Être parent, Parentalité, Réflexions
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Confession : j’aime pas vraiment ça, jouer

Mère

Certains jours, je me sens seule.

Paradoxal, car ce qui cause mon sentiment de solitude est en fait causé par la présence constante de deux personnes dans ma vie. Mes enfants.
L’isolement du monde des adultes, causé par le monde (prenant) des enfants, quoi.

Parfois, je m’ennuie.

Car après avoir regardé Henri se déguiser (et le trouver donc ben drôle) et envoyé le ballon à Martha (et la trouver donc ben bonne), je m’emmerde, et je veux faire autre chose. Et là, je me sens coupable. Coupable de ne pas avoir envie de jouer avec eux.

Mais qui suis-je?

Une horrible mère? Une femme qui aurait été plus heureuse sans enfant? Non, pas du tout, je n’imagine pas ma vie sans eux, pas une seconde. C’est seulement qu’il y a beaucoup d’eux et si peu de moi, dans ma vie, ces temps-ci.

J’ai tellement envie de les regarder jouer… tout en prenant mon café.
De les laisser dessiner, pendant que je plie du linge.
De leur permettre d’écouter un film, pendant que je discute avec une amie.
De les envoyer jouer dehors, pendant que je cuisine, ou que j’écris, ou que je me mets du vernis ou que je m’épile le bikini.

Mais non, ils sont toujours autour de moi. À parler fort, à rire, à se chicaner. Souvent, ils sont pendus après moi, après ma ceinture, mon sac, mes cheveux, même. Je dis à la blague que si mes enfants pouvaient rentrer dans mon ventre, ils le feraient. Désolée, la gang : qui va à la chasse perd sa place.

Du temps à soi.

Serais-je rassasiée de temps à moi, si je m’en accordais sur une base régulière et planifiée? Aurais-je l’impression d’être une meilleure mère? Deviendrais-je une meilleure « compagnon de jeu »? Bon. Pour ça, il faudrait quand même que je me demande d’abord si je suis censée être leur compagnon de jeu. J’ai l’impression que c’est « très 2015 » comme questionnement (allô, les standards et les attentes de notre belle société de performance).

Du temps à eux.

Mes enfants devraient-ils apprendre à s’ennuyer? Assurément. Mais en attendant qu’ils deviennent des experts ès ennui, j’ai la chienne.

J’ai peur d’être inadéquate, pas assez amusante, pas assez maternante… et j’ai peur de la prochaine crise de bacon causée par mon refus de tenir le rôle-très-secondaire-de-la-roche-dans-leur-mini-pièce-de-théâtre/mon désistement de la game-de-ballon-sans-règles-claires/mon refus de manger le gâteau-en-carotte-en-plastique-pour-la-centième-fois-miam-c’est-bon.

En même temps.

Je veux apprendre à l’accueillir cette crise (oui, je revendique mes paradoxes, merci). Parce que je sais que cela fait aussi partie de mon rôle d’éducation auprès d’eux. La colère, la peine, le sentiment d’injustice, ils doivent les vivre pour un jour être capable de les verbaliser/contrôler. Mais cela demande tant d’énergie et de constance, que parfois, je fais de l’évitement. « Championne pour acheter la paix » devrait être une compétence ajoutée sur mon CV, c’est très utile en milieu de travail.

Au final.

Allez-y les enfants, criez, sautez, vivez… et fâchez-vous des fois, c’est okay. Vous découvrirez des choses nouvelles, et c’est si beau de vous voir aller.

Mais je crois que je suis rendue là, vous regarder aller, parfois. Et accepter que je ne serai jamais votre copine et que je n’ai pas à m’en vouloir de ne pas tripper à jouer aux Lego couchée sur le bedon sur le tapis du salon. Que c’est correct que nous n’ayons pas les mêmes intérêts. Et que j’ai droit d’avoir les miens. Même si je suis une mère.

