Être parent, Maternité
9 commentaires

Adjectif maman

Maman? Maaaman?

Maman!! N’oubliez pas le chandail d’Henri!

Je me suis retournée, l’incrédulité dans l’oeil. Je n’arrivais pas à décoder le message lancé.

On semblait s’adresser à moi, mais je ne comprenais pas qu’une autre femme adulte m’interpelle de la sorte à la sortie de la garderie. En général, quand on ne connait pas le nom de quelqu’un, on l’appelle « madame » ou « monsieur », non? J’ai fini par lui répondre.

Oh! Oui! Merci, là…

Une fois de retour à la maison, je me suis demandé pourquoi ça m’avait fait aussi bizarre. Et c’est là que ça m’a frappée.

Ce banal moment de ma journée était en fait symptomatique d’un malaise que j’ai souvent ressenti depuis que je suis devenue mère il y a quatre ans. Ce malaise, il se pointe chaque fois que je sens que, pour certains, je ne suis maintenant « qu’une » mère. Pour eux, mon rôle auprès de mes enfants semble être devenu mon statut social ou même pire… mon nom.

Maman par ci, maman par là

Quel phénomène de société infantilisant tout de même que la « mamantisation ». Toute est mère, toute est mommy.

Mère parfaite.
Mom jeans.
Mommy cut.
Mère granole.
Soccer mom.
Mère indigne.
Mère vegan.
Crafty mommy.
Mommy’s night out.
SHM (stay at home mom).
Mère allaitante.
Working mom.
Mère proximale.
Mère hélicoptère.
Amie-maman.
Mamantrepreneure.
Mommy war.
Milf.

C’est comme si, lorsqu’on devenait mère, nous n’avions plus de personnalité propre. Chaque terme, chaque caractéristique devient teinté d’une aura de maternité qui aurait prévalence sur tout.

Phénomène magique

Pourtant, avant d’être des mères, nous étions toutes des femmes différentes, avec une individualité propre. Comment se pourrait-il que, simplement parce que nous nous sommes mises à moucher des nez coulants, nous devenions magiquement le même genre de personne?

Il ne faudrait quand même pas oublier qu’il y a une pléiade d’avenues possibles pour arriver (ou pas) à la maternité. Autant d’histoires que de femmes. Des histoires d’amour, des histoires remplies d’obstacles, certaines de malheur, d’étonnement, de soulagement, il y a de tout. Et ça, ça forme la mère que nous allons devenir.

Il y a aussi tous les espoirs que nous fondons, tous nos idéaux propres à nos aspirations, rêves et envies pré-parentalité. Ça peut être la manière dont on va élever nos enfants, le style de vie qu’on mènera, le corps sur lequel on aura le contrôle, les activités qu’on fera en famille, les voyages que nous planifions déjà, les façons qu’on trouvera pour que le couple et le temps pour soi trouvent toujours leur place dans l’agenda… Tout ça (et tellement plus) influencera notre « être-mère ».

Et une fois qu’il est là, le cher bébé, il n’y a pas qu’une façon de jouer son rôle de mère. La maternité, c’est challengeant, c’est foisonnant, c’est en évolution, c’est magnifique, pis c’est tough parfois. Et on fait toutes ce qu’on peut. Point. Avec ce qu’on est, donc ce qu’on était aussi, avant.

Maternité complexe

Pourquoi a-t-on besoin de nous mettre dans des catégories? Pourquoi refuse-t-on d’admettre que la maternité de toute-une-chacune peut être complexe? Qu’y a-t-il de si angoissant à admettre son individualité, ses paradoxes, sa noirceur même?

J’en ai un peu marre de voir la société tenter de nous apposer des étiquettes. Oui, certaines parties de moi ont changé depuis que je suis une mère. Mais je ne suis pas devenue « une mère ». Je déteste cette catégorie qui ne veut rien dire. Ma maternité je ne la perçois pas comme une petite case dans laquelle je me sens limitée ou étouffée.

Si je me fais couper les cheveux courts, ce n’est pas une « coupe de maman ». Si je sors prendre un verre avec des amies qui sont elles aussi des mères, nous ne vivons pas une mommy’s night out, non. Nous sommes des femmes (qui sont, entre autres, des mères) qui allons prendre un verre, et allez donc chier si vous remarquez qu’on a toutes la même coupe de cheveux facile-à-laisser-sécher-à-l’air-libre.

