Réflexions
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Ce drôle d’été

Pis Marianne, comment s’est passé ton été?

(Oui, je me parle parfois à la troisième personne du singulier. Ça me donne un peu de recul.)

Ben, je te dirais que je ne comprends pas trop encore où est passé mon été. Alors que j’ai entendu parler de #slowtoute tous les deux jours depuis le solstice, j’ai été exactement dans le mode contraire, soit #danslfondmonléon.

Depuis le printemps, j’ai l’impression de courir sur un tapis roulant imaginaire. Je me fais aller les papattes marathon style, enweille let’s go fille, mais sans avancer vraiment. J’aboutis jamais nulle part. Je fais juste suer et avoir des crampes, sur place, encore et encore. Je pense que ça s’appelle toffer la run.

On pourrait dire que je traverse une période exigeante. En fait, je corrige : nous traversons une période exigeante, mon chum et moi. Je vous rassure, ce n’est pas notre amour qui est mis à l’épreuve. Ce sont plutôt nos vies professionnelles qui sont en pleine transition, influençant du coup notre vie de famille. Ça bouge autour de nous, entrainant incertitudes et remises en question. Mon doux mari doit se consacrer davantage à sa vocation d’entrepreneur de start-up avec tout son coeur et sans compter les heures. De mon côté, je tiens le fort familial tout en gérant mon propre empire médiatique : Marianne-Prairie-fille-qui-essaie-de-gagner-sa-vie-avec-ce-qu’elle-écrit inc.

La surcharge

Il y a clairement une surcharge des deux côtés. Mais le fait de devoir m’occuper la plupart du temps seule de la maisonnée tout en gardant le cap sur mes projets fait grandir en moi une certaine frustration, voire une frustration certaine. Ce déséquilibre, je l’ai accepté en toute conscience de cause, en m’attendant que la situation soit temporaire. On s’échange la puck comme ça assez régulièrement, mon chum et moi. Sauf que cette fois-ci, le retour à la normale se fait attendre. Je peux mettre les bouchées doubles pendant un certain temps, mais ce rythme est intenable. Et je ne peux accepter que ce soit notre nouveau « par défaut ».

La communication

Ça, mon chum le sait. On s’en parle souvent pour faire le point, pour se demander où on est rendus. Je dois dire que nos escapades #MAPsurlaroute ont principalement servi à discuter longuement, dans la voiture ou la nature, sans se faire ramener constamment par tout ce qu’il faut faire à la maison. La plupart du temps, on fait de petits ajustements, mais surtout, on ne se perd pas de vue dans ce drôle de moment de transition. On reste convaincus qu’on s’en va en quelque part. On sait pas trop encore c’est où, mais c’est le même quelque part.

maman a un plan marianne chute forte

Nous sommes allés à Québec en août. Mon chum a pris cette photo de moi à la chute Montmorency. Quand j’ai vu qu’il avait écrit comme légende « La plus forte », en parlant de moi, j’ai été très touchée. J’ai été émue qu’il comprenne ce que ça me demandait de le soutenir.

Les transitions

Disons-le, si ce sont des passages obligés de la vie, ce sont aussi des moments de pur chaos. Tu perds tous tes repères, tu comprends rien, tu essaies te raccrocher à quetchose, n’importe quoi, en tâtonnant dans le noir. Tu ne peux pas retourner au point de départ, alors tu tentes désespérément de trouver une issue qui te mènera de nouveau en terrain connu. Sauf que cet état rassurant, il n’existe pas encore. Il se construit en même temps que tu te démènes pour t’adapter à ta nouvelle réalité. Des fois, tu y arrives vite. D’autres fois, tu passes une couple de mois à piétiner, sans résultat autre qu’une grosse, grosse fatigue.

L’honnêteté

Cet été, je me suis autorisée à dire que je trouvais ça difficile. Simplement. Honnêtement. Oui, les enfants vont super bien, je fais de belles sorties avec Maman a un plan, j’ai mille projets, la température est exceptionnelle… mais à la question « Comment ça va? », j’ai répondu la vérité :
– Correct.
– Moyen.
– Je sais pas trop.

