MAP au travail
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Quand congé de maternité rime avec changement de métier

Envie de ralentir, découverte de nouveaux intérêts, besoin de flexibilité, nouvelles priorités.

Ce ne sont que quelques-unes des raisons qui poussent les mères en congé de maternité à remettre en question la voie professionnelle qu’elles avaient empruntée avant de devenir mères. Voie sur laquelle, en principe, elles devraient retourner une fois le congé terminé.

C’est le portrait que nous fait Andrée-Anne Pelchat, conseillère en orientation, de la clientèle qu’elle guide jour après jour. En fait, c’est 30% de ses clients qui consultent pendant ou suite à un congé parental. C’est vraiment beaucoup, mais quand je pense à toutes les mères autour de moi qui ont pensé changer de carrière (hein, que celle qui n’a pas rêvé d’ouvrir un magasin pour enfants se manifeste, je ne la connais pas), ce chiffre ne m’étonne pas tant que ça.

On pourrait croire que c’est principalement le difficile équilibre de la conciliation travail et famille qui amène tant de femmes à consulter, mais il n’en est rien, nous dit l’experte. Selon elle, c’est un peu comme s’il y avait trois conditions « gagnantes » à la remise en question des femmes en congé de maternité :

  1. Le mi-temps de la vie (la majorité des gens qui font un changement de carrière important et/ou qui consultent un conseiller en orientation le font entre l’âge de 30 et 40 ans).
  2. Le changement dans les priorités et valeurs provoqué par la maternité.
  3. Mais surtout… le temps. Oui, ça peut sembler bizarre parce qu’on sait à quel point on est occupé pendant la première année de vie d’un enfant, mais c’est du temps hors du milieu de travail. Cet instant de pause professionnelle crée de l’espace mental et le recul qu’on n’a pas toujours quand on est submergé par le boulot.

De la pression, toujours.

Mais que lui disent ces femmes une fois assises dans son bureau en pratique privée?

Qu’elles ressentent beaucoup de pression : d’être une mère, une employée, une conjointe et une amie parfaite et qu’elles ont soit peur de ne pas y arriver… ou qu’elles n’y arrivent pas, pour  celles qui viennent de retourner sur le marché du travail.

Andrée-Anne Pelchat nous confie aussi que plusieurs mères disent se sentir coupables, surtout celles qui ont deux, trois ou quatre enfants. Elles se sentent souvent coupables de travailler, elles ont l’impression de faire quelque chose de mal ou, en tout cas, de ne plus vraiment être à leur place. Alors, elles vont consulter une spécialiste de l’orientation de carrière pour se faire confirmer ce que leur petite voix leur disait depuis un bout : qu’elles ont le droit de rester à la maison, si c’est ce dont elles ont envie et besoin. C’est d’ailleurs le choix que finira par faire une cliente sur dix au fil du processus, estime Andrée-Anne.

Et les autres?

La majorité des femmes qu’elle rencontre (35%) ne changeront pas de carrière, mais iront plutôt chercher des certifications, de la formation qui les aideront à réorienter leur carrière sans repartir à zéro.

Environ 25% des ses clientes décideront de continuer à travailler dans le même domaine, mais comme travailleuse autonome.

Sinon, celles qui font un virage à 180 degrés (par exemple, retourner des années à l’université, se lancer en affaires alors qu’elles n’ont pas de formation dans ce domaine, etc.) sont beaucoup plus rares, mais il y en a tout de même, nous assure Andrée-Anne!

Des témoignages.

 

Julie Rochon, 37 ans, rédactrice, maman d’un garçon de trois ans
Ancienne adjointe administrative

« En plus de me faire passer des commentaires parce que je manquais souvent le travail pour mon enfant qui était souvent malade, on m’a clairement fait comprendre que soit je changeais de garderie, soit je changeais de travail. J’ai fait les deux finalement. »

 

Julie Hoffmann, 37 ans, propriétaire de deux boutiques de jouets, maman de trois enfants
Ancienne gestionnaire de produit senior dans une compagnie pharmaceutique

« Le déclic s’est fait un beau matin froid d’hiver lors d’un séjour à Toronto. J’ai été avisée que mon fils avait été hospitalisé d’urgence et que je devais prendre un vol Toronto-Montréal en catastrophe pour me rendre à son chevet. Maudit que je me suis trouvée loin à ce moment! Et je me suis dit qu’il fallait que je fasse des changements, que ça n’avait pas de bon sens. »

 

Marie Neige Chatelain, 38 ans, massothérapeute, maman d’un garçon de quatre ans
Ancienne chargée de projet et des éditions musicales pour une maison de disque

« J’avais le besoin de vivre une vie plus saine, plus en accord avec ma vie de parent. »

