Être parent, Parentalité, Réflexions
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Un an

Un an déjà que j’ai accouché des jumelles à seulement dix-neuf semaines et trois jours de grossesse. Un an qui a été parfois long, mais qui a passé si vite en même temps.

Il y a un peu plus d’un an, jamais je n’aurais pu imaginer ce futur pour nous. Je croyais plutôt qu’aujourd’hui je serais dans le casse-tête de la gestion de ma fille dans son terrible two avec dans les bras deux bébés de sept mois. Je croyais avoir à apprendre à trouver des techniques pour tout faire en double. Je croyais que notre vie allait être un tourbillon, et j’avais peur. Mais j’étais tellement heureuse. Je savais que ça serait difficile. Mais je les voulais ces difficultés.

Jamais je n’aurais cru avoir à vivre avec le vide de ne pas pouvoir bercer mes bébés. De ne pas pouvoir apprendre à gérer deux bébés en même temps. Mes amours, c’est tellement plus difficile de vivre sans vous que ça aurait été de m’occuper de vous.

Quand j’ai accouché et lors des semaines qui ont suivi, je ne pensais pas être capable de passer au travers. Pas que je pensais mourir, mais je pensais rester prise dans ce gouffre de tristesse. J’avais peur que cette tristesse brise mon couple. Et, en vérité, je ne voulais pas vraiment en sortir. Rester dans ma tristesse était ma façon de vous garder en vie, près de moi, dans mon cœur.

Depuis un an, j’ai fait beaucoup de chemin. Un chemin difficile rempli d’embuches. Je suis tombée souvent, parfois plus creux que la fois d’avant. Mais je me suis toujours relevée. J’ai eu de l’aide, beaucoup d’aide.

D’abord et avant tout de mon merveilleux chum. Je ne peux même pas résumer tout ce qu’il a fait et tout ce qu’il est pour moi. Il est est le meilleur père du monde et j’aurais tellement voulu qu’il n’ait pas à vivre tout cela.
Ma belle grande fille chérie, qui ne le comprend pas vraiment, mais qui a été la source de notre bonheur, notre petit soleil.
Mes parents et mes frères qui m’ont aidée, supportée et surtout écoutée.
Ma mère qui m’a écoutée pleurer et crier ma rage, même si je disais toujours la même chose.
Mes amis qui me laissent parler des jumelles encore aujourd’hui et qui m’écoute, qui ne me font pas sentir bizarre d’avoir besoin de parler d’elles.
Mon groupe de mamans en deuil qui me comprennent mieux que quiconque.

J’ai aussi été aidé par une psychologue, et c’est ce qui m’a vraiment permis de faire un grand pas en avant et qui m’a permis de voir que je peux continuer d’aimer mes filles et recommencer à être heureuse quand même : recommencer à vivre et à faire des projets.

Au début, mon seul projet était de tomber enceinte le plus vite possible et de combler le grand trou vide que j’avais dans le cœur. La vie en a voulu autrement et je n’ai pas gardé les deux petits embryons qui sont venus se déposer, un en octobre et un en février. Je voulais tellement être enceinte avant le 29 mai pour mettre un baume sur ma blessure. Mais ce n’est pas le cas et finalement je ne m’en porte pas si mal.

Ce n’est pas que je ne voulais pas ces bébés. Je les voulais, et tous à part de ça! Je sais que c’est impossible et que toutes ces grossesses auraient été superposées, mais, ce que je dis, c’est que si j’avais pu avoir quatre bébés dans la dernière année je les aurais pris. J’aurais été dans le jus mais je les aurais voulus, et aimés.

Pour le moment, on ne sait pas s’il y aura un autre bébé, j’espère toujours que oui, mais ce n’est plus mon unique projet.

Je n’attends plus d’être enceinte pour faire des projets. Je travaille comme accompagnante à la naissance et j’adore ça, j’ai aussi recommencé à faire de la comptabilité à temps partiel parce que les chiffres me manquaient trop. Je suis la maman de Lili et j’ai choisi de travailler moins qu’avant pour lui accorder plus de temps. Je prends du temps pour faire les choses que j’aime, comme m’inscrire à un cours de jardinage écologique qui dure toute une journée… Je profite de la vie et des bonheurs quotidiens, j’essaie en tout cas.

