Merci pour m’avoir fait connaître ce texte. Je me bat tous les jours contre moi-même entre autre, mais surtout contre « les autres » pour laisser mes enfants prendre graduellement de l’autonomie… J’ai laissé ma fille de 8 ans marcher 2 coins de rues seule avec son frère de 7 ans pour aller porter des bouquins à la bibliothèque et une « bonne samaritaine » les a questionnés à savoir ce qu’ils faisaient là seuls, où j’étais, etc… Sur le coup ça m’a franchement agacé car je savais vraiment ce que je faisais en les laissant y aller seuls, j’avais même fait un « dry-run » avec eux auparavant, mais maintenant je ne dis que je l’ai peut-être échappé belle… Bon nombre de mes voisins sont inconfortables à laisser leurs enfants (d’âge scolaire, précisons-le) faire le tour du bloc en vélo sans supervision d’un adulte… et je vis dans un quartier confortable, pas entourée de piqueries! On leur nuit tellement plus qu’on leur aide en voulant trop les surprotéger et en même temps on a peur de LA chance qu’il arrive quelque chose et que du coup on se morde les doigts de les avoir exposés…

    • Odile dit

      Ça fait tellement plaisir!
      Merci à toi de me raconter cette histoire… et surtout de partager ton point de vue : ça me fait du bien de voir que nous sommes plusieurs à se les poser « ces questions ».
      Pis j’espère que ta « bonne samaritaine » t’a laissée tranquille! ;)

  3. Julie dit

    J’ai laissé mes deux filles (4 ans et 4 mois) dans le chariot à l’entrée de la banque pendant que j’allais au guichet. Je ne me suis pas posé de questions trop longtemps; je fais pleinement confiance à ma grande, il y a des grandes fenêtres pour que je les surveille, pis je vais juste faire un retrait, donc j’en ai pour à peine 2 minutes. Comme je me revirais toutes les 5 secondes pour les surveiller j’ai pu constater que des passants se sont arrêtés pour voir ce que faisaient deux jeunes enfants « abandonnés » devant une banque et j’ai aussi pu entendre leurs remarques, outrées, lorsque j’ai repris ma marche. Je suis une mère indigne? Vraiment? Je ne pense pas.

    Un peu sur le même sujet, cet article sur le blog A Cup Of Jo : http://joannagoddard.blogspot.ca/2011/09/motherhood-mondays-prams-in-denmark.html. Depuis que j’ai lu ça que je rêve que ce soit comme ça ici aussi :)

    • Odile dit

      Salut Julie! On doit se tenir aux mêmes places sur le web, parce que moi aussi j’avais lu ce billet sur A Cup of Jo, pis j’avais tellement trouvé ça cool ;)

  4. Carolyne dit

    Ahhh! La fameuse culpabilité de la mauvaise mère combinée avec le lâcher-prise… Nous habitons dans l’ouest de l’île dans un quartier pas trop familial :-S et Dieu sait que j’ai eu de la misère à laisser mes enfants faire du simple vélo devant la maison. Le hic? C’est passant et les beaucoup ne font même pas leur arrêt obligatoire… Donc, papa ou maman se devait d’être toujours présent avec eux. Les laisser marcher pour aller à l’école? C’était un pensez-y bien, car il n’y a pas de trottoirs, seulement des bordures. Nous avons dû lâcher-prise; nos enfants grandissaient… J’allais bien à l’école à pied quand j’étais jeune et je ne suis pas morte. Je pense qu’à un moment donné, il faut se questionner. Est-ce qu’il y a de réels dangers qui guettent constamment nos enfants? Je ne le crois pas. Ce n’est pas mieux de les faire vivre dans une bulle de verre, à l’abri de tout. Il faut qu’ils comprennent que le monde n’est pas tout rose, tout le temps. Ma fille de 10 ans (presque 11) revient quelques fois seule à la maison et elle en est très contente. Et aujourd’hui, mon fils de 12 ans (presque 13) est allé à La Ronde avec l’école. J’étais inquiète à savoir: va-t-il penser à se mettre une casquette, à apporter une bouteille d’eau, son argent pour le lunch, etc., etc. Quand je suis allée le chercher ce soir, il était tout sourire et heureux d’avoir eu la LIBERTÉ d’aller dans les manèges qu’il voulait et d’être entouré de ses copains. Je me suis fait du sang de cochon pour rien ;-). Et remarque que, bien souvent, nos enfants vont nous surprendre agréablement lors de moments où on s’y attendait le moins ;-).

    • Odile dit

      Oh! Quel beau message Carolyne! Vrai, honnête, authentique: je sais ça veut toute un peu dire la même chose, mais je suis vraiment heureuse de te lire! Les laisser nous surprendre, j’aime!

  5. marie-claude dit

    OMG que je me reconnais dans ce que tu as écris Odile!Ma grande est rendue à 8 ans et je ne veux pas qu’elle aille jouer dans la ruelle avec les autres enfants sans que j’aille avec elle.Je me questionnait justement hier sur le fait et je me demandais si je n’était pas trop protectrice!Peut-être que je lui transmet ma peur en ayant peur..Je devrais bien me faire à l’idée bientôt qu’elle grandit et qu’elle a besoin de vivre des choses sans moi.Je ne crois pas que je serais capable de ne pas m’inquiéter par exemple! ;)

    • Odile dit

      Tu sais quoi Marie-Claude? Moi non plus, je ne pense pas que je serai capable de ne pas m’inquiéter…pas les 1re fois en tout cas! Mais, je me dis qu’on doit bien s’y faire… non?

  6. Margaux dit

    Le interdiction de laisser seul les enfants de moins de 8 ans notamment dans une voiture est aussi valable quand tu mets de l’essence (ben oui ils sont seuls) et que tu vas payer à 10 mètres de là …
    Et tu peux être verbalisée aussi ….

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