 

Dominique Viau, 36 ans, mère de deux enfants, photographe
Ancienne représentante des ventes

« J’ai décidé de me lancer en affaire suite à une mise à pied, à la fin de mon congé de maternité. Ce n’était pas écrit dans le ciel, je n’aurais jamais pensé être entrepreneur un jour. Et pourtant. D’un coup, c’est comme si la vie avait aligné toutes les étoiles pour moi. »

Charlène Sibué, mère d’une fillette d’un an, propriétaire d’une boutique en ligne
Ancienne adjointe administrative aux achats

« Après la naissance de ma fille, j’ai eu beaucoup de temps pour réfléchir et je me suis rendue compte que j’avais besoin de me lancer dans quelque chose qui me correspondait vraiment, et que je ne pouvais plus continuer dans un emploi « correct ». »

 

Justine Paré, mère d’un garçon de 5 ans, réviseure dans une maison d’édition
Ancienne éducatrice en garderie

« Avec mon chum, on a fait un pari : cette année, tu retournes aux études et on fait un bébé. Je suis tombée enceinte au début de la session, en septembre. Juste à temps. Mon retrait préventif de la garderie m’a permis de me consacrer entièrement à mes cours (il m’en manquait neuf pour compléter mon bac. Je l’ai d’ailleurs terminé juste à temps pour accoucher en mai 2011. Et comme j’avais eu la piqûre, je suis entrée à la maîtrise, bébé de quatre mois sous le bras, maîtrise avec rédaction, que j’ai terminée trois ans plus tard, avec mentions et bourses d’excellence. »


Et vous, avez-vous songé à changer de carrière pendant votre congé parental? Êtes-vous passé à l’action? On veut connaître votre histoire!

11 commentaires

  1. Anonyme dit

    Je suis en congé et on m’a clairement fait savoir que les horaires de garderie n’étaient pas compatibles avec l’entreprise. J’avais entamé un changement de carrière à mon premier bébé. Finalement ce congé-ci m’a fait réaliser à quel point j’étais malheureuse au travail! Ma garderie étant plus fabuleuse que mon travail, je m’accorde le droit de terminer mes études tandis que j’ai les yeux bien ouverts et de ne pas retourner. Il faut parfois s’éloigner pour réaliser combien on était prise. Oui, la raison dirait d’avoir une sécurité financière, des assurances et un fond de pension. Mais cela fait tellement longtemps que je rêve au vendredi en arrivant le lundi, j’ai hâte d’avoir une vie professionnelle aussi comblée que ma vie personnelle!

  2. Audrey dit

    Wow, c’est rare qu’on parle de la démarche d’orientation et je trouve que c’est plus que pertinent dans ce cas précis.

    D’une jeune maman future c.o. ;)

  3. Marie-Eve Lauzon dit

    Depuis que je suis retournée au travail, je me dis que ça n’a pas de bon sens, que je suis malheureuse de passer toutes ces heures dans le trafic et que ça ne fait pas mon affaire de laisser les enfants à la garderie pendant de si longues journées, et ce malgré un travail que j’aime et relativement flexible…. J’irai peut-être voir une conseillère finalement ;)

  4. Julie dit

    Super article. Quand je suis retournée à mon travail après mon premier bébé, tout le monde me disait : tu as changé… He oui, effectivement j’avais changé. J’étais plus créative, plus sûre de moi, plus affirmée, plus confiante et plus sensible. J’avais le vent dans les voiles. Au deuxième bébé, je ne suis pas retournée tout de suite car j’ai réalisé qu’il manquait un aspect très fondamental dans tout ce processus bouleversant de la maternité… Dans notre société nous sommes guidés par le mental, la logique, le rationnel, les emplois d’avenir, les meilleures université, le meilleur taux de placement, le meilleur salaire… les tests d’orientation… Tout ça est bien beau… mais tout à coup, on se réveille avec un enfant dans nos bras, notre coeur explose en mille miettes et on se rend compte que notre vie n’était pas du tout alignée avec nos valeurs, notre coeur. On se rend compte qu’on a un coeur qui bat. On se rend compte qu’on a des émotions. On réalise qu’on est humain, qu’on n’est pas juste une machine perfectionnée, efficace et optimale rodée pour le travail en chaîne. Ce jour qu’on réalise que notre coeur nous parle et que nos émotions nous guident, c’est là que l’on ne peut plus retourner en arrière et que l’on ne peut plus mentir aux autres ni à soi même. C’est ce jour qu’on réalise qu’il y a plus. Plus que d’être productive, plus que d’être rapide, plus que d’être efficace… il y a la réalisation de soi en vivant une vie à notre image. Vivre une vie connectée avec nos émotions, notre ressenti ce qu’on veut vraiment et surtout ce qu’on a vraiment besoin pour être bien. Ce jour-là on arrête de faire du lèche vitrine pour se sentir mieux, on arrête de consommer à outrance… et ce jour-là… commence le processus de la vraie rencontre avec soi. Une belle aventure… guidée par le rêve et l’amour!

