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Travailler à la maison : mythes et réalité

Dans mon ancienne vie, avant d’avoir des enfants, je veux dire, j’étais enseignante au secondaire.

Une petite voix en moi me disait bien que je n’étais pas à la bonne place au bon moment. Mais surtout, avec le travail et l’horaire atypique de mon conjoint, je ne voyais pas comment je ferais pour continuer à travailler à temps plein en dehors de la maison, m’occuper de mes deux enfants de deux ans et moins et garder ma santé mentale. J’ai remis ma démission.

Les quatre années qui ont suivi ont été faites de travail à la pige : à la maison pour quelques mois, en entreprises pour quelques mois, et ainsi de suite. Chaque fin de contrat à l’extérieur était pour moi un soulagement. Même si quelque semaines (ou plusieurs selon la durée du mandat) de paye steady après lesquelles j’avais pas à courir étaient vraiment chouettes pour mes états financiers, tout le reste (transport, contacts avec des gens incompétents et/ou désagréables, devoir jouer des games politiques, etc.) tout me repoussait à revenir travailler dans le confort de mon salon.

Puis, il y a 15 mois, j’ai pris une grande décision. Je n’allais plus accepter des contrats temporaires à l’extérieur et j’allais me concentrer pour vrai sur ce que je voulais faire : lancer ma business comme consultante. Puis, il y a 12 mois, j’ai décidé de faire de même avec Marianne et de m’associer dans une autre « vraie » business, dans Maman a un plan.

Je suis donc passée d’enseignante permanente dans un collège huppé à entrepreneure et proprio de deux (très) petites entreprises en l’espace de quelques années. Et comme, dans les deux cas, je travaille de chez moi, j’en connais un bail sur les mythes et les réalités du travail à la maison… les voici!

1- Tu dois avoir tellement de temps!

Mythe.

Je pense honnêtement que bien des gens de mon entourage oublient que dans l’expression « travail à la maison » il y a le mot travail.

Mon bureau, il est à la maison, il n’est pas dans une tour, mais je travaille quand même. Je n’ai pas le temps de mitonner de bons petits repas pour que mes enfants reviennent dans des effluves de plats mijotés à la fin de la journée, je travaille. Je n’ai pas le temps de partir une tite-brassée, de repasser, plier et ranger du linge, je travaille. Je n’ai pas le temps d’aller prendre un café avec mes amies en congé parental en milieu de journée, je travaille. Environ 50 heures par semaine. Ouep.

2- Tu dois pouvoir choisir tes contrats!

Mythe.

Oui, je n’ai pas de boss qui m’oblige à prendre des mandats, mais entre deux périodes occupées pour mes compagnies, j’ai parfois des périodes plus creuses et je ne peux pas lever le nez sur un client moins « intéressant », disons.

3- Tu dois tout le temps travailler en pyjama!

Pas un mythe.

À moins que j’aie une réunion avec un client, je suis en mou, pas maquillée, pas peignée.

Oh, et quand j’ai une réunion avec Marianne, je me mets du rouge à lèvres parce qu’elle, elle en met tout le temps, pis que je step up ma game.

4- T’es bonne de travailler avec tes enfants autour de toi!

Bien que j’aime le compliment, non, je suis pas bonne pantoute : ils vont à la garderie et à l’école. Je serais pas capable de travailler à temps plein avec eux. #hehe

5- Tu dois trouver ça difficile de trouver de la motivation!

Ceci n’est pas un mythe.

Même si je gère mes business et que mon domaine me passionne, la solitude finit parfois par peser et la motivation intrinsèque se laisse désirer.

Je m’en rends compte quand :

  • Je scroll à l’infini sur Facebook et que l’algorithme a juste pu rien à m’offrir et que je regarde tout pour la 2e fois
  • J’écris à Marianne parce que j’ai envie de me plaindre que c’est dur de brainstormer toute seule
  • J’écris à Marianne parce que j’ai envie de me plaindre tout court
  • Je fouille dans mon garde-manger et dans mon frigo pour un 2e (ou 3e) déjeuner
  • Je vais me faire un 4e café
  • Je ne peux absolument plus travailler tant que le fond de cette armoire ne sera pas rangé, balayé, ré-organisé

Heureusement, ça ne m’arrive pas trop souvent.

6- Tu peux aller chercher tes enfants rapidement s’ils sont malades!

