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Ce que les mères veulent cet été

L’été.

Son odeur de crème solaire aux arômes de liberté. Ses promesses de jours lents et meilleurs. L’espoir d’enfin avoir le temps de prendre son temps. Le rêve de le voir s’égrener lentement en profitant d’innombrables moments sablés-mouillés avec les enfants. C’est comme ça qu’on le voit, nous, l’été.

On avait envie de savoir ce que la belle saison faisait résonner chez des mères qu’on aime (okay, qu’on adore). On leur a donc demandé de nous parler de ce qu’elles, elles attendaient pour l’été…et leurs textes sont beaux, touchants, drôles et vrais. Le résultat se prend comme une bonne crème glacée à 32 degrés à l’ombre : une vraie délectation. Allez, savourez avec nous!

Fanny Britt, auteure (et femme d’exception)

Cet été sera mon quinzième été de mère. (OUF.)

Le premier, c’était l’été 2002. J’avais un bébé de trois mois dans les bras, une grosse boule rose qui pesait cinq kilos à la naissance et qui ronronnait sous le vent de Bonaventure, en Gaspésie, où notre famille novice passait une partie de l’été, dans une roulotte, à faire du théâtre de marionnettes. J’atteindrais mes 25 ans, au mois d’août de cet été-là. C’était avant les réseaux sociaux, avant même le wifi, et personne n’avait de cellulaire sauf les représentants en télécommunications. J’avais trouvé un vieux livre de puériculture dans une librairie usagée, quelque chose comme Les bons conseils de Dr Spock, et je m’arrangeais avec ça pour déchiffrer le grand mystère de la maternité. En ville, je branchais mon fil de téléphone à mon ordinateur, j’attendais patiemment que les pages se téléchargent, et je me gavais des histoires ordinaires et/ou bouleversantes des membres d’un forum de discussion destiné aux mères. Je ne savais rien, je vivais tout.

Le huitième, c’était l’été 2009. J’avais un fils de sept ans et le ventre rempli d’un petit cheval qui arriverait en septembre. Nous avons fêté mes 32 ans au parc Jeanne-Mance, un barbecue fait de couvertures sur l’herbe, de brochettes d’agneau et de petits bébés. Ceux des vieux amis qui venaient d’avoir leur premier, ou de ceux qui se rebâtissaient une famille après le tremblement de terre d’une séparation (j’en étais), ceux des mères célibataires et des planificateurs indécrottables. Facebook nous dictait déjà que les choses de la maternité se doivent d’être annoncées, publicisées, partagées. Instagram ne nous avait pas encore, cela dit, convaincues que les moments n’ont de valeur que s’ils sont postés. Mon cellulaire ne prenait pas de photos. Je ne savais pas grand-chose, je vivais tout.

Cet été, j’aurai 39 ans. La boule rose qui pesait cinq kilos à la naissance a une voix de baryton et n’est que longues jambes, longs bras, long corps qui cherche sa contenance. Le petit cheval termine sa première année du primaire et voue un culte à Rocky Balboa, et la plupart des bébés qui m’entourent ont quitté les couches. Nous passerons une partie de l’été au bord de l’eau, dans le Kamouraska, à construire une cabane dans les arbres et à manger des tacos. Il y aura des feux de camp, des piqûres de moustique et des saucettes téméraires dans les eaux froides du fleuve. Il y aura du rosé et des deuils à faire : la trentaine, d’autres bébés, entre nombreux autres.

Oh, et le signal n’entre pas très bien, dans ce coin-là.

Je ne saurai que l’essentiel, je vivrai tout.

Catherine Trudeau, comédienne (et femme de cœur)

L’été. (ou Lâcher)

Lâcher.
Lâcher du leste.
Donner du lousse, de la corde.
À celle du cerf-volant, comme au fil transparent de la ligne à pêche.

