Être parent, Défis
3 commentaires

Aller au front

Pour ce premier texte sur cette magnifique plateforme, j’avais l’intention de parler de garde partagée.

Après tout, c’est ce que je vis depuis six ans, alors, sans me prétendre « experte » dans le domaine, je dois quand même reconnaître que j’ai développé au fil des ans plusieurs outils « sur le tas » pour en faire un mode de vie relativement stable et harmonieux pour nous trois.

Je vous parlerai de garde partagée une autre fois. Trop de choses se sont déroulées dans ma vie de maman au cours de la dernière année pour que je les mette de côté, pour que je ne profite pas de la tribune qu’on m’offre pour en parler.

Il y a un an, notre merveilleuse fille a été diagnostiquée en épisode dépressif. Il y a certes une différence entre un épisode dépressif et une dépression, mais la mère que je suis a longtemps été incapable de voir la nuance entre les deux. Tout ce que j’ai entendu, dans le bureau du psy ce jour-là de janvier 2015, c’est « Votre fille est en dépression ».

Je suis reconnue pour tourner chaque situation en blague, pour dédramatiser les tracas des autres en sortant une connerie qui fait rire, en pétant une coche surjouée qui détruit le pathos par le ridicule.

Mais à ce moment-là, rien n’est venu. Aucune joke, aucun sarcasme, aucune ironie.

Rien sauf le réflexe physique de me rouler en boule, en position foetale, rien sauf pleurer et crier de rage, de douleur, crier contre moi parce que je suis la mère, et que mon enfant ne méritait pas cette tristesse, cette lourdeur qu’elle portait en silence, derrière ses airs de rayon de soleil dont je vais maintenant toujours douter, que je vais désormais toujours remettre en question.

Plus difficile encore a été d’accepter que je me reconnaissais en elle, que ses tourments et ses angoisses d’enfant étaient le reflet de mes propres peurs et angoisses. Que j’avais dû lui léguer, en plus de mes cheveux blonds et de mes yeux expressifs, une tendance à l’anxiété, un bagage de craintes et de monstres. Des monstres avec lesquels j’habitais toujours, malgré mes nombreuses tentatives pour les faire fuir. J’ai longtemps dormi sur le divan, devant la télé allumée, parce que je craignais le silence et l’obscurité de la chambre. J’ai aussi bu pour m’endormir, pour faire taire les petites voix qui me chuchotaient des scénarios d’horreur, qui me laissaient imaginer le pire.

Il fallait que je sorte de moi pour aider ma fille, pour lui offrir ce qui m’avait manqué, ce que j’avais été incapable de faire pour moi-même durant toutes ces années.

Son père et moi sommes allés au front sans savoir ce qui nous attendait, mais prêts à donner des coups de pelle aux visages des ombres qui avaient élu domicile chez nous. C’est peut-être la plus grosse bataille que nous avons menée ensemble, et nous la menons toujours, un an plus tard, avec l’aide d’une « ptitchologue » pour enfants. Et d’un psychologue pour adultes, pour moi.

Et si les coups de pelle échouent à tuer les monstres, nous les accueillerons. Nous parlerons aux méchants dans le noir, avec des câlins et des formules magiques qui commencent et finissent par «je t’aime». Nous péterons la yeule aux statistiques, nous adopterons les sorcières au lieu de les chasser, nous offrirons le sleeping bag aux loups, nous leur donnerons des câlins, à eux aussi. Nous ferons un pyjama party avec les fantômes, réserverons une place à l’ombre dans nos vies de jour, et cesserons de prétendre que ça n’existe pas.

D’une façon ou d’une autre, nous vaincrons ensemble, tous les trois. Finalement, c’était peut-être la meilleure façon d’illustrer notre garde partagée, deux adultes et un enfant qui sont et seront toujours avant tout une famille…

Cette entrée a été publiée dans : Être parent, Défis

par

Maman d'une petite tornade blonde de 6 ans en garde partagée, Catherine est également rédactrice et gestionnaire de communauté, ce qui lui permet de justifier tout le temps passé devant son écran d'ordinateur (devant Facebook, ben oui!). Adepte du chialage constructif (mettons), elle cache sa sensibilité de grande moumoune derrière de nombreux pétages de coches et moult jeux de mots douteux, tout en sachant qu'elle ne dupe personne. Même si son acte de naissance stipule qu'elle aura bientôt 34 ans, Catherine croit encore dur comme fer aux licornes, au Père Noël et à Lady Oscar. En gros, Catherine est une maman-enfant qui sacre un peu trop souvent...

3 commentaires

  1. Karine Trudel dit

    Bonjour, L’article m’amene vers une page introuvable…normal?

    Merci

    Karine

    Envoyé de mon iPhone

    >

  2. Kate Boulanger dit

    Mon fils, 8 ans, a été diagnostiqué trouble anxieux avec symptomatique dépressive il y a un an… causé par le conflit de séparation (aucun contact entre les parents). Ça allait mieux, mais plus maintenant, la garde partagée ne convient pas pour lui, il n’arrive pas à vivre comme ça..
    Ton texte m’a rejoint beaucoup, mais on n’arrive pas à combattre les monstres, puisqu’il ne verbalise rien, même avec le psychologue.

    Merci de me faire sentir que je ne suis pas la seule et qu’on peut vraiment y arriver!

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