    • sabrina dit

      très beau texte, c’est en plein comment je me sens mais étant depuis 1 an dans cette réflexion, je t’avouerais que mon mental commence à être fatigué de tourner en rond.

    • Je te fais écho Julie, et à toutes vous! À la seule différence que je savais déjà toutes ces choses-là avant ma grossesse, mais comme tu le dis si bien… On se fait plus confiance! Ma grossesse a été le coup de pied dans le cul pour changer de carrière et faire quelque chose qui me fait tellement tripper… Pour la première fois de ma vie, je n’ai plus peur d’être moi, je veux être moi! Et tu as tellement raison quand tu dis qu’il y a tellement plus à la vie qu’être productif. Ma petite fille me donne envie de vivre authentiquement comme jamais! Elle me donne des ailes ;)

  5. Super intéressant comme article. Par contre, de 1, je n’ai pas vécu de long congé parental et de 2, je suis un homme, mais je vois quand même de grandes similitudes. Mais bon, en partant, moi j’aurais adoré être « père à la maison ». J’aurais vraiment tripé, malheureusement, c’était moi qui avais le gros salaire, alors « c’était impossible »… (Quelqu’un a dit impossible ici?! Vraiment?! :P)

    Donc, je n’ai pas changé de carrière pendant mon congé parental, par contre, après environ 5-7 ans (l’âge de mes filles) et une sabbatique de 6 mois il y a 2 ans, je me suis rendu compte que de partir à 6h le matin pour revenir à 18h le soir, pour voir mes filles seulement 1h30, ça ne faisait aucun sens, alors aujourd’hui, j’essaie de mettre des choses en place pour travailler de la maison.

    Alors j’ai volontairement quitté mon emploi il y a maintenant 5 mois, un emploi de rêve en plus, je faisais des jeux vidéo pour Ubisoft Montréal, on s’entend que c’était mon rêve de ti-cul et que ça aura été une passion pendant au moins 12 des 16 années que j’aurai été dans ce domaine, mais là, malgré le gros salaire, les assurances incroyables, les bonus et tous les autres avantages, j’étais juste rendu à autre chose…

    Vous savez, un jour j’ai réalisé que ce n’était pas dans 10 ans que je voudrais être là pour mes filles (alors qu’elles auront 15 et 17 ans), mais que c’était maintenant! C’est maintenant que je veux les voir, c’est maintenant qu’à tous les jours je veux déjeuner avec elles, aller les reconduire et les chercher à pied à l’école en jasant ou en chantant… C’est maintenant et non pas quand elle aura 17 ans, lorsqu’elle ne voudra plus voir son père, mais plutôt s’amuser avec ses amies…

    Pour terminer, j’aimerais ajouter que plusieurs personnes ont fait un changement de carrière suite à un long congé (que ça soit parental, burn-out ou juste sabbatique volontaire…) Sérieusement, je ne crois juste pas que l’être humain est fait pour faire le même boulot pendant 40 ans… ou plus! Et quand on réalise que notre travail prend beaucoup de temps dans une semaine, on veut avoir du plaisir à ce travail-là… Ou si comme moi, vous avez vécu de bonheur et de passion pendant plusieurs années, quand ça arrête, vous voulez vite retrouver un travail pour lequel vous serez passionné. Fiez-vous sur moi! ;)

  6. Claire canova dit

    Excellent article. Je me sens tout à fait dans ce cas là et justement je suis actuellement a la recherche d’un conseiller d’orientation. J’aimerais donc contacter madame Andrée-Anne Pelchat mais il semblerait que le lien de l’article ne fonctionne pas. Est-ce possible d’avoir ses coordonnées? Merci d’avance.

  7. sabrina dit

    Merci, article juste à point dans ma vie. Après 1 an de recherche d’emploi, je suis à ma 2e consultation en orientation. Ma priorité c’est d’avoir du temps avec mes enfants et ne plus passer plein d’heures dans le trafic. Très difficile à trouver si nous ne voulons pas retourner au salaire minimum et avoir encore un petit défi professionnel. En souhaitant, que mon processus avec la consultante m’aidera à trouver ma voie pour concilier le tout. Une autre réalité non discutée dans le texte, le jugement des gens (souvent d’une autre génération) qui ne comprennent pas notre besoin d’être sur notre x, d’être épanouie au travail, de vouloir concilier famille/travail.

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