Être parent, Défis, Réflexions
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La voix du ventre

Moi, vous savez, j’ai eu une grande chance. J’ai voulu devenir enceinte deux fois et ç’a marché les deux fois. Je connais la date de conception exacte de mes enfants. C’est un peu le chemin idéal, celui qu’on espère tous qui nous attend lorsqu’on souhaite devenir parent.

Il y a pourtant des tas de gens autour de moi qui n’ont pas eu ce privilège. Certains ont eu besoin d’un peu d’aide, d’autres de beaucoup, et certains n’y sont jamais arrivés.

À vous tous : chapeau, je vous admire. Vous avez eu l’envie d’avoir des enfants et vous avez dû travailler pour y arriver, alors que la majorité d’entre vous devait être en train de faire un deuil, celui du chemin le plus facile, le plus court. Et quand on est en train de faire un deuil, on n’a pas toujours envie de « travailler », justement.

Alors, s’ajoutant à toutes les essentielles et primordiales raisons médicales, c’est peut-être un peu pour ça que notre société a pris la décision, il y a quelques années à peine, d’être solidaire et de vous donner un peu de doux dans votre peine et votre deuil en offrant le programme de procréation assistée à tous ceux qui en avaient besoin.

Et nous l’avons entendue revenir de plus belle, votre douleur, quand notre gouvernement a dévoilé son projet de loi 20. Cette loi qui sera peut-être imposée par bâillon très bientôt et qui met en péril ce programme. Moi, je l’ai entendue par une voix en particulier. Celle d’une amie chère à mon cœur, comme une sœur pourrait l’être.

On se parlait au téléphone quand j’ai eu l’indélicatesse de lui dire toute la colère que je ressens contre l’austérité, la fin du tarif à 7 $ dans les CPE et la loi 20. Sa voix, si joyeuse l’instant d’avant, tout à coup, s’est assombrie.

« Tu sais, Odile, sans ce programme, mon enfant n’aura jamais de frère ou de sœur. »

Moi, j’étais choquée devant des choix de société qui me répugnent, mais elle, elle était atteinte directement au plus profond de son cœur, de son ventre, ceux qui n’arriveraient peut-être plus à se remplir d’une nouvelle vie. Et ça, ça teinte une voix.

Son mini-bébé qui dormait dans la pièce d’à côté a commencé à se réveiller, on n’avait plus vraiment le temps de parler. Elle m’a donc dit qu’elle allait m’écrire comment elle se sentait, que ça lui ferait sans doute du bien. J’ai eu un frisson et je lui ai demandé si elle avait déjà pensé à partager son histoire. Elle a repris sa contenance et m’a dit que oui. Et c’est pour ça que je lui ai offert cet espace. À toi la parole, mon amie.

Une autre résilience

Lorsqu’Odile m’a gentiment offert de témoigner sur son blogue, j’ai longuement réfléchi. J’ai cherché la bonne façon de partager mon opinion sans passer pour « celle qui veut obtenir du capital de sympathie » ou même d’avoir l’air de prêcher pour ma paroisse. Je ne suis pas une victime et je ne fais pas pitié. Au contraire, je suis la maman la plus chanceuse du monde d’avoir un beau bébé qui me comble de bonheur. Ce beau bébé, eh bien, il ne serait pourtant pas là si nous n’avions pas eu un peu beaucoup d’aide.

Sachez pourtant que j’étais la première à clamer haut et fort que si j’étais confrontée un jour à la dure réalité de ne pas pouvoir être enceinte de façon « normale », ce serait tristement parce que la vie en aurait décidé ainsi. Je croyais posséder cette résilience et ce lâcher-prise qu’il faut pour accepter les choses…

Il s’avère que lorsque j’ai rencontré l’homme avec un grand H, c’est devenu une évidence qu’il devait également être le père de mes enfants. Notre amour était trop beau et trop grand pour ne pas le partager.

Vous savez, recevoir l’annonce que vous ne pouvez juste pas unir votre amour pour avoir un enfant, c’est un peu comme recevoir une claque en pleine face. Comme si tout d’un coup, vous deviez accepter plein d’inconnus dans votre chambre à coucher et ainsi partager votre intimité si précieuse. Étions-nous prêts à ça?

Mets-en!!! Pourquoi? Pour vivre l’immense privilège d’être parents, mais également pour pouvoir, nous aussi, contribuer à mettre sur terre un futur citoyen responsable avec des valeurs qui nous sont chères. Selon moi, c’est aussi à ça que sert le programme de procréation assistée. C’est une réalité bien personnelle, mais qui devient vite collective.

Oui c’est dispendieux pour les finances de l’État et, surtout, beaucoup plus que prévu. Un programme victime de son succès peut-être? Mais si ce succès résultait en plein de futurs citoyens et citoyennes, me semble que ça vaut le prix, non? Je sais que mon équation est simpliste et d’ailleurs je ne suis pas contre le fait d’amener certaines balises au programme, mais prenons le temps qu’il faut pour bien le faire… Prenons le temps de réfléchir à long terme pour une fois!

En tout cas moi, j’aimerais bien avoir la chance de donner un petit frère ou une petite sœur à mon enfant et je prendrai tous les moyens qui me sont offerts pour y arriver tant et aussi longtemps que je pourrai me le permettre.

C’est comme ça que je ferai preuve de résilience, finalement.

 

Si vous voulez soutenir ceux qui ont (ou auront un jour) besoin d’assistance médicale pour réaliser leur rêve de concevoir des enfants, signez la pétition sur le site de l’Assemblée nationale avant le 19 février pour dire au gouvernement qu’il doit maintenir le programme de procréation assistée.

Vous pouvez aussi vous rendre sur le site vagueespoir.com qui a été mis sur pied par des membres de l’Association des couples infertiles du Québec. Ce site nous renseigne très bien sur ce qui se passe en ce moment, en plus de nous proposer des images à utiliser sur nos réseaux sociaux pour démontrer notre appui.

Car entre parents, futurs parents, parents en attente, parents en espoir, on se doit bien ça, de faire entendre notre voix.

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4 commentaires

  1. Pingback: Une idée et de la nouveauté | Maman a un plan

  2. Et maintenant, c’est foutu pour celles dont le rêve ne s’est pas réalisé et qui n’ont pas les moyens de poursuivre les traitements…
    Triste province, loin d’être un pays digne de ce nom, aujourd’hui…

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