Être parent, Grossesse
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Des larmes sans la chanson triste

Les seins douloureux. Les montagnes russes d’émotions mais le ventre qui se tient tranquille. L’odeur du savon à main intolérable. Une bouffée de chaleur dans un magasin même pas bondé.

Un premier doute. Puis un autre.

Une date sur le calendrier et toujours rien. Un pipi sur un bâton.
Je pleure.

Attendre le soir et le montrer en tremblant à l’Amoureux. Un nouveau petit bonheur à deux. À trois.

Nos parents, quelques amis proches, notre bonheur contagieux.

Je pleure.

Des livres, des blogues, des conseils. Médecin? Sage-femme? Accompagnante? Péridurale? Des avis colporteurs qui cognent parfois à la porte sans qu’on ne les ait invités.

Appeler l’hôpital convoité. Appeler quelques cliniques associées à l’hôpital convoité. Appeler un autre hôpital. Appeler toutes les cliniques de toute la ville de Montréal. Se faire dire au vingtième appel «Je vous souhaite de la chance». Désespérer. S’imaginer accoucher dans le fond d’une ruelle. Tout à coup, dans la bulle d’amour, le choc de la réalité.

Je pleure, je pleure, je pleure.

Le prénatest. Le faire ou pas?

Tomber sur des forums sur internet. Y regretter chaque ligne lue.

Craindre dans chaque bouchée le fromage, la viande pas assez cuite, le légume mal lavé et sa listériose.

Les seins palpés sans arrêt. Guetter l’instant où ils ne seraient plus sensibles, au cas où les symptômes se résorberaient. Au cas où une fausse couche.

Toujours, je pleure.

Compter les semaines jusqu’à douze. Les mots hyperactifs qui rebondissent dans la bouche, impatients d’en sortir. La vie, ici. Les yeux brillants qui ne savent pas mentir.

S’émouvoir des ventres arrondis. D’un enfant égaré dans un habit de neige trop grand. Avec l’Amoureux, s’ancrer au port. La plus vieille histoire du monde. Mais la première. Notre famille toute neuve.

À fleur de peau, je pleure.

Être épuisée à marcher cinq mètres. Être happée par le sommeil en mangeant, en prenant le métro, en travaillant, devant un café. Tomber au combat à 21h. Se réveiller à 2h. Faire de l’insomnie jusqu’à 6h. Se lever crevée, faire une sieste l’après-midi, se recoucher à 21h, se re-réveiller à 2h, refaire de l’insomnie…

À bout de nerfs, je pleure.

Des enfants dans la rue. Leurs rires qui chatouillent l’intérieur. La douceur d’un minuscule pyjama. Tous les jolis prénoms répétés à haute voix. Les paumes chaudes sur le ventre. Respirer. Écarter tous les autres soucis. Tout ce qui n’a désormais plus aucune importance. Écouter le corps et son miracle. Être, par-delà toute cette angoisse qui sait donner l’assaut, complètement calme et apaisée.

Je pleure, émue d’être plus grande que moi. Pleine et entière, forte de porter toute la beauté du monde.

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Chanteuse, créatrice, passionnée de littérature et maman en devenir, je suis aussi indéniablement une indécise chronique. Lion ascendant balance, j'ai un peu paniqué le jour où on m'a dit qu'en vieillissant, notre ascendant devenait de plus en plus dominant. Puis je me suis rappelée que je ne croyais pas vraiment à ça, l'astrologie. Fiou.

2 commentaires

  1. Anne-Marie dit

    « Compter les semaines jusqu’à douze »…je ne m’y suis pas rendu…mes symptômes ont disparus…

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