Être parent
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Je suis une maman oiseau

Je n’aime pas beaucoup me faire mettre dans une catégorie.

Je suis une personne avec beaucoup de paradoxes, assez complexe et pas mal nuancée. En tant qu’humaine et en tant que mère. Je dirais même plus en tant que mère.

Je ne veux pas de case.

Les noms de catégories me font toujours rire, pas leur fondement, mais le dogme qui vient avec le nom de ladite catégorie.

« Je pratique l’attachement parenting » qu’on me dit parfois. Dans ce temps-là, je souris niaiseusement, car tout ce que j’ai envie de répondre en blaguant c’est : « Je pratique le detachment parenting, t’sais, je les haïs, mes enfants. »
On m’a déjà dit : « Chez nous, on fait du slow parenting » et j’avais envie de rigoler en disant que : « Chez nous, c’est du fast parenting, parce que prendre le temps, c’est dépassé » #poudoumtish.
Quand on me parle des parents-hélicoptères, je ris encore, car je me demande comment on appelle celui qui n’est pas impliqué dans la vie de son enfant. Un parent sous-marin?

En fait, je suis tout cela, une fois de temps en temps.

Parce que je change, mes enfants changent, notre rythme de vie change, évolue, fluctue. Dans la même semaine, des fois.

Y’a des longs moments de slow-slow-slow family chez nous, et d’autres où ça va vite-vite-vite. On s’adapte.

Y’a des phases de la vie de mes enfants où je sens qu’ils ont besoin de moi, de ma protection constante, parce que c’est d’même. Et d’autres phases où ils ont besoin d’autonomie et d’indépendance. J’apprends à jongler avec tout ça.

Y’a des jours où mon rôle de mère me remplit à cent pour cent et où je ne ferais rien d’autre que ça, materner. Et il y a d’autres jours très difficiles où je tente d’exprimer mon mal-être, mon trop-plein de maternité.

Mais souvent on le tait, tout ça. Parce que c’est laid, parce que ça fait peur, parce que c’est pas parfait, pis qu’on aime tellement ça, les catégories.

L’ambivalence maternelle.

Pour la défunte auteur et psychanalyste anglaise Rozsika Parker, une mère compétente, c’était une mère ambivalente. Une mère qui jongle entre son désir de protéger sa famille et son désir d’émancipation. Une mère qui vit avec ses contradictions (allô!), ses joies et ses peines maternelles.

J’ai trouvé une toute petite partie de sa « conceptualisation » dans cet (excellent) article du New York Times :

Mothers often exaggerate, to themselves and to others, their protective, adoring feelings, and they discount their feelings of irritation or anger as weaknesses.

Traduction : Les mères exagèrent souvent (pour elle-même ou pour les autres) leur sentiment de protection et d’adoration et attribuent leur sentiment d’irritation ou de colère à de la faiblesse.

De la faiblesse, vraiment?

Non, c’est pas être faible que d’avoir des émotions ambivalentes, c’est humain.

Je suis sans cesse tiraillée entre mes instincts : celui de protection et celui qui me recommande de laisser de l’autonomie à mes deux petits. Et je me dis que ça doit être là que mon ambivalence me sert : j’arrive à écouter les deux et à juger du bon moment, pour moi, et pour mes enfants. Je ne suis ni attachée ni détachée, ni lente ni rapide, ni hélicoptère ni sous-marine. Ou bien toute ça, je sais pas.

Je suis une maman oiseau.

Celle qui regarde ses petits et qui sait qu’ils n’oseront s’envoler si elle ne les force pas un peu, mais qui a peur, car elle ne veut pas qu’ils tombent, elle ne veut pas qu’ils se fassent mal. Et qui aime un peu le statu quo, parce que ce serait don’ plus facile de tout faire pour eux tout le temps! Alors, elle attend. Qu’ils soient prêts, outillés. Mais vient un moment où elle passe par-dessus leur peur, et probablement la sienne, pour les pousser. En bas du nid.

C’est ce que je leur souhaite, à mes oiseaux. Qu’ils aient une maman pour leur apprendre qu’ils sont capables de voler de leurs propres ailes. Une maman qui les regardera essayer, tomber, chercher, se relever, recommencer. Et une maman vers qui ils pourront voler quand ils en auront besoin, car ils la savent là, les ailes et le coeur grands ouverts. Toujours.

 

Crédit photo : Isabel Rancier

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Allô, je suis mère de deux jeunes enfants, diplômée en éducation, chroniqueuse sur la vie de famille depuis 2011 et auteure du guide "Maman a un plan pour que les enfants ne s'ennuient jamais".

6 commentaires

  1. Pingback: Un siège de voiture vide… – Un autre blogue de maman

  2. Juliane dit

    Merci pour ces mots. Ils sont simplement parfaits. Dernièrement je me pose beaucoup de questions. Sur la mère que je suis, sur celle que je ne suis pas. Et bien voilà, je suis un peu de tout tout simplement et c’est parfait comme ça. Je suis LEUR mère.

  3. annaigpilpre dit

    Beau texte dans lequel je me reconnais !
    Vive les mamans oiseaux et toutes les autres !

  4. Pingback: Dimanche poème. | Note à Moi-Même

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