Être parent, Parentalité
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Le filet

Il y a de cela presque deux ans, je vous révélais, avec le cœur et la babine d’en bas qui shakait, que j’avais fait une dépression post-partum après la naissance d’Henri, mon plus vieux.

C’était la première fois que j’en parlais, bien des gens de mon entourage n’étaient même pas au courant. Mon fils avait alors trois ans. Trois ans, c’est le temps que ça m’a pris pour trouver les mots et le courage.

Et si, depuis, je me suis gardée une p’tite gêne de parler de mon « après » post-partum, c’est que je trouvais le sujet trop vaste : si personnel à chacun, si unique. J’avais peur d’écrire un texte qui serait mal perçu, du genre : voici la recette miracle pour se remettre d’une dpp, avoir d’autres enfants, boire des jus detox qui font faire caca, se mettre au yoga chaud et être au top de sa vie sexuelle.

C’est tellement pas moi.

Donc, j’espère vraiment que ce texte soit lu pour ce qu’il est : mon histoire, pas une recette, pas des conseils. Juste, la vie. La mienne.

Une lourde question.

Quelques jours après le diagnostic de ma dépression post-partum (et donc quelques jours après que j’aie commencé à prendre des antidépresseurs), je revois la lumière. Je n’ai plus mal, au corps et au cœur, à l’âme, quoi. Je me vois dans le miroir : le reflet qui s’y trouve n’est peut-être pas attirant après un an de combat contre le mal inconnu qui me rendait si faible, mais je suis moi, et je suis en un seul morceau.

Me voilà donc avec un petit garçon d’un an tout à fait charmant, un chum incroyable à mes côtés et une énergie renouvelée.

Je revois mon médecin de famille après quelques jours. Je lui parle de mon état, il est encouragé, et le mot est faible. Tout à coup, pendant notre rencontre, une ombre voile mon visage. Il la perçoit en une fraction de seconde. Il me regarde de ses grands yeux : Qu’est-ce qu’il y a Odile? As-tu une question pour moi?

Je prends mon souffle, contient mes larmes : Si jamais je… je voulais… un, un autre bébé, est-ce que je pourrais même si je prends ces médicaments? Je regarde le sol, j’ai tellement peur.

Sa réponse est courte : Oui, absolument, il n’y a aucune contrindication.
Je me mets à pleurer, mais pleurer comme ce n’est pas permis.
Il me dit : Elle était lourde sur tes épaules cette question, hein?
Je n’arrive pas à lui répondre. Je pleure trop.

Il me répète, pour me rassurer sûrement, qu’il appellera à la pharmacie de l’hôpital Sainte-Justine pour avoir une confirmation et qu’il me rappellera. Ce qu’il a fait, le jour même, en me répétant ce que la pharmacienne lui avait dit, soit qu’il n’y avait pas de contrindications à ce que je prenne ce médicament en vivant une grossesse.

À ce moment, je ne voulais pas devenir enceinte, j’avais trop de deuils à faire par rapport à ma première expérience de maternité. J’avais répété à qui voulait bien l’entendre que je n’aurais JAMAIS d’autres enfants, que je n’allais quand même pas me faire subir comme mère à un 2e être humain, etc. Mais, au fond de moi, uniquement de savoir que je pourrais être enceinte de nouveau si je le voulais, c’était un soulagement. Si la prise de médicament m’avait empêchée de faire un hypothétique 2e bébé, j’aurais eu un deuil de plus à faire… et je ne sais pas comment je m’en serais remis.

La vie a donc suivi son cours et on était la plus heureuse des familles : un gros cliché sur deux pattes.

C’est quelques mois plus tard que Jean-Philippe et moi nous sommes sentis prêts à être de nouveau parents. Pas une fois, à ce moment, je n’ai pensé à la dépression post-partum. On s’est lancé.

De l’aide et des ailes.

Quand on a su que j’étais enceinte de Martha, ça n’a pas été de tout repos. Jean-Philippe partait un mois à Londres pour le travail tandis que moi je revivais un premier trimestre identique à ma première grossesse : hyperemesis et hypersomnie. Bref, pas la joie, mais pas de peur de dépression.

Le médecin qui avait fait le suivi de ma 1re grossesse maintenant à la retraite, je dois me trouver un nouveau médecin. C’est une amie qui m’a référé à ce médecin réputé et expérimenté qui pratiquait à Sainte-Justine.

Quand je le rencontre pour la 1re fois, je sens ( non, je sais) que c’est un homme extraordinaire. Quand je lui dis que je prends un médicament pour me guérir d’une dépression post-partum, il me répète qu’il n’y a aucun danger pour mon bébé à venir. MAIS. Il insiste et appuie sur chacun des mots suivants : La grossesse peut dans certains cas être difficile à vivre pour les femmes qui ont passé à travers des épisodes de dépression récents. Si tu n’as qu’une seconde de début de sentiment que la dépression refait surface, tu me le dis immédiatement et je t’enverrai consulter au département de psychiatrie de l’hôpital. Deal?