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35 commentaires

  1. Marie-Ève dit

    Ah moi aussi je n’aime pas vraiment jouer… Mais en fait, c’est surtout qu’il y a de leurs jeux qui m’ennuient vraiment. Ma solution : les laisser jouer seuls ou ensemble à leurs jeux et jouer de temps en temps avec eux à ce que moi j’aime aussi comme jouer à un jeu de société ou écouter un film en famille, aller jouer au parc, faire une randonnée ou du vélo, cuisiner des muffins, déchirer de la salade ou laver la vaisselle, etc. Et oui, quand on a assez de temps pour soi, c’est vraiment plus facile d’apprécier ces petits moments qui peuvent être si magiques quand on est en forme mais parfois si énervants quand l’humeur n’y est pas!

      • annesophie dit

        Odile, j’ai vraiment connu ça. Je suis une maman séparée qui élève seule depuis 4 ans ses 2 filles de 5 et 8 ans aujourd’hui. Vous lire à l’époque m’aurait apporté une énorme bouffée d’oxygène tant je me sentais seule, isolée et que maman. Les filles ont grandi en autonomie et c’est chouette de se faire les ongles pendant qu’elles jouent ensemble ou pas ou regardent un dessin animé. Il m’arrive aussi de descendre faire une course en bas de chez moi sans elles. Et puis j’ai instauré les aperos-jeux du vendredi soir: des chips et autres, un verre de vin pour moi et on joue à des jeux de société ensemble. Et la c’est bon de jouer….Donc ça passe, si si; et autant que possible se faire remplacer de temps en temps sans culpabilité (par un parent, une amie, un babysitter), c’est important aussi. Une mère heureuse = des enfants heureux.

  2. Marie-Hélène R.N. dit

    Tellement!! De plus, ici, étant maman à la maison je me sens tellement « poche » quand je n’ai pas le goût de jouer aux jeux de ma fille….tsé c’est ça ma job! En tout cas, merci pour se billet je me sens moins seule 😊

  3. Élise dit

    Moi aussi j’haïs ça. C’est plus une force de papa, ça adonne bien! Ce que je veux bien faire avec elle, colorier. Je ne fais pas juste ça, mais ça, ça me tente plus. Faque je me suis dotée d’un cahier-à-colorier-pour-grandes-personnes et une boîte de 60 Prismacolor que-je-ne-lui-prête-pas-sérieux-sans-joke-je-ne-me-sens-même-pas-coupable. Je joue avec, un peu, et je lui dis que maman a des choses à faire. J’ai lu quelque part que quelques minutes par heure suffisent, qu’effectivement, un enfant, ça doit s’ennuyer. Mais je sais aussi que juste une, c’est plus facile.

  4. Ayoye, j’ai eu les mêmes réflexions aujourd’hui. Pareil ici. Toute. L’ennui, la frustration, la culpabilité. Ça prend du cran pour le dire haut et fort comme tu le fais. Merci, j’me sens moins seule;-)

  5. T’as lu dans mes pensées.
    Surtout aujourd’hui, en ce dimanche-de-pluie-pas-de-parc. Je capote. J’ai fait le même constat. Quand ma fille de presque 4 ans a voulu pour la 5ème fois aujourd’hui jouer à la cachette. J’ai utilisé sa sœur de 18 mois comme appât. Elle a jamais flanché. Elle est futée.
    Et moi non plus.
    Et j’étais fière.
    Parce que j’ai compris que j’avais vraiment eu du gros fun, les 4 autres fois d’avant.
    À courir partout et « faire semblant de la chercher quand je savais où elle était cachée parce qu’elle s’assurait que je le sache avant! » Haha!
    Mais j’en aurais pas eu la 5ème.

    Ça fait du bien de voir que je ne suis pas toute seule.
    Que je ne suis pas Luciole, animatrice de camp hyper versatile.
    Que je suis leur maman.
    Pis que c’est ben correct.
    Merci.

  6. Moi non plus, je n’aime pas ça, et au début je me sentais TELLEMENT coupable! (Mais bon, c’est comme ma spécialité, la culpabilité inutile…) À un moment donné, y’a qqun qui m’a rappelé que le dessin, la peinture et même faire des crêpes, ce sont des jeux aussi, et ça j’aime ça. Mais à petites doses. Alors j’essaie de jouer à petites doses avec ma fille. Et un jour, dans pas longtemps, je vais la laisser jouer seule plus souvent. Mais c’est dur, de faire ça. Ça ne devrait probablement pas être dur, ça devrait aller de soi, mais c’est dur pareil. Merci d’en parler! Je me sens moins seule!

