Être parent, Réflexions
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Le (jamais vraiment) bon moment

En défaisant des boites qui trainaient depuis mon déménagement, je suis tombée sur un vieux cahier rempli de ma dentelle d’écriture.

À l’intérieur dudit cahier, une liste que j’avais dressée en 2004 pour l’oublier aussitôt.
Les listes sont les grandes alliées de mon existence. À faire aujourd’hui, épicerie, pour et contre, livres que je veux lire, oeuvres que je veux chanter, mes rêves, cartes de Noël à envoyer, objectifs de la semaine, etc. Griffonnées dans mille agendas, journaux intimes et autres supports électroniques, elles structurent ma tête et mon emploi du temps.

Alors que je suis plus que jamais aux prises avec mes tergiversations face à la maternité, voici donc que je tombe par hasard sur celle-ci au détour d’une boite : Avant d’avoir des enfants.

Signe, destin, synchronicité? Peu importe, ça m’interpelle.

Avant d’avoir des enfants
– Trouver le bon papa
– Voyager
– Faire une folie démesurée
– Avoir une carrière bien établie
– Avoir une sécurité financière
– Habiter une maison douillette (à la campagne?)
– Être épanouie, accomplie, heureuse

Une fois ces critères remplis, hop! Le bon moment serait venu, je serais prête à fonder une famille. La naïveté de ma jeune vingtaine m’a fait sourire. Et grincer des dents. Car force m’est de constater qu’à mon insu, la pression de cet idéal fantasmé et décliné en une simple énumération pèse toujours sur mon inconscient.

Sauf que cet idéal où tout est comblé et prêt pour la maternité, il n’existera jamais.

J’ai rencontré l’Amoureux, doux, profondément bon, sur qui j’aimerais ouvrir les yeux chaque matin jusqu’à ce que mes paupières soient flétries et ridées. Celui que je serai toujours heureuse de savoir être le père de mes enfants. Même si la rupture venait un jour à nous guetter.

J’ai voyagé, fais quelques folies gentiment démesurées et la liberté que je convoite désormais ne se limite plus à être sans attache et à pouvoir partir quand bon me semble. Je veux être libre à deux. Construire quelque chose de durable et de profondément humain. Quelque chose comme un nid.

Mais.

Mon agenda professionnel n’est pas rempli jusqu’en 2019. Je ne sais pas à côté de quels contrats je passerai à cause d’un bedon rond ou d’un congé de maternité, et rien ne me garantit que ça repartira de plus belle après ce temps d’arrêt. Je ne sais même pas si j’en aurai un, congé de maternité. Mon quotidien n’est pas fait d’un travail de 9 à 5 et d’une paye garantie à chaque semaine. Il est peuplé d’incertitudes et d’inconnu.

Mes valises se sont posées dans Hochelaga plutôt qu’à la campagne, dans une maison chaleureuse… et en rénovations. Si j’attends que toute poussière de plâtre soit retombée, je tomberai enceinte à 46 ans.

Suis-je épanouie, accomplie, heureuse? Je connais des instants de plénitude, en parfaite symbiose avec le moment présent, mais il m’arrive de n’être qu’insécurité et peur. Je ne serai jamais vraiment arrivée «quelque part», cet endroit mystique de l’accomplissement total et absolu où l’on devient «quelqu’un».  Il y aura toujours une part d’indécision et de doute en moi, un désir inassouvi, un besoin de plus grand. Mes insécurités ne seront jamais complètement apaisées.

J’ai remis la liste dans sa boite. Pas vraiment plus avancée.

Et puis un jour, mon amoureux me dit «Je suis prêt». Et je vois en lui, en nous deux, tout ce dont j’ai besoin de certitude.

Le véritable bon moment, il se dessinera au jour le jour avec ce petit être qui prendra forme dans mon ventre.

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Cette entrée a été publiée dans : Être parent, Réflexions

par

Chanteuse, créatrice, passionnée de littérature et maman en devenir, je suis aussi indéniablement une indécise chronique. Lion ascendant balance, j'ai un peu paniqué le jour où on m'a dit qu'en vieillissant, notre ascendant devenait de plus en plus dominant. Puis je me suis rappelée que je ne croyais pas vraiment à ça, l'astrologie. Fiou.

5 commentaires

  1. Rachel Berger dit

    Bonjour belle Véronique,

    Si on y réfléchi longuement, il n’y a jamais de bons moments pour s’oublier totalement et mettre au monde un enfant parce que c’est ce qu’on fait quand on devient maman. J’ai presque 62 ans et je suis de la génération où on ne se posait pas toutes ces questions, on fonçait tête première. Je l’ai fait et j’ai eu deux magnifiques filles qui ont ton âge. Je n’ai aucun regret, c’est le plus grand des bonheurs. Elles sont maintenant mamans elles aussi, j’ai quatre petits-enfants et je suis heureuse. J’ai connu l’Amoureux, le papa, le grand-papa, j’avais 16 ans et lui aussi. Aujourd’hui, ça fait exactement 45 ans et on s’aime toujours autant. C’est ce qui a de plus important, belle Véronique, trouver l’homme qui sera le papa, le grand-papa, et tu sembles l’avoir trouvé.

    Le reste n’a pas d’importance. On peut se contenter de peu quand on a plein d’amour à donner. Vas-y fonce, tu ne le regretteras jamais. Je n’imagine même pas ce qu’aurait été ma vie sans enfant, sans petits-enfants, il n’y a pas plus grand bonheur. Quand ma fille m’appelle juste pour ventiler car elle a une vie de fou, travailleuse sociale à temps plein, toujours étudiante le soir pour finir son baccalauréat, maman de deux petits, un à la maternelle et l’autre au CPE et que l’appel se termine en fous rires, je me dis alors que j’ai bien fait les choses et que je suis la plus heureuse des mamans et des grand-mamans.

    Je te souhaite belle Véronique une vie aussi heureuse que la mienne et tu sais quoi, je suis convaincue que tu l’auras, sans même te connaître, je le sais. Ton texte est déjà rempli d’amour pour cet être qui n’existe pas encore et ça, il n’y a qu’une personne de cœur qui peut écrire comme tu l’as fait.

    • Merci beaucoup pour ce si beau commentaire! Je vous souhaite que votre vie heureuse de maman, de grand-maman et d’amoureuse continue toujours à nous inspirer et à faire le bonheur de votre famille. Vous êtes aussi, à n’en pas douter, une personne de coeur!

  2. Ce texte est tellement beau! C’est une réflexion difficile à faire (une réflexion que j’aurais probablement dû effectuer plus intelligemment, d’ailleurs), mais c’est écrit de façon tellement douce, tellement touchante… Merci pour ce magnifique texte, et bravo pour cette réflexion importante!

    Au sujet de la liste, je me rappelle avoir lu un texte qui parlait un peu de ça : https://aveclaurent.wordpress.com/2013/09/19/promotion-adulte/

  3. Nadia dit

    Tes mots sont vraiment touchants et je comprends tout ce que tu ressens. On s’obstine à attendre le bon moment, mais il ne se présente pas toujours comme on l’aurait vraiment voulu.

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