Assouplir les horaires, smoother le guide alimentaire.
Faire s’étirer les soirées, sans peur des lendemains brouillons. Ou est-ce bougons?

Un luxe que permet les mousses sans cesse grandissants, siestant à l’improviste dans le détour d’une virée sur la route. Le cou cassé, la petite face étampée dans la fenêtre chauffée de soleil, ratant ainsi les paysages à couper le souffle qui s’offrent à eux à leur insu.

Lâcher la routine à tout prix.
Lâcher un peu les règlements, les faut faire çi, les fait donc ça. L’émulation. Les commandements.

Que les langues soient noircies de toutes les saveurs de Mr Freeze mélangées; laissant des coulisses collantes sur les tibias ecchymosés et le coton pâle des camisoles, marqué à vie. Tant pis.

Que ballounes d’eau éclatent en même temps que les rires.

Que douche soit ainsi prise. Et pour les autres soirs, que l’eau du bain soit brouillée comme bord de lac brassé par les petits orteils qui se font aller dans ce terreau vaseux.

Que les genoux écorchés soient synonymes d’arrêts spectaculaires dignes de Casillas.
Que cet été soit celui où les moussaillons aux bas troués dépareillés, aux petits corps blancs marbrés de UV feront déborder de souvenirs leur besace.

Un Thulle plein aux as de bulles de savon géantes, de triple flips de trampoline, de poursuites de ballons fous égarés dans les sous-bois, de quête de la plus grosse grenouille, du galet le plus plat, du record de bonds dans l’eau (qu’à permis le galet le plus plat)

Mon désir pour cet été?
Pas tant des choses nouvelles. Pas tant des découvertes que de laisser mes petits boys goûter à plein la liberté. Qu’ils apprivoisent l’ennui. Et que naissent ainsi des aventures folles et sans fin au pays qu’ils imagineront bien.

Pas de tour du monde, pas d’attente aux douanes, mais la traversée du vaste fleuve. Guettant par la fente des yeux plissés par le soleil, les dos de baleine.

Pas de langue étrangère mais des lucioles à l’énergie solaire.

Petits éclats de braises dans les yeux heureux.

Petits éclats qui dorent les guimauves, tendres comme les cœurs qui les convoitent.
Et qui collent des sourires au visage de nos amours, pour qui on veut tant et tout.

Eux qui s’endorment au feu en lâchant leur baguette noircie et gommée.

Qu’ils lâchent eux aussi. L’espace d’une saison…

Été, arrive.
On t’attend, tous plexus ouverts.
Arrive.
Je lâche tout
Je t’attends.

Véronique Gauthier, chanteuse (et maman en devenir)

La lecture, les voyages, le soleil et ses vitamines bonheur, les grands espaces verts, ma fête… L’été est depuis toujours pour moi synonyme d’une bouffée de légèreté et de liberté. Sauf que cette année, l’été tourne plutôt autour de ma gratitude infinie envers le dieu Air climatisé, d’un cornet de crème glacée tous les jours et de l’anticipation d’une grande rencontre avec l’Inconnu.

Ma bedaine est arrivée avec l’hiver en annonçant en grande pompe « qu’en août, nous aurons un bébé ». La neige a fondu, et toujours, cette projection un peu floue et lointaine du « bébé à venir pendant la canicule ». Et puis voilà la chaleur, les feuilles touffues, les fleurs, le soleil bien haut et les longues journées qui se pointent. Devant chaque signe de la belle saison, je m’arrête et je me dis, un peu éberluée, « ce sont ces feuilles-là, ces oiseaux-là, ce soleil-là qui seront témoins de l’arrivée de notre petit garçon ». C’est là, ça y est presque. Et c’est complètement surréaliste. L’été 2016, je pouvais prédire un peu à quoi ressemblerait son arrivée. Mais je suis absolument incapable de figurer comment il s’achèvera.

Cet été, je vais accoucher. Et je serai à jamais transformée. Pour toujours accompagnée de ce petit bonheur qui naitra dans la chaleur.

