Allaitement, Être parent, Défis, Maternité, Parentalité
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J’ai honte de la mère que j’étais

Hé, salut. Avant de rentrer dans le vif du sujet, je pense qu’il serait plus poli que je me présente. Que je m’introduise, comme disent les Anglais. Question que cette nouvelle collaboration commence en douceur.

Parce que le doux, c’est pas mal ma philosophie de vie. Le doux, c’est une priorité, un objectif, une quête. J’en distribue du mieux que je peux autour de moi. Tout comme les high-five. Je suis une bonne donneuse de high-five. Veux-tu un high-five? Tiens, prends-en un, c’est gratuit.

Je suis très heureuse de débarquer sur Maman a un plan et de faire équipe avec une personne aussi sensible, intelligente et douée sur les réseaux sociaux qu’Odile. J’ESPÈRE QUE VOUS ALLEZ M’AIMER PARCE QUE MOI JE VOUS AIME DÉJÀ.

Bloguer sa maternité

J’ai longtemps écrit sur mon blogue personnel Ce que j’ai dans le ventre. Au fil des ans, les billets se sont accumulés par centaines, au gré de mes épiphanies, de mes questionnements et de mes pétages de coche. Je suis allée faire un peu de ménage là-dedans récemment. Chaque billet me renvoyait à un instant précis de ma découverte de la maternité que je revivais avec émotion. Je nageais en pleine nostalgie. Un véritable voyage dans le temps.

Tout allait bien jusqu’à ce que je tombe sur ceci.

Dans l’un de mes premiers billets qui a pogné, je donnais des conseils aux nouvelles mamans quant à leur utilisation de Facebook. En mai 2010, forte de 32 jours d’expérience de la maternité (ma première fille est née début avril), j’écrivais ce guide funné fun fun où j’accrochais au passage les mères intenses de l’Internet :

« Vous sauriez reconnaître leur nombril entre mille parce qu’elles ont publié des photos de leur bédaine pendant 40 semaines. Elles changent leur statut à chaque nouvelle contraction. Vous pouvez voir 53 photos du nouveau-né une heure après sa naissance. Et dans les semaines qui suivent, vous savez tout sur leurs mamelons gercés, la couleur des selles de bébé et l’état de leur entre-jambe.
J’exagère à peine. »

Ça va jusque là. Rien n’a changé depuis les cinq dernières années.

Mais j’ai un frisson de malaise en lisant ceci :

« De grâce, attend le 3e mois et ton premier rendez-vous chez le médecin pour annoncer à tes 500 amis que tu es enceinte. » Puis, plus loin : « Et on censure les photos d’allaitement, OK? »

Facepalm x 1000.

Mettons tout de suite une chose au clair : vous annoncez votre grossesse à qui vous voulez quand vous le voulez et vous publiez vos photos d’allaitement si ça vous chante. Personne ne devrait vous censurer, surtout pas une fille qui est mère depuis 32 jours. (Et fait intéressant, à l’époque, Facebook retirait systématiquement tout sein dénudé de son réseau social, même si une tête de bébé le cachait en grande partie. Meh.)

Ces phrases, ce sont comme des photos compromettantes qui refont surface le lendemain d’un party trop arrosé. Je les regarde avec un petit rire nerveux et la face crispée de honte : « C’est moi ça?! J’ai dit ça? Iiisch… »

J’ai évidemment changé d’avis. Ces déclarations à l’emporte-pièce n’ont pas résisté à l’épreuve du temps et de la réalité. J’ai fini par mettre mon jugement de côté et comprendre qu’il y a autant de façon de vivre sa maternité que de mères. Après tout, je suis maman depuis 2020 jours maintenant (oui, j’ai calculé).

Mais quand je me replonge à cette époque, je sais exactement pourquoi j’ai écrit ces directives aussi peu nuancées. Il y a évidemment la belle naïveté et les grands principes qui animent tout nouveau parent. Vous savez, « nous, ce sera différent, nous, ça se passera pas de même! ». Mais il y a aussi les aléas de la vie.

Moi, alors que j'avais une cinquantaine de jours d'expérience de maternité.

Moi, alors que j’avais une cinquantaine de jours d’expérience de maternité.

Aujourd’hui, je sais pourquoi j’étais aussi intransigeante.

En 2007, j’avais annoncé ma première grossesse sur Facebook avant la fin du premier trimestre. Une grossesse qui s’est soldée en fausse couche. Cette seconde annonce avait été si difficile à faire que je ne concevais pas qu’on puisse vouloir encourir consciemment ce risque. Quant à l’allaitement, je n’avais jamais vu personne nourrir son enfant au sein devant moi. J’étais terrorisée à l’idée que quiconque voit ma poitrine, moi qui ne l’avais montrée qu’à mes amoureux. J’étais encore attachée à ma pudeur, malhabile  et mes seins étaient auréolés de vergetures.

Derrière cette démonstration d’autorité, il y avait la peine, la peur et l’ignorance. Derrière ces jugements, il y avait une mère fragile. J’ai donc fait comme tout le monde dans la même situation : j’ai érigé mes expériences personnelles en vérités universelles.

Revisiter ce billet m’a donné une sale leçon d’humilité.