Maternité décomplexée

Moi aussi, on m’en a mis de la pression. Moi aussi, j’ai essayé (1) de trouver du réconfort et des réponses à mes questionnements en m’alliant à une école de pensée maternelle et (2) de « nommer » le type de mère que j’étais. Je voulais donc faire partie de la gang, ou d’une gang à tout le moins…

Mais un jour, la réalité m’a rattrapée et je me suis rendu compte que c’était un peu vain, car, bien au-delà des stéréotypes allant de la mère parfaite à la mère indigne, je ne serais jamais « uniquement » une mère.

Parce que lorsque j’enlève mon costume de super-maman, quand j’arrache le M en lettre dorée qui me précède partout où je vais, je me rends compte que je suis toujours la même, juste là. Drette où c’qui y a mon cœur qui bat.

9 commentaires

  1. Personnellement, le terme mamantrepreneure m’horripile. Ça sonne comme une excuse à mes oreilles pour offrir un produit ou service de moins bonne qualité en espérant attirer un peu de sympathie pour leur cause. Je déteste tout autant les regroupements pour femmes d’affaire. Des femmes se sont battues pour faire partie de professions ou de groupes jusqu’alors exclusivement masculins et on voit apparaître de plus en plus l’inverse: des groupes pour femmes seulement (et même pour mères). Petite montée de lait ici.

    Les père aussi se font appeler « papa » comme si c’était leur nom par les éducatrices, profs et infirmières. À la clinique pour un examen de routine, l’infirmière nous lance un:  » papa vous allez dévêtir le petit pendant que maman répond aux questions ». Euh…papa aussi c’est répondre! J’ai pris la peine de consulter mon mari à chaque question cette fois-là.

    Très beau billet en passant!

    • Merci Nadia!
      En effet, les pères aussi sont parfois infantilisés, mais je crois que généralement, ce sont surtout les mères qu’on limite à leur rôle… de mère ;) Par exemple, mamantrepreneure, je ne connais pas d’équivalent pour un homme.
      Par contre, pour les regroupements, je ne sais pas si je me trompe, ça se peut, mais y’a une partie de moi qui trouve ça « correct » ou en fait un premier pas dans la bonne direction. Je m’explique : les « boy’s club’ existent depuis longtemps et l’apparition de « girls club » pourrait à court terme donner plus de place aux femmes. Mais tu as tout à fait raison qu’il ne faudrait pas aller trop loin, un moment donné, il va ben falloir travailler tous ensemble!
      En tout cas, merci pour ton message, il nourrit ma réflexion (qui n’est pas finie pantoute) xox

  2. Hey toi là! Tu as les mots pour décrire exactement ce que je pense, comment je me sens et comment je vois toute cette patente-là! Je manque de mots, y’é tard….mais pour vrai wow et merci xxx

  3. C’est tellement un mot qui vient changer tout ce que l’on croyait être avant.
    MAMAN
    Avant ce titre, j’étais.
    Maintenant, je suis tellement plus. Qu’une simple maman justement. Entendre ma deuxième de un an qui ne fait que chanter des « mamans » tout le temps dernièrement me fait sourire haut dans ma face à chaque fois.
    Elle le dit comme si elle ne parlait qu’en « maman-ismes ».
    Je trouve que devenir une maman me pousse à vouloir être encore plus authentique. Encore plus rêveuse. Encore plus ambitieuse. Toujours plus. Mais par en-dedans.
    Juste pour le livrer à mes deux filles. Juste pour qu’elles soient fières de moi. Quand je leur dirai de croire en tout ce qu’elles veulent. Juste pour qu’elles me croient. Elles.
    Pas les autres.
    Elles c’est suffisant!

    PS: Tu es inspirante, ma chère maman qui a des plans!;)

  4. Maude dit

    Texte TELLEMENT pertinent. Je vis exactement la même chose. Ma fille vient d’avoir un an et sérieux pendant cette année là j’ai le sentiment de n’avoir été « qu’une » maman. Pis c’est le fun être maman. Mais c’est pas JUSTE ça la vie. Anyways, une lecture que j’ai particulièrement adorée dernièrement (et qui m’a déculpabilisé et fait réfléchir) « Les tranchées » de Fanny Britt. Je sais pas si tu l’as lu. C’est un essai sur ce sujet, à lire absolument!
    J’aime beaucoup ton blogue bravo! :)

    • Merci Maude!!
      Et, oui, je l’ai lu l’an passé et ç’a clairement été un livre qui m’a fait réfléchir! Je le prête à tout le monde depuis :)
      (Encore merci pour tes bons mots xx)

  5. Pingback: Confession : Je n’aime pas tant ça, jouer | Maman a un plan

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s