MAP au travail
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Condamnées à la culpabilité, non merci!

La culpabilité, c’est une émotion tout à fait normale que l’on ressent quand on fait quelque chose de mal, de pas gentil, de pas bien, voire, de criminel.

Alors, s’il y a une chose qu’on est fatiguées d’entendre, de lire et de voir autour de nous, c’est que les mères se sentent coupables de travailler.

Parce que, est-ce que c’est si mal que ça, aller travailler? Non.

Donc, comment diable ce terme a-t-il pu faire son chemin comme cela dans l’inconscient collectif pour qu’on l’associe si souvent à la réalité des mères qui travaillent?

Ça n’a pas de bon sens que tant de femmes se tapent sur la tête alors qu’elles ne font rien de mal.

La culpabilité de camouflage

Avez-vous remarqué que, nous, les mères, sommes des professionnelles du camouflage?

Cacher une tache de ketchup sur notre chemise? Facile.
Masquer une nuit sans sommeil? Pfff, y’a rien là avec un bon cache-cernes.
Dissimuler une douzaine de livres post-grossesse? Allô, la gaine.

Parce que, hey, qu’est-ce que les gens vont penser de nous si on leur avoue que, chaque matin, on camoufle le goût du pâté chinois dans le thermos de notre fils avec du très-saint-Heinz parce qu’on sait qu’il mangera rien sinon, que notre fille de cinq ans ne fait pas encore ses nuits ou bien qu’on n’a pas mis les pieds dans un gym depuis belle lurette? Hein, qu’est-ce qu’ils diraient, les gens?

Mais, tout ça, c’est de la p’tite bière à côté de notre plus gros secret, notre technique la plus aiguisée de camouflage : qu’on ne se sent pas vraiment coupable d’aller travailler. Qu’on arrive même à s’épanouir en tant que femme travailleuse.

Comment on s’y prend? On utilise ce que certains psy nomment « la culpabilité de camouflage » : on se fond dans la masse et on emprunte un discours pas si anodin en affirmant qu’on se sent don’ coupable de travailler. On le fait pour se faire accepter, faire partie de la gang et, surtout, parce que c’est épuisant de se justifier.

Le dernier tabou?

Qu’une mère ne se sente pas coupable de travailler, dans notre société, c’est encore tabou. On aime ça imaginer les mères à la maison s’occupant de leurs (nombreux) enfants ou bien désoeuvrées et sans repères tant elles se sentent mal, au bureau.

Dans un monde où l’attachement parenting est glorifié et où l’expression « parent-hélicoptère » plane dans tous les discours sur la parentalité, c’est évident que c’est mal vu de travailler sans se sentir coupable.

On se mentira pas

Être mère et avoir une carrière, ça fait vivre plein d’émotions. Parfois positives. Parfois négatives – oui, c’est difficile pour vrai. Le problème c’est qu’on confond ces émotions négatives avec la culpabilité. En réalité, nos émotions, elles sont beaucoup plus complexes et variées, à l’image de ce rôle de mère travailleuse. Vous voulez des exemples, on en a inventé une couple (blague, on les a toutes vécues).

De la colère.

Quand je reviens à la maison avec les deux enfants affamés, que tout est en bordel et que je serai seule pour la soirée, je ne me sens pas coupable d’être aller travailler au lieu de torcher. Je suis en maudit d’avoir un surplus de tâches et personne pour m’aider à les faire, par exemple. -Marianne

De la peine.

Quand j’ai dû arrêter d’allaiter ma fille quand elle a eu six mois parce les boires de soir et de nuit ne lui plaisaient plus autant que le biberon qu’elle prenait dans le jour, je ne me suis pas sentie coupable d’être aller travailler, je faisais rien de mal. Mais j’ai eu de la peine que ce moment entre elle et moi soit terminé. Beaucoup même. -Odile

De la fatigue.

Quand je réalise que j’ai oublié – dans la même journée – de passer à l’épicerie, d’appeler ma mère et de signer un papier pour l’école, je ne me sens pas coupable. En échapper une (ou deux ou trois), ce n’est pas faire quelque chose de mal, c’est le signe que je suis vraiment fatiguée et que devrais prendre soin de moi.  -Marianne

De la déception.

Quand je manque, encore, l’exposition de brico, le spectacle d’école ou le récital du cours de musique parce que j’ai des réunions ou des déplacements professionnels, je ne me sens pas coupable. Je suis déçue, mais je ne fais rien de mal. (Et laissez-moi vous dire que quand ça arrive à mon mari, il se sent pas coupable cinq secondes. Mais je suis sûre qu’il est déçu. Lui aussi.) -Odile

De l’envie.

Quand je vois mes amies en congé parental ou ayant fait le choix de rester à la maison à temps plein avec leurs enfants partager des photos de leurs dernières sorties relaxes en plein après-midi, je ne me sens pas coupable de ne pas être en train de faire de même avec les miens. Je les envie. -Marianne

De l’ennui.

Quand je regarde le fond d’écran sur mon ordi et que je vois la bette de mes héritiers, je ne me sens pas coupable de les savoir au service de garde (parce que dans mon système de valeurs perso, ce n’est pas mal d’envoyer mes enfants à la garderie). Non. Mais parfois, je m’ennuie de l’odeur de leur p’tit cou, ça, oui. -Odile

Bref

Si seulement on arrivait à mieux nommer nos émotions, peut-être arriverions-nous à se débarrasser de ce terme toxique et fourre-tout qu’est la culpabilité. Peut-être même pourrions-nous arrêter d’être prises au jeu du camouflage et enfin montrer notre vrai visage, sans personne pour nous dire comment on devrait se sentir.

Et tant et aussi longtemps que la justice ne nous condamnera pas pour négligence criminelle parce qu’on est des mères et qu’on travaille, on ne laissera pas le tribunal populaire nous dire qu’on est coupable de quoi que ce soit.

Photo à la une : Véronique Brisson

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2 commentaires

  1. Annick L. dit

    Wow, merci pour ce texte! J’ai maintenant plein d’émotions à mettre à la place de la culpabilité. Personnellement, la culpabilité je la ressens quand je reviens à la maison avec une pizza du resto du coin parce que je n’ai pas passé mon dimanche à cuisiner pour la semaine à venir. Aussi, je la ressens quand je me sens molle et bouffie puis que l’appel du sofa en soirée est plus fort que l’appel du sport.

  2. Haha! C’est drôle, parce moi justement je me sens coupable de ne *pas* travailler! J’ai l’impression de me faire regarder croche et jugée derrière mon dos à tout bout de champ, comme si j’étais une paresseuse inutile.

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