J’étais une mère qui juge. Pire, une mère blogueuse, une mère avec une tribune, qui juge. Exactement le type de personne que je dénonce publiquement maintenant. Si j’ai honte aujourd’hui de cet aspect de ma vie de mère débutante, je suis heureuse de constater que mon discours a évolué au fil des ans. Je me dis que ce n’est peut-être pas peine perdue pour les personnes qui jugent nos décisions et nos aptitudes de parents. Je me dis qu’elles agissent peut-être comme moi jadis, sous l’impulsion de la peine, de la peur et de l’ignorance.

Prochaine fois que je croise quelqu’un qui distribue ses jugements à tout vent, au lieu de rouler des yeux, je lui demanderai si elle a besoin de doux. Et je lui ferai un high-five si elle ose dévoiler sa vulnérabilité.

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13 commentaires

  1. Melanie st-laurent dit

    Ce sont ces experiences qui font de nous des gens plus ouvert et comprehensif… Mais en meme temps freak… Je vecu une fausse couche a 13 sem et j en avait parler a tellement trop tout le monde… Ouach rien de plaisant, mais la premiere fois qu on est enceinte c tellement exitant!!! Apres on fait du zel, pu de mal bouffe et plus de bio, pu de fruit de mer, de fromage biz et pu de café (mega sevrage), cigarette (je changais de bord de trottoir hahaha) pu d alcool c plate voir tout le monde sul party mais bon c un minimum. Pu d entrainement tout d un coup que les sauts.. c etait la raison. Maintenant je me trouve drole, ma fille mange du mcdo des chips et est vraiment mais vraiment acro aux dessers 🍰 on lache prise!?!

  2. Pingback: Bloguer sa maternité: du bon usage de Facebook | Ce que j'ai dans le ventre

  3. Catie dit

    Au moins il faut se dire qu’on passe toutes par là. J’ai étudié en éducation à l’enfance. Rho là là comme je me pensais meilleure que les mères qui étaient pas capable d’en gérer 2 à l’épicerie, moi qui était si bonne avec ma structure de CPE avec 8, oui oui, 8 qui me suivait! J’étais jeune, pleine d’énergie, ignorante et surtout, j’avais une équipe avec moi, je n’étais pas seule! Mais cette carrière a pas fait long feu. Je suis devenue maman pas une, mais 2 fois. Et ma patience à été coupé d’autant de fois. Je sais maintenant ce que c’est le métier de maman, qui est 24/7 sans pause, lunch à soit. Gérer ses propres enfants, c’est pas gérer les 8 enfants de d’autres qui ont déjà fait le gros du boulot, pendant juste 8h pour ensuite retrouver sa vie SANS ENFANTS. Alors les enfants en crise à l’épicerie, je compatie. Et j’envoie des ondes positives. Le jugement est parti après 4 ans de maternité! On évolue :)

    • Alexandra dit

      Oh mon dieu, tellement le meilleur commentaire ever!
      J’aime bien mon éducatrice en milieu familial, mais quand je lui raconte que je rush un peu pour faire faire la sieste à ma petite de 2 ans, elle a tendance à faire sa face d’étonnée : ah bon, ici, je n’ai aucun problème.
      Non, je sais qu’elle dort bien à la garderie, mais avec maman, ce n,est pas pareil! Et je sais que je ne suis pas seule à vivre cette situation, alors veux-tu stp arrêter de penser que tu t’y prends mieux avec ma fille que moi?
      Bref, ton commentaire me donne du doux, merci :)

  4. Bravo! J’ai bien aimé le livre « I was a really good mom before I had kids »….Très drôle! En gros elles racontent qu’elles ont l’impression que leur vie est une tarte de 8 parts mais que leur assiette ne peut en contenir que 6….du triage constant. Elles dédramatisent le fait d’acheter les cupcakes pour la classe de notre fille au lieu de les faire et ainsi de suite. Que du bonheur pour le moral d’une maman !

  5. Que c’est bon de te lire! J’étais une grande fan de Ce que j’ai dans le ventre (qui était plutôt tranquille depuis un boutte, hein?) alors je suis bien heureuse de te lire de nouveau, pis ici en plus!

  6. Isabelle dit

    Je lis ton texte alors que je tire mon lait cachée dans la salle de douches du travail. Et je ris! Ma fille, deuxième et dernière de notre lignée, a 11 mois et je veux qu’elle bénéficie de son « lait de maman » le plus longtemps possible. On l’a tellement toutes fait, juger un autre parent. Mais un jour ou l’autre, ça nous rebondit dans la face! Et c’est à ce moment qu’on se met à cultiver le doux. Moi je sème la tendresse. Merci pour ce beau billet. Et on t’aime déjà! ;-)

  7. Merci! J’étais celle-là aussi!
    Je crois qu’on n’avait, à ce moment, que des modèles de jugement, pas beaucoup de modèles d’ouverture, d’empathie gratuite, de doux et de high five.
    Fait que je prendrais une couple de tonnes de doux pis je pars avec quelques high-five dans ma poche, pour la route, ok?
    Aie, merci.

  8. Pingback: Le retour du balancier | Les chroniques munichoises

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