Je me suis permise de dire que j’étais fatiguée, confuse, tannée, fâchée à d’autres personnes que celles qui reçoivent habituellement mon trop-plein. Pas pour me faire prendre en pitié, juste parce que ça prend tellement de place dans ma vie actuelle que ne pas en parler me donnait l’impression de mentir par omission. Pis sérieusement, au point où j’en étais, j’en avais juste plus rien à foutre de garder la face pour éviter un malaise.

Les surprises

Je ne m’attendais à rien en assumant aussi franchement ma vulnérabilité. C’est pourquoi j’ai été extrêmement surprise que mon amie Maude, une copine toute récente, s’offre de venir m’accompagner lors d’un de mes soirs de semaine en solo. Elle est débarquée en Bixi avec tout son kit pour faire un cocktail vert comme sa robe et on a plié du linge ensemble. Elle m’a écrit un p’tit mot tout doux et m’a donné la plus petite plante que j’ai jamais vue. C’était parfait.

Une chose semblable est arrivée avec ma belle-soeur alors que nous échangions des nouvelles sur son patio en buvant une bière. J’ai compris qu’elle m’avait « entendue » lorsqu’elle est ressortie du sous-sol avec de la bouffe congelée. Juste de même. Pour nous. Elle avait tout compris.

Odilou m’a organisé un party de fête « en retard » parce que personne n’est jamais disponible lors de la vraie journée de mon anniversaire. #vacancesdelaconstruction Il y avait des margaritas, une pinata et un shortcake de Ricardo! T’sais!

L’amie Marie est débarquée un bon midi chez nous alors que je m’apprêtais à manger mes ramens devant mon ordi. Elle aussi avait « senti » que j’étais dans une passe difficile. J’ai tant parlé que les ramens étaient froids quand je les ai enfin avalés.

Ma petite soeur, qui habite en Allemagne depuis quelques années, que je n’avais pas vue en chair et en os depuis exactement un an, à qui je raconte tout dans la messagerie privée de Facebook, ben… elle m’a fait la surprise de ma vie. Elle a pris l’avion sur un coup de tête pour être présente lors de notre dixième anniversaire de mariage. Si j’en crois mes yeux humides au moment où j’écris ceci, j’pense que j’en suis pas encore revenue.

Mais la surprise (et le mot) de la fin revient à mon amie Catherine qui m’a brodé un cadeau de fête aussi magnifique que prophétique. Voici :

« It takes guts to be gentle and kind » est un extrait de la chanson « I Know It’s Over » du groupe The Smiths.

Je capote qu’elle ait pris le temps de faire ça pour moi, surtout qu’on se croise (trop) rarement dans la vraie vie. Cette phrase, elle résume exactement ce qui m’a renversée de tous ces gestes empathiques à mon égard. Ça prend du guts pour sortir de sa routine et tendre la main à quelqu’un. C’est plus facile de rien faire, de continuer ce qu’on faisait, de se mêler de ses affaires. Un certain courage est nécessaire pour résister au cynisme et à l’individualisme ambiants pour oser faire preuve de douceur et de gentillesse. On sous-estime le cran de ces personnes. Ce sont elles, les plus fortes.

Ce drôle d’été tire donc à sa fin. Et avec toutes les belles personnes qui m’entourent, je suis plus que convaincue que ma run sur mon métaphorique tapis roulant sera toffée. Un gigantesque merci, toutes.

Vous autres, en avez-vous du guts? Dites-vous franchement que vous n’allez pas bien? Persistez-vous à faire preuve de douceur et de gentillesse envers autrui?

Photo à la une : la magique Véronique Brisson.

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26 commentaires

  1. J’ai adoré! Je suis aussi dans une passe difficile mais à la question « comment ça va? », je répond toujours « super » ou « très bien ». Je crois que je vais dire la vérité à partir d’aujourd’hui et répondre « moyen »!

