Être parent, Défis
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Le jour où je suis partie

Ma réflexion s’est étirée sur plusieurs mois. Peut-être même des années, si on additionne chaque petits moments où je me suis dit : Fille, pense à toi.

Ça aura pris quelques semaines à vivre toute seule avec les enfants pendant un été pour enclencher réellement le processus. Dans ma tête.

Y’avait plus le bonheur. Y’avait plus le plaisir. Y’avait surtout plus l’envie d’essayer de tout faire revenir.

La décision n’a pas été facile. J’ai essayé de l’éviter. J’ai fait comme si de rien n’était. Puis, je suis allée consulter. Ma première question à la psy : Comment je peux faire pour changer, pour réparer les affaires? J’avais pas fini ma phrase que je savais déjà que c’est pas comme ça que ça fonctionnerait.

C’est après trois ou quatre séances que j’ai été certaine de ma décision. Je pensais avoir besoin de l’approbation de quelqu’un de neutre. Quelqu’un qui n’allait pas me dire : As-tu pensé aux enfants? Quelqu’un qui ne jugerait pas. Quelqu’un qui ne me dirait pas : Y’était temps.

Quand j’ai pris la décision de partir, de quitter le père de mes enfants, de briser notre famille, je n’ai pensé qu’à moi. Je n’ai pas pensé à l’ex. Je n’ai pas pensé aux enfants.

En fait, j’ai refusé de penser aux enfants. Je les ai intentionnellement laissés en dehors de l’équation. Je devais prendre la meilleure décision pour moi, que pour moi. En pensant à eux, j’aurais fait du surplace. En pensant à eux, je ne serais jamais partie. Ou je serais partie, sans eux.

Je me suis dit que je dealerais avec eux après. Parce que si je m’écoutais, cette fois-ci, ça ne pourrait qu’être mieux après. Pas plus facile, ni plus simple, mais mieux. En m’écoutant, je deviendrais plus présente, plus ouverte, plus disponible pour eux, parce que je m’aimerais, moi. Parce que j’aurais repris confiance. Je savais par contre, que par le fait même, je deviendrais la pas fine, l’égoïste. Un jour, ils comprendront, ou pas.

Ça fait plus de deux ans que je ne vis plus avec leur père. Ça fait un peu plus d’un an que j’ai ajouté mon amoureux dans notre nouvelle équation.

C’est la joie et le bonheur pur tous les jours? Non. J’ai déraciné mes enfants. J’ai bousillé tous leurs repères. J’ai pris une décision qui a eu un impact majeur dans leur vie.

Mais, c’est la meilleure décision que j’ai prise. Je me suis libérée d’une situation dans laquelle je ne voyais plus d’issues. Et je ne ressens aucun sentiment d’échec. Bien au contraire : je suis moi et je suis bien.

Les crises des enfants, les jugements, les discussions parfois tendues avec l’ex pèsent bien moins lourd dans la balance que tout le chemin que j’ai parcouru et qu’il me reste à marcher, le cœur et la tête plus légers.

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Je suis maman d’un intello et d’une rêveuse. Je suis bordélique, dernière minute, mais zen, posée et optimiste. J’aime faire avec mes mains; je touche à tout, mais je préfère la laine et le tissu. J’essaie : des fois je réussis, des fois pas. J’suis pas une pro.

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  1. Jeanne dit

    Le jour où j’ai pris la décision fatidique de briser mon couple, j’étais assise à l’îlot de cuisine chez ma sœur aînée. J’ai pleuré, en laissant tomber mon visage entre mes mains ouvertes en lui demandant ce que les gens allaient bien penser de moi. « Mère célibataire ». Notre réussite professionnelle et financière encourageaient les gens à penser que nous serions, mon ex et moi, toujours à l’abri d’une séparation. Presque une décennie de vie commune, des immeubles à revenus, une maison, des carrières prenantes et un adorable poupon, il y avait tout à démolir et plus rien à bâtir. À peine passé le cap de la mi-vingtaine, je me retrouvais bien seule au sommet de ma montagne. Je me sentais abandonnée. Absences, fuite, discussions. Il y avait ces spectres dans notre vie : le TDAH sévères de mon ex diagnostiqué sur le tard et sa dépression. Nous avions oublié complètement comment prendre soin l’un de l’autre, comment nous amuser et surtout, comment nous aimer. Presqu’une année plus tard je me redécouvre en tant que femme. Je nomme mes besoins, je les satisfais. Mon ex et moi sommes de meilleurs amis, mais il est parfois difficile de tenir ce rôle après s’être prétendus amoureux aussi longtemps. Nous avons encore tout à apprendre. Le temps passe, doucement et nous retrouvons tous notre place dans un modèle familial marginal mais fonctionnel. Mon fils est heureux, maman l’est aussi et nous espérons tous que papa retrouve, lui aussi, une parcelle de bonheur bien à lui. Ici aussi, la séparation aura été libératrice. Un geste hautement égoïste, mais quand on y pense bien, le bonheur ne se construit pas dans le sacrifice de soi, mais dans la valorisation de nos propres sentiments et de nos besoins fondamentaux.

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