Être parent
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Trois

Du plus longtemps que je me souvienne, j’ai voulu trois enfants.

Trois enfants. Me semble que c’est mon équilibre parfait. Toujours quelqu’un avec qui jouer. Juste ce qu’il faut de places sur le banc autour de la table à dîner. Suffisamment nombreux pour être une grande famille mais pas trop pour ne pas être ensevelis. Les trois petits cochons, la Sainte Trinité, les trois mousquetaires… Un joyeux bordel. Mon chiffre magique.

Étrangement, après la naissance de notre deuxième, j’ai rapidement commencé à donner tout notre stock de bébé, ainsi que la totalité de mes vêtements de grossesse. Tout en rêvant au suivant, déjà. Plus incohérent que ça, c’était impossible. À mesure que je dilapidais tout ce qui pouvait servir pour un nouveau-né, Amoureux et moi échafaudions des plans pour accueillir un petit dernier. J’ai refusé le stérilet, eu des grandes discussions avec mes copines, rêvé de grande maisonnée chaotique et imaginé avec émoi ce petit être tout blotti contre moi.

Puis, un soir, au coeur de notre tumultueuse routine, je me suis arrêtée et j’ai observé ma tribu. L’un faisait ses devoirs sur le comptoir de la cuisine, le second courait partout en se prenant pour un super-héros et le troisième essayait de grimper sur le meuble télé. Trois. Ils étaient trois. Deux sont la chair de ma chair, le troisième non. Mais tous sont frères. Et s’aiment furieusement. La fameuse fratrie magique. Parce qu’à trois on ne s’ennuie jamais.

Mon coeur s’est serré et mes yeux se sont embué un bref instant. On est tellement heureux que ça en est indécent. Mais je fais quoi, moi, avec mes hormones qui débordent?! J’en fais un troisième? Rajoutant le 4e mousquetaire à cette équation déjà complexe? Ou je m’arrête là, me satisfaisant de cette joyeuse ambiance survoltée, mais sentant au creux de mon ventre le fameux vide abyssal de ma portée incomplète.

Odile en parlait récemment dans un de ses billets : on dirait que le deuil du petit dernier est universel. Mais là, je sens que c’est différent. Je ne dois pas uniquement me faire à l’idée que ma famille est terminée, je dois aussi accepter que ma famille soit complétée par un enfant qui n’est pas le mien. Évidemment, certains nous diraient qu’on peut bien avoir un autre enfant si on le souhaite. Sauf que dans notre cas à nous, pour bien des raisons, plus de trois ça ne se peut pas.

Et mon coeur de belle-mère qui en vient à s’agrandir une fois de plus. Bras ouverts et confiance absolue en ce destin qui est le mien. Parce que ce troisième est déjà ado, et que je n’en suis même pas la mère. Parce qu’ensemble on est une famille quand même. Parce que, encore une fois, je réalise que « recomposer » c’est lâcher prise sur mes idées préconçues. C’est faire des choix et les assumer. C’est laisser tomber mes barrières et accueillir ce que la vie m’offre. Et surtout, parce qu’une maison n’est jamais aussi parfaite que lorsqu’on y est heureux, quel que soit le nombre d’enfants qui y courent.

On dit qu’une mère est capable de démultiplier l’amour qu’elle a à donner à mesure que ses enfants naissent. Force est d’admettre que le coeur d’une belle-mère est, lui aussi, extensible à souhait.

Dimanche, je me ferai tatouer. Et des oiseaux sur ma cheville, il y en aura trois.

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Cette entrée a été publiée dans : Être parent

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Gestionnaire culturelle et passionnée des arts, j'ai trouvé le moyen de mettre de la créativité dans tous les aspects de ma vie. C'est ainsi que j'innove jour après jours dans l'art de recomposer une famille. Maman de deux et belle-mère de un, je suis devenue spécialiste du compromis, de l'abnégation et de l'auto-dérision. Et rien ne me fascine plus que les imperfections de ma parfaite famille.

3 commentaires

  1. Val dit

    Ça décrit tellement bien se que je vie en se moment …Wow, merci! Je me sent moins seule et ça me fait avancer dans ma réflexion 😎

    • Merci à vous. Écrire m’a effectivement permis de me rendre compte qu’on était un certain nombre à vivre ce genre d’émotions, bien que chaque recomposition soit différente :)

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