    • Marianne Prairie dit

      Merci K! On peut quand même choisir à qui on le dit, mais c’est pas mal libérateur j’pense :)

  2. C’est pareille de mon côté, conjoit déployé pour quelques mois, je me retrouve seule avec mes deux enfants sous l’âge de 3 ans à complèter mon baccalauréat en septembre pour enfin pouvoir travailler dans ma nouvelle province (ontario). Donc pas de revenu, pas de chum, aux études et une job à trouver oufffff comme je te comprend. Je le dis que sa va moyen, mais sa me donne l’impression que je suis pas assez forte aux yeux des autres. Comme quoi on essaie toujours trop d’être des supers mamans, mais à quel prix!!!!

    • Ouf! Ca ne doit vraiment pas être facile! Je voudrais te souhaiter de la force pour passer à travers cette période difficile, mais je pense qu’il est plus réaliste/important de te souhaiter de trouver de l’aide.

    • Marie dit

      Juste le fait que tu en parles es déjà une bonne etape. Il y a des services d’aide disponible regardes en ligne pour Fcss de ta region. Quand nous avons demenager dans les Maritimes j’etais dans une situation similaire je venais d’avoir mon deuxieme garçon et mon garçon de 6 ans qui est handicaper intellectuellement avais besoin de beaucoup d’attention. J’ai du demander de l’aide apres etre tomber sans connaissance devant l’infirmiere qui fesait sa visite de routine. Les travailleuse sociale on bien vu que j’etais une bonne mere mais epuiser sans aide puisque mon conjoint travaillais dans une autres Province. Cela fait déjà 5 ans de ca et Je suis remerciante que j’aille demander de l’aide. Je continue a demander de l’aide parceque je ne veux pas toucher le fond de mon baril. Gros calins.

    • Marianne Prairie dit

      Dans mes yeux à moi, t’es forte en sivouplait! Je vais dans le même sens que les autres personnes qui ont répondu à ton commentaire: va te chercher de l’aide. Tu n’as pas à payer ce prix, ni à prouver quoi que ce soit à personne. xx

  3. Annick L. dit

    Très beau texte, j’en ai les larmes aux yeux. Quels défis à relever pour les parents de jeunes enfants qui travaillent tous deux. Je n’ose même pas imaginer comment font les infirmières et autres qui ont des charges de travail élevées et un horaire atypique. Comme parents, on s’oublie souvent pour le bien des nôtres et c’est parfois difficile de tout concilier, spécialement pendant cette période demandante pour les enfants et la carrière à la fois. Marianne, j’ai lu à rebours ton autre blogue pendant mon deuxième congé de maternité et c’est un plaisir renouvelé à chaque fois de lire un de tes textes. Continue ton beau travail!

    • Marianne Prairie dit

      Mille merci Annick!
      Ça me touche beaucoup <3
      (pis moi aussi, j'admire les gens qui ont des horaires atypiques ou pas flexibles!)

  4. Sarah dit

    C’est drôle j’avais justement envie de faire une rechercher google et de trouver un texte qui parlait de ça. Je pensais écrire : « aaaaahhhhhhh, c’est donc bien dur », mais voilà. Pas eu besoin, on s’est trouvé. De mon côté c’est surtout moi qui rush avec mon démarrage d’entreprise et mes deux petits poux. J’ai dû tellement faire des gros deuils d’activités et plus souvent qu’autrement j’ai l’impression de ne pas en faire assez alors que je donne tout ce que j’ai et que je fais si bien (oui merci à mon anciel psy je suis rendue bonne pour voir quand même le bon côté.) Il me reste juste le défi de trouver du temps pour moi dans une semaine outre les fins de soirées passer 20h30 quand je suis trop brûlée pour faire autre chose que m’instruire la vie sur Facebook.

    Je me dis comme j’ai déjà lu comme vous : « cela aussi passera », mais en même temps je ne suis pas si pressée que mes enfants grandissent ou d’être submergée par les contrats. Être très présente pour ses enfants ça fait aussi qu’on ne met pas autant de temps dans son travail. Ça aussi c’est un autre deuil.