  7. Johanna dit

    Arr, tellement! SURTOUT les jeux ou on fait semblant (bonhommes, voitures, jeux de role, etc). Oh mon dieu, je suis pas capable. J’en suis même venue à dire à mon grand que les adultes n’étaient pas capables de jouer à ces jeux là ;) haha. Ma soeur raconte souvent qu’elle a tracé la ligne à « jouer à la sirène » avec sa fille. Non. Je ne jouerai pas à la sirène. J’ai comme TRÈS hate qu’il apprenne à mieux apprécier tout ce qui est jeux de société. En attendant, je travaille d’arrache-pied la relation frère-frère (5 ans et presque 3) pour qu’ils apprennent à jouer bien ensemble. Depuis cet été, vraiment c’est génial entre eux et la gestion de 2-3 chicanes en vaut vraiment la peine quand ils sont capables de jouer à « on part en vacances » pendant 2 heures solides.
    Je pense qu’on a bcp perdu comme parents et que les enfants ont beaucoup perdu comme enfants lorsqu’on a arrêté de laisser les enfants jouer en groupe dehors, dans le quartier, sans trop de supervision adulte, comme c’était le cas quand j’étais petite. Les autres enfants sont les partenaires de jeux idéaux, pas les parents plates!

    Johanna, maman de
    Zéphyr le philosophe-existentialiste (5 ans)
    Auguste le petit clown charmeur (presque 3 ans)
    Noa, cocotte zen par excellence (2 mois)

  8. Tellement! Moi le pire c’est «aller jouer dehors»! Je sais, c’est terrible de dire ça…
    Mais une chance, mon chum rempli ce rôle x 1000 avec le vélo, le parc, les sports…
    Moi je suis celle qui va s’écraser devant un film, faire des cabanes, de la peinture et raconter des histoires… Mais avec deux garçons, je suis pourrie pour leur faire dépenser de l’énergie! Je m’écrase bien avant eux mettons!

    J’ai appris à me sentir moins coupable, parce que quand l’autre parent compense pour tes lacunes, ben ça s’appelle du bon team work! ;)

  9. Sophie dit

    Ouff je me sens moins bizarre , moins mauvaise mère!!! Tellement de pression pour cette mère parfaite que nous devons être en 2015. Quand j’y pense, mes parents si imparfaits on quand même fait de moi la femme que je suis… Et je vous rassure je me trouve très bien car bien armée pour vivre ma vie

  10. C’est tellement mon creno de l’été! ennuyez-vous en masse! comme ca, tu seras content de recommencer l’école. Et c’est effectivement ce qui s’est passé. Je tiens à spécifier que j’ai pleins de sorties et d’activités avec eux, mais dès qu’il y a une avant-midi avec 5 minutes de trop, là c’est dont ben plate! ben c’est ca. Et ce ne sont pas nos enfants le problème. Le problème est de s’ancrer solidement sur nos positions, de se faire confiance, de s’assumer et de dire fierement que c’est ca être un parent! je dis souvent a la blague que je ne suis pas une animatrice de camps de vacances.

  11. Je me retrouve complètement dans ce que tu dis. Et je me sens coupable parce que je n’ai qu’une fille, et que quand je n’ai pas envie de jouer avec elle, elle n’a personne d’autre avec qui jouer. Mais je m’assume et je prends quand même le temps de le boire mon café, en lui expliquant que je prends du temps pour moi. Ce qui m’aide, c’est d’imaginer ce que je lui répondrai quand elle vivra un jour la même culpabilité. Un jour, j’aimerais qu’elle puisse prendre du temps pour elle en regardant ses enfants jouer sans se sentir coupable. Alors j’essaie de mettre en pratique les conseils que je lui donnerais. Ça n’enlève pas complètement la culpabilité, mais c’est un pas dans la bonne direction.