Oui, c’est vrai. Parce que ça devient une obligation.

Mais le mythe là-dedans, c’est que je peux tout lâcher en 30 secondes, mais que ça n’aura pas d’impact sur mon travail. Et ce qui pèse vraiment beaucoup (sur le moral, mettons), c’est de devenir le parent par défaut.

Comme je travaille à la maison, c’est moi qui dois tout mettre sur pause pour s’occuper de la famille. Mon chum n’a pas cette responsabilité, il travaille à l’extérieur et n’a pas vraiment la possibilité d’être remplacé… alors, c’est vrai que c’est plus logique que, moi, j’arrête ce que je fais. Mais c’est tough sur l’estime de soi d’avoir l’impression que notre job a « moins de valeur » que celle de son mari, je vous en signe un papier.

7- Tu dois vraiment être plus relax!

Je pense que c’est vrai :

  • Les contacts fake dans un bureau, une école ou une agence ne font vraiment plus partie de mon quotidien.
  • Je gère mieux mes priorités qu’avant.
  • Je ne vis plus de stress de trafic ou de ligne de métro en panne.

Tout ça m’aide vraiment à gérer mon stress et mon anxiété au quotidien.

8- Tu dois être tellement bien dans ta maison, dans ton décor!

Mythe.

Y’a des jours où je suis parfois plus capable de voir mes murs. Dans ce temps-là, je vais travailler dans un café, pour changer d’air, m’asseoir à côté de quelqu’un qui va m’inspirer à écrire quelque chose, avoir un échange avec un vrai-humain-adulte, même si ce n’est que pour jaser de la sorte de café que je vais prendre ce jour-là.

Ce qui est cool, c’est qu’à chaque fois, ça me fait du bien et que, quand je reviens chez nous, je réalise pleinement la chance que j’ai de pouvoir être 100% tranquille et confortable quand j’en ai besoin.

En bref.

Est-ce que j’aime travailler à la maison? Mets-en! Je sais que ce n’est pas pour tout le monde et que je ne le ferai pas toute ma vie, mais, pour l’instant, je n’imaginerais pas ma vie autrement.

À bien y penser, j’aime encore plus ça depuis que j’ai compris que ça ne donnait rien que je me mette une pression incroyable d’être une mère et une travailleuse parfaite qui doit correspondre à l’espèce d’idéal dans lequel on (et je m’inclus là-dedans) imagine les mères qui travaillent de la maison. Je ne suis pas devenue la reine du foyer depuis que j’ai réinvesti le mien pour le boulot. Pis c’est ben correct de même.

 

Crédit photo à la une : Véronique Brisson
Crédit gifs : Giphy

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22 commentaires

  1. Oh mon Dieu, j’aurais pu prononcer 100% de ces mots-là!
    Je rajouterais sur le lot que de voir professionnellement DES HUMAINS une fois de temps en temps est aussi ce qui me manque le plus cruellement. Je ne le fais définitivement pas assez souvent ;)

  2. Marie-Ève dit

    Je suis curieuse : qu’est-ce que tu fais comme travail à la pige? Tu écris des textes? Ça ne doit pas être évident de se réorienter de la sorte quand on a étudié pour une autre carrière… Ce serait cool de connaître ton histoire à ce sujet!

    • Odile Archambault dit

      Allô Marie-Ève!
      Je me questionnais justement sur ça, je me demandais si c’était intéressant. Tu viens de me convaincre que ça pourrait être pertinent comme texte (parce que oui, c’est vraiment difficile au début quand t’as pas « le papier » pour prouver ta compétence!)
      Bonne soirée :)

  3. Cette réalité ressemble presque en tout points à celle d’éternelle étudiante. Après une maitrise avec un enfant et maintenant au doctorat avec deux enfants, ça fait pas mal écho à ce que je vis. Je connais très bien le syndrome du « je vais faire un peu de ménage avant de me mettre au travail » et de me ramasser à nettoyer les plaintes ou l’intérieur des armoires de cuisine… ;)

    • Odile Archambault dit

      « Et si j’époussetais tous les dessus de cadres de porte.?Me semble que c’est nécessaire. Maintenant. » #logique

  4. Super billet!

    Je suis à mon compte depuis juin, en fait, depuis la fin de mon 2e congé de maternité. Je suis probablement encore de la phase « lune de miel » de ce nouvel emploi, mais sérieux, je m’ennuie tellement pas du monde! haha! Oh et la perception que les gens ont face au temps qu’on gagne en travaillant de chez soi… Genre que ma maison est impeccable, ma vaisselle toujours faite et le lavage à jour parce que je travaille de la maison. #not

    Et je seconde les autres, ce serait très intéressant d’en apprendre plus sur ton parcours!