Gabrielle et Raphaëlle, mes merveilleuses petites jumelles, je vous aime tellement et je vous porte dans mon cœur. Je pense à vous à chaque heure de chaque jour. Mais aujourd’hui, je me porte plus la même tristesse dans mon cœur, seulement un immense amour pour vous, tout comme pour votre sœur et votre père.

Après un an, j’ai compris la vraie signification de « porter dans son cœur ».

11 commentaires

  1. Amélie dit

    Je comprends tout Julie. Je suis Amélie, la maman de Liam né sans vie à 23 semaines et 5 jours. Je suis tombée enceinte 6 mois après le départ de Liam et j’ai accouché de Theo à 27 semaines et 4 jours. Theo a maintenant 27 mois. Le vide laissé par Liam est toujours là. Merci pour ce message.

  2. Carolyne dit

    Très touchant. Je te souhaite de toujours garder cette sérénité dans ton cœur. Tes cocottes seront à jamais gravées dans ta mémoire et dans ton cœur.

  3. Denise dit

    Je suis Denise, et je suis la maman de Marie-Êve, née sans vie à 17 semaines de grossesse, de Guillaume et Sébastien qui sont nés sans vie à 31 semaines de grossesse et de Caroline, la jumelle de notre deuxième, qui est partie en tout début de grossesse. Même aujourd’hui, après presque 30 ans, le manque est là. Non pas que je n’ai pas vécu le deuil, mais ils sont toujours là avec moi, dans mon cœur. C’est 4 bébés perdus, nous accompagnent, j’essaie d’imaginer à qui ils ressembleraient, ce qu’ils seraient aujourd’hui dans la vie. Je suis aussi la maman de 4 merveilleux fils de 24 à 30 ans. Et la vie nous a permis de vivre le bonheur de connaître des jumeaux puisque nous sommes parrain et marraine d’un petit bonhomme et de sa jumelle de 3 ans. Porter dans son cœur, voilà c’est ça.

  4. Si émouvant. J’ai les yeux plein d’eau. Je sais que je suis chanceuse parce que même si mes grossesses n’ont pas été idéales, mes 2 loulous sont bien là et je pense souvent à celles qui ont perdu un bébé in utero, qui ont du donner naissance à des bébés sans vie et à toutes celles (comme mes deux belle-soeurs) qui ont du faire le deuil de la maternité tout court.
    Des vagues d’amour aux mamans de petits anges.

  5. Qu’il est doux ce témoignage d’amour envers tes deux petites filles partis trop tôt… qu’il est douloureux aussi. Après des années d’attente, des mois et des mois de traitement PMA, enfin, j’ai connu la joie d’être enceinte, et de jumeaux ! Mais l’un est parti, puis l’autre un mois plus tard. Des coups de poignards… La folie qui guette… L’envie de rien, sauf de les revoir, ravoir, rejoindre. Peut-on parler de deuil alors que pour rien au monde je souhaite les oublier… Vivre avec eux dans mes pensées, oui. Et chaque jour encore, je pense à eux. D’autant plus en ces mois d’été… Les mois suivants, avec eux toujours dans nos pensées, nous avons repris le chemin si incertain de la PMA, avons connu de nouveaux plusieurs échecs, et enfin à nouveau la joie (et l’angoisse aussi du fait du passif) d’une grossesse… Aujourd’hui, même si peu le savent, et même si ça ne se dit pas, pour moi, j’ai 3 enfants… Deux anges, et une puce dont les pieds sont sur terre. Merci pour ces doux mots… Bonjour à toute la famille…

    • Merci beaucoup de partager ton histoire. Ça me touche toujours de savoir que je ne suis pas toute seule à avoir perdu un couple de jumeaux.

  6. Pingback: Se (re)mettre en forme | Maman a un plan

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