    Bon voilà, courage à nous toutes Je garde toujours l’espoir de me sentir combler en diminuant les activités au maximum tout en me permettant de vivre sainement. (P.s. maintenant je sacre).

  5. Josiane dit

    Merci, juste merci de permettre à certaine d’entre nous de sentir que nous sommes pas seules.

  6. Wow! Attention phrase cliché: ça fait tellement du bien de savoir qu’on est pas seul. Après le post partum de mon chum à l’arrivée de bébé 3 l’automne passé je tiens la famille parce qu’il travaille comme un dingue. Pour le bureau mais aussi pour notre projet de Reno de fou. À travers ça j’essaie de mener 1000 projets, de l’accomplir en tan que « Medame » de gérer le début de l’école de la grande, du changement de groupe de la moyenne et du début de garderie de la dernière.

    La famille c’est merveilleux, mais ça tire du jus.

  7. Mélanie dit

    Je voudrais écrire un super texte émouvant qui expliquerait l’émotion que j’ai senti en te lisant…. mais je vais seulement te dire l’essentiel… Bravo, et merci…

  8. Caroline dit

    Merci, un texte touchant qui rejoint mes états d’âmes actuels. Ces temps-ci je vais moyen, trop de stress que je ne peux contrôler, ce que je trouve difficile quamd je dis la vérité c’est quand l’autre essai de minimiser ce que je vis pour m’encourager… Pas tout à fait ce qud j’ai de besoin!

    • Marianne Prairie dit

      MINIMISER. Pire affaire même si les intentions derrière sont bonnes. Je te souhaite de trouver le réconfort et l’aide dont tu as besoin :)

  9. JiPé dit

    Voici le petit paragraphe qui résume les multiples passages dans une vie qui semble le mieux écrit du monde

    Disons-le, si ce sont des passages obligés de la vie, ce sont aussi des moments de pur chaos. Tu perds tous tes repères, tu comprends rien, tu essaies te raccrocher à quetchose, n’importe quoi, en tâtonnant dans le noir. Tu ne peux pas retourner au point de départ, alors tu tentes désespérément de trouver une issue qui te mènera de nouveau en terrain connu. Sauf que cet état rassurant, il n’existe pas encore. Il se construit en même temps que tu te démènes pour t’adapter à ta nouvelle réalité. Des fois, tu y arrives vite. D’autres fois, tu passes une couple de mois à piétiner, sans résultat autre qu’une grosse, grosse fatigue.

    Merci de l’avoir écrit.

  10. Pingback: Roger l’Ermite et les enfants sauvages – Maman a un plan

  11. Ça m’a tellement fait réfléchir ce texte. Ouin…pas toujours facile de tout jongler…pis dès fois/souvent le moral prend le bord. Merci pour cette confidence. #notalone

  12. Suzanne dit

    Merci Marianne!
    C’est vrai que ça prend du courage pour nommer quand c’est difficile, briser l’image de la superwoman. Et ce n’est pas tout le monde qui est capable de recevoir la vulnérabilité de l’autre. Pour ma part, je choisis à qui je le dis. Disons que je l’ai appris à mes dépens. Et je choisis aussi parfois de ne pas raconter encore une fois mon histoire, question de ne pas me remettre dans le même état de stress.

    Je me suis séparée il y a 6 mois. J’ai été en congé maladie 4 mois, durant lequel j’ai du prendre la décision de quitter mon emploi pour raison de santé. Donc, maintenant mère monoparentale, le travail dans ma vie prend une toute autre signification. J’aurais avantage à demander de l’aide, mais je ne sais pas à qui ni pour quoi. Je suis à réorganiser ma vie avec mes enfants, tout en étant en recherche d’emploi. Donc oui, c’est difficile par moment.

    Encore merci! Ça met un baume. ;)

  13. Pingback: Faites le calcul! – Maman a un plan

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