Melissa Maya Falkenberg, animatrice (et femme lumineuse)

Ce que je pense de l’été depuis que je suis mère…

J’essaie de trouver quelque chose d’intelligent à dire, mais il y a juste une chose qui fait pop dans ma tête : ce qui est gratis ou qui ne coûte vraiment pas cher. Pas parce que je suis cheap, mais parce que c’est réellement là que le bonheur se trouve. Là, dans les jeux d’eau du parc sur la 6e, dans la ride de Big Wheel en pyjama, dans le ciné-parc que mon voisin Antoine a préparé pour toute la ruelle l’autre soir. Il avait lancé un appel sur Facebook, comme ça : « Eille, la gang, vendredi je vais projeter Toy Story 3 pour les enfants et j’ai aussi La science des rêves de Michel Gondry pour les adultes après. » Ce doit être parce qu’il est VJ, mais ça s’est passé pour vrai. Devant notre enthousiasme sans fin, il nous a bien avertis qu’il ne sortirait pas son kit de Spielberg toutes les semaines, mais on n’a pas été déçus longtemps, il y en a plein, l’été, des choses gratis qui te lancent du bonheur.

Depuis que je suis mère, on dirait que j’aime encore plus les festivals. Tu arrives quand tu veux, tu pars quand tu veux, il y a toujours un food truck pas loin si quelqu’un a faim, le soleil va finir par se coucher sur la ville et c’est sûr que ça va être beau. Tu croises les doigts pour ne pas que ton enfant ait besoin d’utiliser la toilette chimique, that’s it. La dernière fois, c’était mon préféré : le Festival folk sur le Canal. J’avais apporté une couverte, mais elle ne s’est jamais assise dessus. Le sourire long comme le hot-dog qu’elle venait de manger, elle courait devant Bloodshot Bill qui délirait solide, et je me suis rappelé : la musique qu’on écoute à la maison prend tout son sens ici. Il y a quelqu’un qui la joue, pour vrai, les instruments suent sous le soleil et les enfants, comme Buzz Lightyear, font descendre les étoiles.

Merci, toutes. On vous le souhaite merveilleux, votre été!

Et vous, chères lectrices (et chers lecteurs, là!) dites-nous dans les commentaires comment vous le souhaitez, votre été. xx

3 commentaires

  1. Amélie dit

    L’été
    Des jours de travail qui finissent alors qu’il fait encore soleil ce qui te laisse croire qu’il reste encore des millions d’heures avant le dodo.
    Découvrir que mon petit homme A-D-O-R-E la piscine chez mamie et papy mais devoir choisir les jours et les heures en fonction des ponts qui sont en constantes petites lignes pointillées noires.
    Partir aux jeux d’eau dans le parc de l’autre côté de la rue habillé en maillot et en revenir tout mouillé.
    Faire manger du maïs sur l’épi et rencontrer des homards pour la première fois et immortaliser.
    Cet été, ce sera ça et encore plein d’autres choses!

  2. Heille merci, j’me sens toujours interpellé personnellement quand vous dîtes lecteur.

    Sans blague, moi j’sens que j’suis à mon parenting best l’été. Donc j’veux un été d’aventures qui s’étirent dans l’soleil tapant de l’après-midi. Un été à rien faire un moment pis tout faire ensuite. Un été dans l’eau pis dans l’foin. Un été dans l’odeur du chlore et de gazon, dans la chaleur brûlante de l’asphalte noire pis les rides de bicyclette au dépanneur. Un été de popsicles, de bord de l’eau, de courses dans le p’tit boisé, d’oiseaux, de tondeuse, de champ de blé, de Zoo, de fleurs, de films dans le sous-sol, pis de s’endormir en p’tite boule pendant que les adultes parlent autour du feu. Un été comme il s »en ai vécu milles autres auparavant.

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