  5. Merci pour cet article , tu as mis des mots sur pas mal tout ce que je ressens et qui me frustre en tant que maman travaillant a la maison .
    En te lisant je me sens moins seule :)

  6. Geneviève dit

    Merci! Merci de mettre sur papier EXACTEMENT ce que l’on ressent en tant que maman qui travaille de la maison. Ça fait tellement de bien de savoir que l’on est pas seule à vivre ces « mythes ». Moi j’ai trouvé un certain équilibre en faisant quelques contrats à l’extérieur de temps en temps, mais le contact humain est définitivement ce qui rend le travail à la maison le plus difficile pour moi. Sauf lors des jours de tempêtes, et les jours de canicules et lors du Temps des fêtes….bref, on aime quand même ça le travail à la maison!

  7. Danielle dit

    Merci pour votre article. Je travaille pour une entreprise où tous les employés travaillent de la maison. Voici quelques expériences liées au travail à la maison que j’aimerais ajouter:
    – C’est pratique quand on doit recevoir un colis ou laisser entrer quelqu’un qui doit faire une installation/réparation.
    – Je suis dévastée quand mon émission de radio préférée est annulée, un peu comme si je perdais ma collègue-amie au bureau.
    – Je peux plier mon lavage quand j’ai une téléconférence (avec les caméras fermées bien sûr)
    – Je ris encore de ceux qui disent « C’est pratique quand un enfant est malade. » Vraiment? Essaie de travailler avec un bambin de 2 ans malade.
    – J’aimerais tellement avoir contact avec d’autres adultes: j’ai l’impression de ne plus savoir quels films les gens regardent, quelle est la controverse du jour en politique etc..
    – Mon trajet quotidien en métro me manque terriblement car ça me donnait le temps de lire 2 romans par mois!

  8. Je vis presque exactement la même affaire ici. Dire qu’avant, j’étais sur la route 4:30 par jour (oui oui!) pour aller bosser comme DA à la Place Ville Marie, dans une belle grande tour! Même que Marianne m’avait interviewée pour un article dans Châtelaine à ce sujet (je pense maintenant que j’étais folle de faire autant de route genre 22 heures de route par semaine!!). Je voyais mes enfants 1:30 par jour, le soir…
    Maintenant à mon compte, le seul point est pas de pyjama pour moi, ca doit être psychologique, mais le fait d’être habillée pas en mou, me donne plus de beat pour travailler ;-)

  9. Le point 3 ;) Parfois je travaille de la maison, je suis toute pimpée du haut et en mou en bas (ok sorti du contexte c’est bizarre) à cause des visios/meetings skype. Heureusement qu’on n’est pas rendu aux hologrammes :P
    Souvent (très souvent) je travaille de la maison car je ne suis plus capable du « fake » du bureau, alors je te comprends à 200%…

  10. Emilie dit

    Merci pour cet article. Je m’y reconnais tellement. Ce qui est le plus dur d’être une maman travaillant à la maison pour moi, ce sont les jugements des personnes croyant à tort et insinuant sans gêne (j’ai vécu l’expérience plus d’une fois) qu’on se pogne le beigne à longueur de journée. J’ai travaillé à mon compte avant d’avoir des enfants et je ne ressentais pas du tout cette pression. Il est étrange de constater que d’avoir des enfants et de travailler à la maison représente, dans l’esprit de certaines personnes, l’image « classique » de la femme au foyer, qui popote et astique sa maison en avant-midi et lit des romans-savon tout le reste de la journée en attendant que les enfants reviennent de l’école. Est-ce que Santa Barbara est toujours en rediffusion?

  11. Hélène Métivier dit

    Je suis aussi de celles qui se réorientent durant leur congé. J’ai fait la totale: démarche d’orientation ET études de la maison. Retour au travail en janvier prochain, et ça me stresse tellement! je suis bien à la maison, mais tout en sachant que je manque de l’autodiscipline nécessaire. Mes réflexions ne sont pas terminées!

  12. Pingback: Pourquoi je suis une entrepreneure sans bureau fixe - LORI.biz

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