Être parent
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Mon frère, c’est pas un demi

La première fois qu’on a abordé la question, on était dans un camping au milieu de nulle part.

Au moment de se coucher, tu as braqué une lampe sur nous, et nous as dit avec ta face malicieuse « Je voulais juste vérifier si vous étiez en train de me faire un petit frère ». Fou rire, moment suspendu, porte ouverte vers le futur…

Ton père m’avait dit que tu avais toujours voulu un frère ou une sœur, mais que ce n’était pas dans les plans de ta maman. Alors, quand tu as appris que j’étais enceinte, il s’agissait sans doute pour toi d’une manière de trouver le positif dans la séparation de tes parents. Certes, ta famille avait explosé et tu en avais beaucoup souffert, mais cela te permettrait d’être enfin le grand frère que tu avais toujours voulu être. C’est ainsi que tu t’es investi coeur et âme dans ce projet, comme tu le fais toujours.

Et puis Mini est arrivé. Six mois que tu traînais la photo de l’échographie dans tes poches. C’est peu dire que d’affirmer que rien au monde n’aurait pu t’empêcher de débarquer à la maternité ce matin-là. Du haut de tes 11 ans, ton univers au complet venait de basculer. Tu as collé ton nez à la vitre du berceau et tu nous as dit le plus candidement du monde « Je ne peux pas le prendre dans mes bras, je vais le serrer trop fort tellement je l’aime ». Mon coeur et celui de ton père ont explosé simultanément : ne nous restait plus qu’à trouver l’équilibre dans cette famille que nous apprenions à être.

Évidemment, tu as eu une phase de régression plus périlleuse. Le lit du bébé avait l’air plus confortable que le tien, tu voulais une suce, tu as recommencé à donner la main à ton père malgré ta pré-adolescence bien affirmée… Et puis, tu trouvais difficile de ne le voir que la moitié du temps, tu avais peur de rater des moments importants, tu nous en voulais un peu de vivre des choses sans toi, sans compter que tu pouvais difficilement partager toute cette exaltation et ces questionnements avec ta maman.

Mais au travers de tout cela, c’était désormais une photo de lui que tu traînais partout, et il était hors de question que tu ailles te coucher sans l’avoir pris dans tes bras. Tu analysais tous ses faits et gestes, notais ses progressions, riais aux larmes de chacune de ses faces, et paniquais au moindre de ses pleurs.

Trois ans après, tu trouves parfois qu’il prend de la place avec son tempérament de feu, ses crises t’exaspèrent, et je te soupçonne de temps en temps de t’ennuyer de l’époque où tu avais ton père pour toi tout seul. Mais le lien est indéfectible, et vous avez spontanément établi une connexion dont ton père et moi sommes complètement exclus. Bref. Comme des frères, quoi.

Cette fois-là.

Quand nous sommes venus te chercher à l’école et que ton ami t’a demandé si c’était ton frère ou ton demi-frère, j’ai vu toute l’incompréhension et un brin de contrariété dans tes yeux. « Qu’est-ce que ça change?! ». C’est ça que tu lui as répondu. Parce que, qu’on se le dise : ça ne change rien.

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Gestionnaire culturelle et passionnée des arts, j'ai trouvé le moyen de mettre de la créativité dans tous les aspects de ma vie. C'est ainsi que j'innove jour après jours dans l'art de recomposer une famille. Maman de deux et belle-mère de un, je suis devenue spécialiste du compromis, de l'abnégation et de l'auto-dérision. Et rien ne me fascine plus que les imperfections de ma parfaite famille.

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