Je sais que c’est à ce moment, dans ma tête, que je me suis sentie protégée. J’avais déjà un réseau qui m’aidait, mais là, de savoir que si je tombais, on allait médicalement me rattraper, ça m’a donné des ailes. Des ailes qui ne se sont pas brisées, pas une seule fois, de toute ma grossesse.

Devoir et deuil.

Après l’accouchement, j’ai vécu une situation personnelle vraiment étrange et très lourde. Je n’entrerai pas dans les détails ici par souci de préserver l’intimité des gens impliqués, mais laissez-moi vous dire qu’il y avait tous les ingrédients pour te déséquilibrer quelqu’un, solidement.

Lors de mon rendez-vous de suivi post-accouchement, j’étais fragilisée par la situation. En plus, j’étais fatiguée des soins à prodiguer à mon nouveau bébé, à mon plus vieux et de la convalescence de ma césarienne, évidemment.

Bref, mon formidable médecin l’a senti, tout de suite. Et a envoyé une note illico au service de psychiatrie. Je ne l’en remercierai jamais assez.

Quelques jours plus tard, alors qu’une amie-chère-à-mon-coeur garde Henri, je me rends à l’hôpital avec ma Martha, âgée de quelques semaines à peine, pour mon rendez-vous avec le psychiatre. Je me perds dans les corridors de Sainte-Justine, jusqu’à ce que je trouve l’aile psychiatrique. À ce moment, je veux courir chez moi, me sauver. Il n’y a pas grand-chose de plus déprimant qu’un département de psychiatrie dans un hôpital pour enfants. Même si ça cogne fort dans ma tête et dans mon cœur, je reste. Je regarde ma fille, toute petite dans sa poussette, et je me dis que je lui dois bien ça, une maman en santé.

On entre toutes les deux dans le bureau du médecin, un des hommes les plus merveilleux que j’ai rencontrés. Je ne me souviens même pas de tout ce qu’on s’est dit. Je sais qu’il m’a posé beaucoup de questions, qu’il avait les yeux les plus empathiques qui soient. Lui aussi, il trouvait que ce que je vivais à ce moment n’avait aucun sens et comprenait ma détresse, mais il était extrêmement hésitant à mettre ça sur le compte d’une dépression qui serait en train de se réinstaller… et j’avais le même feeling que lui. Mais il m’a dit ceci : Ta dose d’antidépresseur, en ce moment, elle est minime. Je pourrais te l’augmenter, mais au lieu de faire ça tout de suite, on va se revoir. Chaque semaine si tu en as besoin. Moi, j’ai confiance, et je ne pense pas que tu es en train de faire une rechute.

Je suis sortie de son bureau en me sentant épaulée, complètement, par quelqu’un d’immensément compétent. Je l’ai revu la semaine suivant, puis l’autre, puis une fois par mois…jusqu’à ce que Martha ait sept mois. Lors de cette rencontre, Jean-Philippe était avec moi. Le médecin nous a senti forts, unis. Il m’a sentie groundée, ce que j’étais. Il m’a dit qu’il n’avait plus besoin que je revienne. Puis, il a ajouté : Mais si tu as besoin, tu appelles, tu prends rendez-vous et tu reviens, je veux que ce soit clair. Je suis là. Je n’ai jamais eu besoin d’appeler, mais, encore à ce jour, ça me rassure. Le numéro du département est dans mon cellulaire et je ne l’effacerai jamais.

Deux ans plus tard.

J’ai une grande dette envers ces deux médecins. Je crois sincèrement que leur présence dans ma vie m’aura aidée à faire le deuil de la première année de vie de mon fils que la dépression m’a volée, en me permettant de vivre la première année de Martha dans la sérénité.

Je sais que si, aujourd’hui, je vais bien, c’est à cause de cela. À cause du filet qu’on a mis en place autour de moi, pour éviter qu’on m’échappe, une fois de plus.

 

 

Crédit photo : Véronique Brisson

4 commentaires

  1. Je suis vraiment, vraiment émue à la lecture de ton texte, Odile. Bravo d’avoir su demander de l’aide et bravo d’en parler. Je suis convaincue que plusieurs mamans et futures mamans (dont moi) se reconnaitront dans tes propos et seront rassurées de voir que ce n’est pas la fin du monde et qu’il y a des ressources.

    Aussi, tu n’as pas de dette envers ces médecins. Tu peux être reconnaissante, ça, oui. Et tu n’as pas nécessairement à redonner à eux ce qu’ils t’ont offert; tu es en train de l’offrir à une foule d’individus, parents, intervenants, proches, en te livrant ainsi.

  2. Wow. Tsé là je braille. C’est tellement beau ce que tu écris. C’est franc, c’est mature. C’est un vrai bijou qui doit être partagé avec les mamans parce que ton texte, il peut et il va aider.

  3. Emmanuelle Doyon dit

    Wow! C’est vraiment bien écrit Odile! Très touchant comme récit! Je me souviens. Je suis fière de toi! C’est pas facile de demander de l’aide quand on fait une dépression.

  4. Je suis contente de savoir que tu as été bien entourée, et que c’est possible. Il faudrait qu’il y en ait davantage, des bons intervenants comme ça…

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