  12. Alexandra dit

    haha, moi non plus ça ne me tente pas toujours toujours de jouer (surtout quand je suis fatiguée/stressée/en retard dans mes tâches, mais je me rappelle que ce n’est pas la faute de ma fille et qu’elle ne doit pas payer pour ça!) Mais comme j’ai juste une fille de 2 ans, je ne suis pas trop tannée encore! Je suis aussi chanceuse, car elle a toujours assez bien jouer seule, en alternance avec des jeux avec maman, mais depuis peu, elle m’invite à s’asseoir avec elle à sa petite table de bricolage, sur le petit tabouret qu’on a acheté exprès pour pas péter les p’tites chaises qui vont avec la table! Elle va même me chercher des crayons et un cahier pour moi, alors comment lui refuser ça? Mais je peux quand même continuer de boire mon café en dessinant aux crayons de cire ^^

  13. cynthia dit

    Un conseil: prend le temps que tu veux. Moi depuis deux ans je prends du temps à moi. Au début, je me sentais coupable mais pu maintenant. Je suis deux cours de work out par semaine piur me remettre en forme et je suis retournée à l’université donc je m’enferme dans le bureau quelques heures par semaine et rous sont au courant qu’il est interdit de déranger même le chum!! Et que ça fait du bien!! Je ne crois pas être une mauvaise mère au contraire j’apprécie encore plus ma fille et ses jeux par la suite. L’essayer c’est l’adopter!

  14. Francois dit

    Papa monoparentl ayant les mêmes défis ici. Les enfants s’occupent seuls mais surtout à l’aide de jeux vidéos et de tablettes… et quand ca fait 2-3 heures, ca suffit, je les force à « déplogger », mais ils ont beaucoup de misère à se trouver d’autres activités. Comme quelqu’un le mentionnait, c’est dommage que les rues ne soient plus remplies d’enfants comme à l’époque, il me semble que nous étions beaucoup moins dépendant des parents pour nous occuper…

  15. Pour ma part je me suis sentie ainsi très souvent dans la petite enfance de mon fils unique qui me siphonnait tout ce que j’avais (personnalité, temps, pensées, etc). Je lui en ai peut être voulu tout en me sentant tressssss coupable de le faire! Pour m’en sortir, améliorer notre relation , j’ai axé sur le développement de son autonomie! Je lui ai expliqué, je l’ai obligé à aller jouer dehors seul (comme ma mère faisait avec nous), je l’ai encouragé à se trouver des amis dans le quartier et je lui ai expliqué que j’existais AUSSI! Le fait est, qu’il semble plus heureux aujourd’hui parce que je ne le repousse pas constamment et moi , moins sollicité je me sens plus aimante et présente avec lui.

  16. Isabelle dit

    Je vous comprends tous, et maintenant que mes enfants sont ados , j’apprécie davantage mes moments à moi. Effectivement qui dit ados dit full émotions, des hauts des bas, il y en à tous les âges. Mais profitez des ces beaux moments mais si ce n’est pas toujours facile.

  17. Pingback: Maman joueuse? | ce petit plus

  18. Ça m’a tellement fait du bien de lire votre texte! Je me sens toujours coupable de ne pas « tripper » de jouer avec mon garçon de 18 mois aux autos et de préférer en secret pouvoir lire une revue. Je l’aime plus de tout au monde, évidemment, mais je crois. Que nous avons clairement des intérêts différents :) MERCI!

  19. wouahou!!! ce que c est rassurant, presque un soulagement de lire que l’ on est pas seule à ressentir et vivre cela avec ses enfants ! le blog est super et les lectures sont au top! on est dans la réalité, dans le vrai, dans le quotidien et le partage dans une société ou règne hypocrisie et faux semblants. j’encourage à s’ exprimer aussi sincèrement car cela peut aider tans d’ autres en souffrance ! je recommande +++ et Merci pour cette article! mais petite question : qu est ce que l’on fait quand jouer avec nos enfants c est pas notre truc et du fait d’ être maman on est un peu isolée??? qques suggestions ou conseils? ou doit on s’accepter comme on est et s’y accommoder?

  20. Pingback: J’aime pas jouer, la suite | Maman a un plan

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