Être parent, Défis, Parentalité
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Le prince charmant avait un fils

Du plus loin que je me souvienne, dans mes livres de princesse, non seulement Prince-charmant-sur-son-cheval-blanc n’arrivait pas en package avec Petit-prince-sur-son-poney, mais en plus la belle-mère était carrément désagréable (et moche, mais ça c’est un autre problème).

Heureusement, parmi les choses que la vie m’a apprises, il y a notamment le fait que rien ne se passe jamais comme prévu. Lorsque Époux et moi sommes tombés amoureux l’un de l’autre, je savais qu’il avait un fils. J’ai donc plongé dans notre histoire en toute connaissance de cause. Ou du moins c’est ce que je pensais. Parce qu’en réalité, on ne peut absolument pas se douter du tourbillon qui nous attend tant qu’on ne s’est pas lancé dans l’aventure à coeur perdu.

Si je résume : pas-encore-époux et moi tombons en amour, on se fréquente, il parle de moi à son fils, je rencontre officiellement futur-beau-fils, on s’apprivoise, il m’appelle pour la première fois sa belle-mère (ce qui équivaut à vieillir de 25 ans en une minute) et puis finalement, quelques mois plus tard, on s’installe tous ensemble pour le meilleur et pour le pire.

***

Durant les premiers mois de notre relation puis de notre cohabitation à trois, j’ai mis beaucoup d’énergie à essayer de comprendre ce que ces deux garçons-là vivaient. Le petit devait accepter le fait que sa famille nucléaire n’était plus, et laisser entrer dans sa vie une femme qu’il appréciait mais qui, évidemment, n’était pas à la hauteur de sa mère. Et le grand, en refaisant sa vie, devait assumer ses choix et accepter le fait qu’une recomposition familiale n’était pas de tout repos. De mon côté je surfais sur cette vague émotive en essayant tant bien que mal de ne pas me noyer. Je questionnais beaucoup la manière dont je devais agir avec Beau-fils, et passais mes soirées à me torturer sur chacun des gestes que je posais, ayant inconsciemment décidé de porter à moi seule le poids de la réussite de notre recomposition familiale. C’était moi l’intruse, c’était donc à moi de faire en sorte que le conte de fée se termine bien.

Tranquillement, au fil du temps, les choses se sont placées et j’ai (presque) arrêté de me torturer. Le clan était intact : nous avions survécu à notre cohabitation. Tout le monde semblait avoir pris ses marques et nous nous étions ancré avec enthousiasme dans cette nouvelle vie. Nous étions donc sur la voie du bonheur éternel.

Ou pas.

Parce que c’est là que j’ai craqué. Complètement. Après m’être cachée derrière les dilemmes affectifs de chacun, et avoir pris soin de les entourer, de les accompagner, de les rassurer, je réalisais que, moi aussi, j’avais un deuil à faire : celui de ma famille idéale. Le cliché papa-maman-enfants, je ne le connaîtrai jamais. On était un autre genre de famille, mais ça, personne ne m’en avait donné le manuel. Vivre avec un enfant qui n’est pas le sien demande des ajustements permanents. Et vivre avec un homme qui a d’autres enfants que les vôtres demande beaucoup d’humilité. Si on peut y mettre autant de patience que d’amour, soyons honnête, rien n’est vraiment naturel.

Finalement, le temps a encore fait son oeuvre, j’ai encore (presque) arrêté de me torturer, et les choses se sont encore une fois replacées. Rien de magique : j’avais appris la patience, et surtout, à aimer ma vie telle qu’elle est. Chaotique, exaspérante, épuisante… mais totalement trépidante, avec supplément d’humour, d’amour et de défis. J’avais progressivement accepté ma réalité dans toutes ses aspérités : je ne veux aucun autre amoureux que le mien, et celui-ci était livré avec un bonus. Je me suis alors décidée à réécrire l’histoire un peu croche du prince, du petit prince, et de la pas-si-méchante-belle-mère. Et pour tout dire, je crois même qu’elle est plus palpitante que la précédente.

5 commentaires

  1. Superbe, j’ai adoré.
    Je suis une belle-mère aussi, c’est tellement une vie en montagne russe émotivement parlant. Alors merci d’avoir partagé ceci… vraiment!

  2. Valérie dit

    Contente d’avoir trouvé ce texte ce soir… J’emménage bientôt avec mon prince et son fils et mille questions-scénarios-angoisses me passent par la tête. Ça va bien aller :)

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